Planète Santé n°33 mar/avr/mai 2019
Planète Santé n°33 mar/avr/mai 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de mar/avr/mai 2019

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Éditions Médecine & Hygiène

  • Format : (200 x 265) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : la mort des soins palliatifs ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 dossier planète santé – mars 2019 nous finançons sans cesse des services publics pour tous, comme les routes, les écoles, etc. Mais nous oublions que ces services-là aussi sont chers, simplement parce que tout le monde les utilise. » Directives anticipées Beaucoup s’accordent à dire que le système mériterait d’être repensé, dans l’objectif d’être à la fois plus humain et plus efficace. Et lorsqu’on parle de solutions, les directives anticipées reviennent immanquablement sur la table. Il s’agit d’un document à remplir à l’avance pour fixer les mesures médicales que l’on approuve et celles que l’on refuse. Leur objectif est entre autres de permettre aux médecins de prendre plus facilement certaines décisions compliquées « Plus de 50% de la population suisse ne connaît pas l’existence des directives anticipées et de décharger les proches de lourdes responsabilités. Certains aspects pourraient toutefois être améliorés. « Plus de 50% de la population suisse ne connaît même pas l’existence de ces directives anticipées, relève le Pr Jox. Il y a donc déjà un gros effort d’information à faire à ce sujet. » La Pre Hurst constate quant à elle que ces directives sont souvent mal utilisées. « On a le droit de les remplir seul, mais je recommande vivement de le faire avec son médecin traitant. Il pourra iStock/ScoTT Raichilson
plus d’articles sur planetesante.ch vous conseiller et les "traduire" dans un langage qui correspond à la culture du monde médical. Vous mettez ainsi toutes les chances de votre côté pour que vos priorités soient bien comprises. » Personnaliser et informer Certains vont même plus loin en parlant d’advance care planning (projet de soins anticipé). Un concept qui s’appuie sur l’importance d’anticiper les traitements et soins à très long terme, en fonction des valeurs du patient. Contrairement à l’approche traditionnelle des directives anticipées, qui sont une démarche personnelle que l’on peut proposer aux patients, l’advance care planning devrait faire partie intégrante de chaque prise en charge. Cette réflexion va dans le sens de la médecine personnalisée, qui doit permettre d’ajuster le traitement en fonction des particularités individuelles de chaque patient. Pour la plupart des spécialistes, la solution passe en tous les cas par l’humain. Et sur ce plan, pourquoi ne pas s’inspirer de l’esprit communautaire de nos voisins ? « En Allemagne, le bénévolat fait partie de la culture du pays, témoigne le Pr Jox. Une grande partie de la population, quel que soit son métier, prend sur son temps libre pour accompagner des personnes en fin de vie. » Cette tradition a également pour avantage de rendre la population attentive à ce qu’engendre une telle situation. Un cercle vertueux, puisque plus les personnes sont informées, plus elles réfléchissent à leurs propres priorités. « Il faut vraiment que le grand public sache mieux ce que l’on fait, pour avoir moins peur de la fin de vie, ajoute le Pr Jox. L’information ne doit pas uniquement Le suicide assisté continue de faire débat Le 25 octobre dernier, la Fédération des Médecins (FMH) a refusé les nouvelles directives sur la fin de vie soumises par l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM). L’objectif de ce texte était d’adapter une série de directives à l’évolution de la société. Or, un aspect précis du nouveau document a retenu l’attention des médecins  : la question du suicide assisté. Jusqu’ici, l’ASSM ne l’admettait que dans les cas où « la maladie dont souffre le patient permet de considérer que la fin de vie est proche ». Selon ces nouvelles directives, l’aide au suicide devait être élargie aux personnes dont la maladie cause des « souffrances intolérables ». C’est cette modification précise qui a entraîné le refus de la FMH. A noter que ces directives ne sont pas des lois, mais plutôt une déontologie que chaque médecin est encouragé à suivre. Chacun conserve la possibilité de refuser d’accompagner un patient sur ce chemin. Pour de nombreux médecins cependant, cette modification était trop extrême, d’autant que les associations d’aide au suicide sont déjà habilitées à intervenir dans ce genre de situations. Le Pr Ralf Jox, directeur des soins palliatifs au CHUV, comprend les arguments des deux camps et admet que la question du suicide assisté est particulièrement délicate. Il regrette cependant que ces tensions aient entraîné le refus de la totalité des nouvelles directives. « Globalement, ce texte était très important pour répondre à l’évolution des besoins actuels des patients. C’est vraiment dommage que la FMH n’ait pas accepté au moins 90% des directives, en rejetant seulement celles à propos du suicide. » 11 être transmise via le domaine médical. C’est une question de société, qui devrait être abordée de manière beaucoup plus large, par exemple à l’école ou dans les communes. » Tout à réinventer L’avenir des soins palliatifs semble donc s’inscrire en grande partie dans les soins communautaires et à domicile. « Dans quelques années, je ne suis pas certaine qu’il y ait encore beaucoup de soins palliatifs à l’hôpital, estime la Pre Pautex. Le travail du médecin devrait évoluer vers un rôle de coordinateur entre les différents membres du personnel soignant. » Le modèle actuel avec les patients au centre et des professionnels tout autour devrait donc être amené à évoluer. Un fonctionnement en partenariat, qui intègre aussi les proches, permettrait au patient de co-organiser son traitement. « Le patient sera en quelque sorte un chef d’orchestre », sourit Sophie Pautex. Quand il s’agit de se tourner vers le futur, d’autres ont des visions plus radicales. « Je vais être un peu provocateur en disant cela, mais je crois que la notion même de soins palliatifs devrait disparaître, avance le Pr Humbert. Améliorer la qualité de vie des patients, prendre en charge leurs symptômes physiques et moraux, c’est quelque chose que nous devons faire avec chaque patient et pas uniquement dans une unité réservée aux soins palliatifs. » Un avis partagé par le Pr Scheidegger  : « J’ai presque été déçu lorsque les soins palliatifs ont été introduits comme une discipline en tant que telle. Cela devrait simplement faire partie du travail de tous les médecins, dans tous les services ». La sonnette d’alarme est en tout cas désormais tirée. Il est urgent que la mort ne soit plus un tabou, aussi bien à l’hôpital qu'à la maison. ●



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