Planète Santé n°34 jun/jui/aoû 2019
Planète Santé n°34 jun/jui/aoû 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de jun/jui/aoû 2019

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Éditions Médecine & Hygiène

  • Format : (200 x 265) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 4,7 Mo

  • Dans ce numéro : comprendre le système de santé suisse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 « LA PRÉVENTION EST UN PARENT PAUVRE EN SUISSE » Simon Regard Médecin urgentiste Auteur de La santé en Suisse* La prévention, le genevois Simon Regard en a fait son cheval de bataille. Aussi bien aux urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) qu’auprès du canton, il s’engage pour une meilleure information des patients. Interview. Planète Santé  : Seuls 2,4% des coûts de la santé sont consacrés à la prévention en Suisse. Pourquoi si peu ? Simon Regard  : De manière générale, la prévention est toujours difficile à rendre visible, car elle ne crée pas d’événement. Puisque grâce à elle on évite que certaines choses se produisent, c’est souvent compliqué de se rendre compte de ses effets concrets. Par exemple, porter sa ceinture de sécurité peut éviter de graves blessures en cas d’accident. Mais puisque, précisément, les blessures ont été évitées, c’est un « non-événement », invisible. De plus, la prévention n’est pas un marché avec une production de prestations, donc les intérêts financiers sont plus limités. Et en Suisse, nous devons faire face à des lobbys aux intérêts contraires qui ont encore beaucoup de poids. La prévention est le parent pauvre dans notre pays  : peu de moyens y sont alloués. Nous sommes même en queue de peloton au niveau européen. Cela s’explique peut-être en partie par notre culture très libérale  : la population suisse se méfie des normes, on mise sur la responsabilité personnelle. Dans ce contexte, il n’est pas toujours facile de proposer un acte de prévention à grande échelle. Pourtant, la responsabilité collective, ça existe aussi. Comment sortir de cette impasse ? Les gouvernements cantonaux ont certainement une marge de manœuvre. Récemment, le canton de Vaud a mis sur pied un grand centre dédié aux activités de prévention aussi bien auprès du grand public que dans les cabinets médicaux et dans le monde du travail. Je pense que c’est une bonne chose d’isoler les principales tendances du domaine  : ne pas être seulement normatif, mais également écouter les priorités et le vécu de chacun. Développer la santé publique de précision, en adaptant les messages aux composantes de la population. À travers une prévention également collective, nous pourrions sans doute mieux inciter la population à l’action  : la vaccination et la promotion des premiers secours sont des bons exemples. Enfin, avec le développement des maladies chroniques, l’état de santé devient dynamique  : on peut être malade, très LA SANTÉ EN SUiSSE Pour en savoir plus… * Conçu sous la forme d’un aidemémoire, La santé en Suisse (Ed. Loisirs et Pédagogie, 2018) propose un panorama large et accessible des principales composantes du système suisse de santé. Illustré par Mix et Remix, cet ouvrage vulgarise et rend accessibles l’organisation de la santé et les nombreux défis à relever. malade, puis moins malade, se considérer en bonne santé… De manière générale, il faut vraiment que le patient soit mieux informé et devienne partenaire du corps médical. Concrètement, comme mettre cela en place ? Les médecins suivent des recommandations, qui indiquent par exemple quand effectuer tel ou tel dépistage. Ce serait donc une bonne chose de « traduire » ces informations pour en faire une « version patient ». Si ces marches à suivre sont faciles d’accès, elles encourageront peutêtre les patients à venir spontanément en parler à leur médecin. Cela permettrait de prendre des codécisions entre soignants et patients. Les médecins généralistes ont aussi un rôle particulier à jouer  : pour faire de la prévention de qualité, il est important de bien connaître son patient. C’est un travail qui nécessite une confiance mutuelle et du temps. AR
PLUS D’ARTICLES SUR PLANETESANTE.CH DOSSIER l’accord de l’État). L’objectif est de rendre la facturation plus transparente. Mais les négociations sont souvent difficiles et peuvent bloquer l’évaluation de nouveaux actes médicaux. Par conséquent, une partie des médecins est très critique envers ce système. « Un des problèmes, c’est que Tarmedest basé sur le payement à l’acte, souligne Simon Regard. Il peut donc y avoir une tendance à facturer le plus de choses possible ». En 2017, les partenaires tarifaires n’ont pas réussi à s’entendre sur la valeur du point Tarmed. Le Conseil fédéral est donc intervenu pour imposer un nouveau tarif. Son but était de corriger certaines prestations surévaluées, par exemple la préparation et le suivi de l’opération de la cataracte. Par ailleurs, certains médecins sceptiques vis-à-vis de Tarmedmilitent pour une refonte complète du système, basée sur une médecine « durable ». Leur objectif est d’éviter au maximum les prestations médicales inutiles. QUI FINANCE LES SOINS À DOMICILE ? Chaque année en Suisse, plus de 34’000 personnes requièrent des soins à domicile. Parmi ces patients, 80% sont âgés de plus de 65 ans. Ces prestations incluent généralement les soins infirmiers et soins de base, les repas ainsi que l’encadrement des personnes en fin de vie et leurs proches. En Suisse romande et au Tessin, la majorité des structures de soins à domicile sont issues du secteur public. En Suisse alémanique en revanche, il y a davantage d’entreprises privées. Elles sont généralement plus chères, mais proposent aussi plus de prestations. Les cantons et les communes fournissent environ 50% des recettes des instituts de soins à domicile. Le reste est financé par les assurances maladie. L’aide pour les courses, les repas et le ménage est en revanche à la charge des patients. Les coûts liés aux soins à domicile correspondent à environ 3% des dépenses totales de la santé, soit 2,3 milliards de francs par année. Selon Simon Regard, les soins palliatifs à domicile gagneraient à être renforcés. « La mort, c’est encore un sujet très tabou. Pourtant, une majorité des patients souhaiterait pouvoir mourir à domicile plutôt qu’à l’hôpital ». De plus, la qualité de vie est souvent jugée meilleure chez soi et les progrès médicaux permettent d’effectuer plus d’actes à domicile. « Une réorganisation de ce moment de vie, à travers un accompagnement adapté et personnalisé, est nécessaire », ajoute le spécialiste. I 11 POURQUOI LES COÛTS DE LA SANTÉ AUGMENTENT ? La démographie ne cesse de croître en Suisse. L’espérance de vie est également en hausse. Par conséquent, le nombre de personnes nécessitant des soins médicaux augmente. Le progrès médical a lui aussi un certain coût. Les découvertes techniques et pharmacologiques sont parfois très chères. Par exemple, le scanner PET/CT est une nouvelle technologie qui permet de mieux visualiser les tumeurs. Mais une machine de ce type coûte 4 millions de francs et l’examen en moyenne 2500 francs. Les nouveaux médicaments ont eux aussi un coût en termes de recherche, développement et marketing. La hausse des primes d’assurance maladie engendre un cercle vicieux  : plus on paye cher, plus on a tendance à vouloir profiter des services à disposition. « Mais au fond, le vrai problème, c’est que les primes augmentent beaucoup trop rapidement par rapport au pouvoir d’achat, et pas toujours en corrélation avec les coûts de la santé », conclut Simon Regard. ●



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