Philosophie de Vie n°7 jun/jui/aoû 2016
Philosophie de Vie n°7 jun/jui/aoû 2016
  • Prix facial : 7,80 €

  • Parution : n°7 de jun/jui/aoû 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 23,0 Mo

  • Dans ce numéro : santé, terrorisme, avenir, a-t-on raison d'avoir peur.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Philosophie d’hier PHILOSOPHIE D’hier Socrate se sentait investi d’une mission de philosophe populaire. Là encore, il a été un précurseur. Avant lui, la vertu était honorée et résultait d’efforts, d’un entraînement menant à une vie que l’on pouvait qualifier effectivement de vertueuse. Notre homme n’est pas de cet avis, pour lui, la vertu découle de la connaissance que l’on en a. C’est en étudiant les mathématiques, via l’acquisition de connaissances adéquates que l’on devient mathématicien et c’est le même cheminement qui s’applique à la vertu, sauf que l’on ne peut professer la vertu, mais apprendre à la connaître. Socrate a un raisonnement résolument extrémiste. Pour lui, la raison, le cerveau sont à même de maîtriser tous les débordements, y compris passionnels. Un homme ne ferait donc le mal que parce qu’il ne sait ET LES FEMMES ALORS ? On dit de Socrate qu’il était neutre, et que son jugement mettait hommes et femmes au même niveau, une exception à la règle. En réalité, cela ne semble pas être le cas dans la vie de tous les jours, les discussions et réflexions qu’il menait n’étaient semble-t-il partagées qu’avec des hommes, les femmes se cantonnant à la vie domestique. 34 - Philosophie de vie n°7 34 pas ce qu’est le bien, ou plus subtilement qu’il croit le savoir sans vraiment que cela ne soit le cas. Celui qui parvient à la véritable connaissance du bien, celui-là n’a plus de doute et donc pas de comportement déviant, la vertu est le seul chemin qui s’ouvre à lui. « Nul ne fait le mal volontairement », c’est l’ignorance qui est en cause. Il est bien clair que l’on parle ici de la vertu au sens moral du terme, mais qu’en est-il de la, vertu sous son aspect de vie privée ? Socrate exerçait une fascination chez ses jeunes étudiants et disciples. Il faut rappeler qu’à Athènes à cette époque, aimer un homme n’était pas considéré comme une déviance comme cela le fut par la suite. Pourtant, Socrate semble ne pas avoir cédé à la tentation car il estimait qu’en tant que personne plus âgé, il n’avait pas à user de son pouvoir sur les plus jeunes. Autre point sur lequel le philosophe est catégorique  : la vertu est une. Habituellement, on reconnaît à un être le fait d’avoir certaines qualités, sans pour autant toutes les avoir. Mais dans le cas de la vertu socratique, il y a unicité car tout trouve son origine dans l’appréhension du bien et du mal. Si l’homme a intégré le concept du bien, il ne peut donc adopter une attitude qui le pousse vers le mal. A partir de ce postulat, il est logique que le principe que l’on connaîtra ensuite dans la religion chrétienne, tendre l’autre joue, soit en réalité déjà présent chez Socrate, qui ne s’inquiète pas d’aller totalement à contrecourant d’une société dont la justice applique la loi du Talion. Le philosophe s’insurge fermement contre ce principe qui ne peut être en accord avec les principes moraux qu’il ne cesse de mettre en avant. Socrate est à la fois philosophe, mais aussi un psychologue, voire un précurseur de la psychanalyse qui agit de façon active. Sagesse ou folie ? Si le mot de mission a été évoqué plus haut dans cet article c’est parce que le sage se sentait en effet investi d’une charge de philosophe populaire  : une sorte de missionnaire qui ne poursuit pas un but religieux, mais cherche à convaincre ses pairs du besoin de modifier leur attitude. C’est la morale qui est en effet à la base de la recherche socratique, la « Vous pouvez cacher aux autres une action répréhensible, mais jamais à vous-même. » (Socrate) bonne compréhension de la morale permettant d’adopter les comportements justes. L’oracle de Delphes aurait annoncé en l’année 420 qu’il « n’y avait pas d’homme plus sage que Socrate ». Alors qu’il se considère comme ignorant, on touche là un élément particulièrement important de sa façon d’interagir avec les autres. Si le philosophe n’a pas d’école a proprement parler et ne se pose pas en tant que professeur traditionnel de l’époque, il a une façon bien à lui de faire progresser l’autre. Il avoue être ignorant, et au lieu de venir en conseiller ou donneur de leçon, il pose des questions à ses interlocuteurs. Ceux-ci font ainsi la plupart du temps étalage de leur véritable savoir, ce qui permet à Socrate d’élargir le sien, ou font étalage d’un prétendu savoir ce qui permet à Socrate de faire la preuve de leur ignorance. Ainsi, l’ignorance affichée du philosophe est en réalité une technique de pédagogue, qui s’apparente parfois à l’attitude adoptée par les psychiatres qui par leur silence, permettent aux patients de réfléchir sur eux-mêmes jusqu’à atteindre une meilleure connaissance de ce qu’ils sont et de ce qu’ils souhaitent profondément. POUR ALLER PLUS LOIN TROIS TEXTES À LIRE Trois textes de Platon permettent d’aller à la rencontre du personnage de Socrate et de sa pensée. Il s’agit de l’« Apologie de Socrate », de « Criton » et de « Phédon ».
La technique de la réfutation Utilisée au quotidien, elle tient en quelques mots  : - La personne défend une opinion ou une vision (qu’elle considère comme essentielle) et développe ses arguments - Socrate met en avant la contradiction existant entre les arguments et la thèse de départ. L’objectif de cette technique lorsqu’elle est possible est de mettre l’interlocuteur dans une position parfois de faiblesse mais surtout de remise en question. Le doute apparaît et permet d’aller vers la véritable connaissance afin que son discours soit adapté à sa vie. Le point de départ est la prise de conscience. La connaissance à la racine du bonheur Le savoir est à l’origine du bonheur, selon Socrate. Car c’est en effet ce savoir, qui est du ressort de l’âme et de l’intelligence, est le seul qui permette de gérer correctement les autres biens, d’ordre matériel. On retrouve ici des principes totalement modernes  : pour atteindre une forme de sérénité, il convient de progresser dans la connaissance de soi, quitte à se faire aider. La réfutation est donc un moyen pour parvenir à cet objectif. Si l’on ne peut pratiquer ce type de questionnement, alors mieux vaut disparaître, car c’est encore l’ignorance qui guette, voire l’illusion. Par cette méthode, Socrate cherchait à faire progresser l’homme, mais le fait est qu’il ne le faisait pas toujours de façon très diplomate, et qu’il s’est ainsi créé bien des inimitiés comme son procès le prouva. La forme est parfois l’ennemie du fond. Socrate & la religion Si la religion reste à l’origine de sa mort, Socrate ne propageait pas pourtant uniquement des idées révolutionnaires. Il admet l’existence d’un être que l’on appelle Dieu, (ou des dieux). Mais il s’agit de puissances vertueuses qui ne peuvent donc qu’être à l’origine du bien et non pas du mal. Les ordres des dieux doivent toujours être interprétés par la raison. Ce qui n’était absolument pas le cas des croyances grecques, où les dieux ne cessaient de se jalouser ou de se trahir, ressemblant en cela comme deux gouttes d’eau aux humains. Procès & condamnation En 399, Socrate est accusé d’impiété par Anytos, homme politique de son état ainsi que par deux autres personnes assez peu connues, un poète et un orateur. Accusé de ne pas respecter les dieux et de corruption de la jeunesse, il doit affronter ses juges. Ce procès hors normes a réuni 501 juges dont 280 ont opté pour une condamnation, rien de moins que la peine de mort. Les détails ne sont pas connus des dessous de ce procès qui semble quelque peu incohérent. En effet, Socrate n’était pas athée semble-t-il, et la peine semble lourde, à moins qu’il ne se soit créé des adversaires de poids pour que son sort soit ainsi scellé. LA PHRASE QUI IRRITA SES JUGES « Pour m’être consacré au service de ma patrie et avoir travaillé à rendre mes concitoyens vertueux, je propose de me condamner à être logé dans le Prytanée et nourri aux frais de l’Etat. » Une dernière provocation qui provoquera sa mort. SOCRATE, SEUL CONTRE TOUS Pendant sa vie militaire comme civile, Socrate s’est levé contre l’autorité. Les généraux ayant participé à la bataille des Arginuses devaient être jugés pour ne pas avoir ramenés le corps des morts. Or la loi n’autorisait que le jugement individuel et non pas collectif. Seul contre tous, Socrate n’hésite pas à se lever contre cette procédure non conforme. Il ne parviendra pas à ses fins, mais cet épisode est significatif de l’attitude générale de Socrate. Il est certain que Socrate a dû provoquer des jalousies, d’autant qu’il était doué d’une ironie mordante. Il n’hésitait pas ainsi à se moquer de ceux dont le savoir était superficiel, y compris devant ses élèves. Certains de ces derniers se sont d’ailleurs opposés au gouvernement, ce qui plaçait Socrate, leur modèle, comme étant clairement « de l’opposition » pour utiliser une expression contemporaine. C’est donc certainement plus la personnalité de Socrate et son influence, qui posaient problème plutôt que son manque de respect à la religion officielle. Emprisonné, l’homme de 70 ans reçoit ses visiteurs avant d’avaler le poison en présence de certains de ses disciples. Cette mort totalement assumée aura une influence immense, en particulier pour le philosophe Platon qui met la vertu au-delà de tout, bien supérieure à la vie elle-même. Une idée qui a traversé les siècles pour venir jusqu’à nous  : le philosophe est celui dont la vie et la recherche En 399, Socrate est accusé d’impiété par Anytos. d’équilibre, vont permettre d’aller vers la mort en toute sérénité. Si Socrate était de par sa personnalité un faiseur de troubles, par cet aiguillon de « l’ironie socratique, il cherchait sans cesse à motiver, à pousser les autres à aller plus loin sur le chemin de la vérité, ou de sa vérité. n V.D. Philosophie de vie n°7 - 35



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