Pasteur Le Mag' n°8 jun/jui/aoû 2009
Pasteur Le Mag' n°8 jun/jui/aoû 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de jun/jui/aoû 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 241) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Leishmania et Trypanosoma, même combat ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 50 - 51  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
50 51
>Les Drs Pierre Buffet et Gloria Morizot à l’Institut Pasteur. PORTRAIT Nom de code WR279396 Au cœur d’une démarche à visée thérapeutique pour la leishmaniose cutanée due à Leishmania major se trouve la crème « WR279396 ». L'interface entre l'approche clinique développée en collaboration avec l'Institut Pasteur de Tunis et l'approche animale optimisée de l'unité Immunophysiologie et parasitisme intracellulaire (lire p.15 : « Des leishmanies bioluminescentes… ») constitue une illustration exemplaire de projet « intégratif », d’autant que la même crème et des critères d'évaluation proches ont été utilisés dans les deux cas. « L’Institut Pasteur de Tunis est au cœur de notre collaboration sur le terrain, en particulier sous l’égide d’Afif Ben Salah. C’est à l’initiative de Geneviève Milon (lire p.8-15) que les contacts avaient été établis avec l’Institut Pasteur Une double blouse blanche de Tunis dans le domaine des leishmanioses, domaine dans lequel il exerce une compétence reconnue. » L’Armée américaine joue un rôle très important dans cette histoire depuis le début puisqu’elle est à l’origine du développement de cette nouvelle formulation (encadré), qu’elle en détient le brevet, et qu’elle finance depuis l’origine les différents essais thérapeutiques. Elle a été de surcroît promoteur ou co-promoteur des essais réalisés. Pierre Buffet a dirigé le Centre médical de l’Institut Pasteur pendant trois ans, jusqu’en 2005, tout en menant des projets de recherche sur le paludisme et la leishmaniose en collaboration avec le département de Parasitologie et mycologie de l’Institut. Dermatologue de formation, il a été chef de clinique en maladies infectieuses à l’hôpital de l’Institut Pasteur puis à l’hôpital Necker. Il a découvert la recherche au cours d’un Master sur l’évaluation des agents anti-infectieux, suivi d’une thèse à l’Institut Pasteur sur le paludisme de la femme enceinte chez Artur Scherf (Biologie des interactions hôte-parasite). Il a rejoint en 2007 le service de parasitologie-mycologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière et l’UMR 945 Inserm/Paris 6 dirigés par le Pr Dominique Mazier et le Pr. Patrice Debré. Détaché de l’AP-HP dans le cadre d’une convention dite « d’intérêt général », il se rend deux fois par semaine à l’Institut Pasteur où, notamment avec Gloria Morizot, il poursuit le projet sur les leishmanioses entrepris depuis huit ans. « Au moment où j’ai rejoint la Pitié-Salpêtrière, Françoise Dromer, responsable de l’unité Mycologie moléculaire, avec son esprit constructif, m’a accueilli afin que cette activité puisse se poursuivre dans l’une des unités de l’institut qui a une culture de recherche clinique. » Gloria Morizot, d’origine colombienne, est médecin-dermatologue. Elle se consacre à la recherche clinique et à la coordination d’études cliniques. Depuis le début du projet, elle a été associée à Pierre Buffet, au Centre médical, puis elle a été attachée à l’unité Immunologie moléculaire des parasites dirigée par Odile Mercereau-Puijalon, avant d’être accueillie elle aussi chez Françoise Dromer, en 2007. L’essentiel est que nous disposons maintenant d’un traitement efficace et indolore, avantage majeur contre cette maladie touchant surtout les enfants. À l’avenir, le traitement actuel par injections sera réservé aux rares patients « ne » guérissant pas malgré application du WR279396. 48 PASTEUR LE MAG’Juin 2009
À priori, les leishmanies ne créent pas dégâts directs, au sens où certaines formes de leishmanioses cutanées, celles dites « diffuses » dans lesquelles il y a une très forte charge parasitaire mais où la réaction cellulaire est faible, on observe des plaques mais moins d’ulcérations que dans les leishmanioses cutanées locales. C’est probablement la réponse immunitaire cellulaire, avec une dimension nécrosante, qui va provoquer l’ulcération. Comme une « sur-réaction inflammatoire ». Par ailleurs, il existe des guérisons spontanées dans les leishmanioses cutanées, en particulier celles à Leishmania major, de l’ordre de 75% à six mois d’infection. D’où la difficulté de conduire les bonnes études. >Amor Zaatour, technicien de l'Institut Pasteur de Tunis, réalisant une technique de dilution à Sidi Bouzid. Le paradoxe du placebo Les essais cliniques ont débuté sur des patients en 2003, après un délai de trois ans pour obtenir les autorisations réglementaires. Une fois passé le stade de vérification de l’innocuité du produit, des essais ont été menés en double aveugle, avec une crème contenant le principe actif et une autre jouant le rôle du placebo. À côté d’une importante réponse positive liée à la molécule étudiée, étonnamment, la réponse au placebo s’est avérée assez importante. « Le taux de guérison avec le placebo qui est de 71% à 50 jours dans notre étude franco-tunisienne est largement supérieur à ce qui était apparu dans les études antérieures. Afif Ben Salah avait conduit une étude de méthodologie similaire avec une autre crème à base de paramomycine dans la même région. Le taux de guérison relevé sous placebo était de 15 à 30%. » Deux explications sont proposées. La première, c’est que le véhicule, la crème dans laquelle est incorporé le principe actif aurait une efficacité par lui-même. La seule façon de vérifier que l’effet placebo est lié au véhicule serait de mener l’étude avec un groupe totalement non traité et un groupe qui recevrait le placebo. « Dans cette hypothèse la crème de base serait elle-même active, ce qui s’observe assez souvent en dermatologie, dans d’autres contextes. L’autre explication possible, c’est que, dans cet essai, on a eu recours à des pansements pour maintenir la crème. Comme ils sont assez occlusifs, ils favorisent la « fermeture » des ulcérations. Or, le critère de guérison retenu dans cette étude, c’est la reconstruction de l’épithélium qui annonce la cicatrisation. » Un double rôle « Gloria est un acteur de premier plan pour ce qui concerne la coordination comme ces études font intervenir de nombreux acteurs : cliniciens, logisticiens, spécialistes réglementaires pour assurer ce que l’on appelle « les bonnes pratiques cliniques ». Pour ce qui est l’étude de phase II publiée récemment, nous avons assuré un double rôle. Celui d’investigateurs, directement en contact avec les patients, les recrutant dans l’étude, les traitant, évaluant l’état des lésions, recueillant l’information. Autre rôle, celui de ce que l’on appelle les Contract Research Organisation, c’est-à-dire des structures d’assistance à la recherche clinique, qui correspond bien à celui joué par Gloria dans la coordination avec l’Institut Pasteur de Tunis. » ■ Un antibiotique ancien, de nouvelles crèmes optimisées. Le principe actif est la paramomycine, une molécule d’une famille classique d’antibiotiques antibactériens, les aminosides. Il paraît peu probable qu’elle agisse sur les leishmanies par le même mécanisme moléculaire que sur les bactéries. « On ne sait pas encore par quelles voies elle agit mais les aminosides ont une accumulation importante dans les lysosomes or le phagolysosome* est le lieu de vie des leishmanies au sein des macrophages. » La paromomycine en crème a été utilisée par les Russes dans les années 60 – il y avait beaucoup de leishmanioses cutanées dans le sud de l’ancienne Union soviétique – avec succès. Ensuite, des scientifiques israéliens ont été les premiers à vérifier l’efficacité sur modèle animal et à pratiquer de véritables essais thérapeutiques. Joseph El On a développé une première formulation, assez efficace mais fortement irritante. « Ensuite, l’armée américaine a souhaité améliorer le traitement et a testé plusieurs formulations à base de paramomycine sur modèle animal – suivant l’exemple d’un Britannique, Le Pr Anthony Bryceson, qui avait commencé à optimiser la formulation avant d’entreprendre des essais cliniques. Nous avons testé une formulation de « 3 e génération » issue de ce processus. » *Les phagosomes sont les vacuoles d’absorption au sein des macrophages ; on parle de phagolysosome lorsque les lysosomes (petites « vésicules » contenant des enzymes) y ont libéré leurs enzymes. PASTEUR LE MAG’49 Juin 2009



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :