Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
Philosophie pratique n°27 aoû/sep/oct 2016
  • Prix facial : 6,90 €

  • Parution : n°27 de aoû/sep/oct 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 20,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'instant présent, secret de la joie au quotidien.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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PHOTOS.COM D.R. Impossible de vivre sans croire. Tout notre savoir nous vient de la science que d’autres nous ont communiquée, à l’école ou ailleurs. Qui peut tout vérifier, tout prouver ? Il faut donc bien croire. Les nouvelles circulent diffusées par les journaux, la radio ou la TV. Nous les croyons sans perdre pour autant notre esprit critique, sachant bien que les médias sont guidés par leur position idéologique. Nous ne pouvons vivre sans croire ce que d’autres nous disent. Cette confiance est à la base de la société. C’est pourquoi le mensonge est tellement grave dans la vie sociale. Croire n’est donc pas seulement une attitude religieuse, mais d’abord largement humaine. Croire ou savoir ? Le « miracle grec » marque la rupture durable entre mythos et logos et donc entre croyance (doxa) et savoir (épistémé). 66 Philosophie pratique 68 FémininPsycho Croire A-t-on vraiment besoin de croire ? La croyance apparaît comme un assentiment incertain et subjectif par opposition à la certitude objective du savoir, dont l’évidence est fournie par la raison et corroborée par l’expérience. Ainsi, la raison, qui semble d’emblée du côté du savoir, n’est pas de l’ordre de la croyance qui semble irrationnelle, contraire à la raison, et donc irraisonnable. Il serait donc déraisonnable de croire en Dieu. Mais, tout croyant qui a la conviction intime et personnelle de l’existence de Dieu est-il pour autant déraisonnable ? C’est plutôt le mécréant Don Juan qui n’est pas raisonnable dans son incroyance démesurée. Il serait donc paradoxalement déraisonnable de ne pas croire en Dieu. D’après Tocqueville  : « Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point ; il s’épuiserait en démonstrations préliminaires sans avancer ; comme il n’a pas Croire, ce serait adhérer, affirmer et même soutenir sans preuve ni réflexion. Philosopher, ce serait ne pas croire mais questionner, examiner et juger en raisonnant. Pourtant, ne faut-il pas croire à quelque chose pour agir et créer, vivre et aimer, et même pour penser vraiment ? Aussi, ne devons-nous pas reconsidérer le rôle de la croyance dans nos rapports au monde et aux autres ? le temps, à cause du court espace de la vie, ni la faculté, à cause des bornes de son esprit, d’en agir ainsi, il en est réduit à tenir pour assurés une foule de faits et d’opinions qu’il n’a eu ni le loisir ni le pouvoir d’examiner et de vérifier par lui-même, mais que de plus habiles ont trouvé ou que la foule adopte. C’est sur ce premier fondement qu’il élève lui-même l’édifice de ses propres pensées. Ce n’est pas sa volonté qui l’amène à procéder de cette manière ; la loi inflexible de sa condition l’y contraint. » Et le philosophe d’ajouter  : « Il n’y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d’autrui, et ne suppose beaucoup plus de vérités qu’il n’en établit. Ceci est non seulement nécessaire, mais désirable. Un homme qui entreprendrait d’examiner tout par lui-même ne pourrait accorder que peu de temps et d’attention à chaque chose ; ce travail tiendrait « La croyance consiste à accepter les affirmations de l’âme ; l’incroyance à les nier. Quelques esprits sont incapables de scepticisme. » PHOTOS.COM D.R.
PHOTOS.COM D.R. son esprit dans une agitation perpétuelle qui l’empêcherait de pénétrer profondément dans aucune vérité et de se fixer avec solidité dans aucune certitude. Son intelligence serait tout à la fois indépendante et débile. Il faut donc que, parmi les divers objets des opinions humaines, il fasse un choix et qu’il adopte beaucoup de croyances sans les discuter, afin d’en mieux approfondir un petit nombre dont il s’est réservé l’examen. » Croire à trois niveaux On peut croire quelque chose, que ceci ou cela est vrai. Parce qu’on ne peut le prouver, on l’accepte car cela semble plein de sens. Dans ce contexte, on peut croire qu’il existe une réalité que nous nommons « Dieu », parce que cela nous semble plein de sens, mais on ne peut le prouver. On peut aussi croire quelqu’un, parce qu’il/elle nous semble crédible et informé. On demande à un parisien le chemin du Louvre et on croit ses indications. Malade, on va trouver le médecin et on croit son diagnostic, qu’on ne peut prouver. La condition pour croire quelqu’un serait double  : il nous semble compétent et puis il est désintéressé, il n’a pas l’intention de nous tromper ou de profiter de nous. A nos yeux, il est « crédible ». On peut aussi croire en quelqu’un, et en ce cas on vit avec l’autre une relation basée sur la confiance. Comment aimer sans se fier à la personne, sans croire en elle ? Les scientifiques aussi se basent, dans leur travail sur les études de ceux qui les ont précédés. Mais il arrive que certains présupposés soient remis en cause par de nouvelles expériences. Le savant réorganise alors son savoir en fonction des nouvelles découvertes. La différence entre ce qui est affirmé par un dogme, une « définition de foi » par exemple, et son interprétation culturellement influencée, où se situe-t-elle ? Aussi bien en foi humaine qu’en foi chrétienne, le fait et sa présentation, la donnée et son approche sont indissolublement liés. C’est à ce fait-ci que le croyant actuel est devenu très sensible. Foi & croyance Quand on parle de croyance et de foi, il importe de distinguer  : 1. LA CERTITUDE Savoir de manière certaine ou être convaincu ? Souvent le contenu traditionnel des « vérités de foi » ne peut pas être prouvé. Nos contemporains le ressentent très fort  : ils « ne savent » pas. En théologie, les dogmes étaient pourtant présentés comme savoir sûr  : une thèse était formulée, puis les soi-disant « preuves » étaient tirées de l’Ecriture, de la Tradition et de la « raison ». La conclusion se tirait sans hésiter  : Voilà, maintenant c’est sûr qu’il en est ainsi. De fait, est-ce tellement sûr ? 2. LA CONVICTION Les réalités transcendantes, pourrait-on les « prouver » ? On n’en a donc pas un savoir péremptoire, on avance seulement une conviction. A Philosophie pratique « Otez la crainte de l’enfer à un chrétien, et vous lui ôterez sa croyance. » (Denis Diderot) juste titre, car il est exact que certaines choses qu’on ne peut connaître vraiment, on les accepte, on les « croit », parce qu’elles semblent importantes pour donner sens à l’existence. On les trouve tellement acceptables qu’elles deviennent une conviction, même si celle-ci à proprement parler ne peut se prouver. Ces convictions sur les questions vitales sont indispensables pour se situer sur une base solide. Aussi les abandonne-t-on plus difficilement que les connaissances qui, elles, sont plus faciles à mettre au point après plus ample ou plus récente information. Mais il faut se garder de prendre conviction personnelle pour vérité absolue. 3. LA CONFIANCE Les « définitions de foi » sont-elles ce qu’il y a de plus important ? Jésus est-il venu pour donner des « explications » au sujet de Dieu ou de notre existence humaine ? N’est-ce pas plutôt pour mettre notre existence sous impact divin et l’amener ainsi à sa pleine humanité ? Autrement dit, ne s’agit-il pas plutôt de « croire en Lui » (la foi) que de « croire des choses sur Lui » (croyances) ? La théologie ne doit-elle donc pas accentuer le bon agir, vu à partir de l’agir de Dieu et de Jésus, plutôt que le bon savoir ? Prier pour croire ? Pour de nombreux croyants, « Il faut croire pour prier et prier pour croire » Est-ce une contradiction ? Apparemment, oui, aussi convient-il de préciser les choses et de lever cette contradiction. Croire pour prier  : Beaucoup de personnes autour de nous ne prient pas du tout parce qu’elles n’ont pas la foi. Comment demander au nihiliste ou à l’athée convaincu de prier ? Il n’y a rien ni personne à écouter ni à qui parler. L’homme se tait. Il est seul. Il doit construire sa liberté comme il le peut, Philosophie pratique 67 FémininPsycho 69



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