Pasteur Le Mag' n°8 jun/jui/aoû 2009
Pasteur Le Mag' n°8 jun/jui/aoû 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de jun/jui/aoû 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 241) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Leishmania et Trypanosoma, même combat ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 42 - 43  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
42 43
>Pierre-Jean Corringer est responsable du groupe Récepteurscanaux (associé au CNRS URA2182). Son équipe a travaillé avec celle de Marc Delarue, chef de l’unité Dynamique structurale des macromolécules (associée au CNRS URA2185). PIONNIERS NEUROBIOLOGIE Des bactéries d’avant l’humanité pour des molécules d’avenir Q 40 PASTEUR LE MAG’Juin 2009 Chez une bactérie descendant de bactéries très anciennes, vivant entre un et trois milliards d’années, l’équipe de Pierre-Jean Corringer, en collaboration avec celle de Marc Delarue, a identifié la fonction et déterminé la structure tridimensionnelle d'une protéine bactérienne homologue du récepteur de la nicotine chez l'homme. u’est-ce qui a motivé cette approche ? « En fait, c’est une démarche assez classique dans notre domaine, étant donné que nous travaillons sur des récepteurs membranaires du cerveau notoirement difficiles à manipuler au plan biochimique. Si l’on veut obtenir des informations sur leur structure, il faut disposer de grandes quantités de protéine pour la cristalliser, or on sait que les récepteurs sont très difficiles à surexprimer et à manipuler. La voie royale pour approcher ces aspects structuraux, c’est d’aller chercher des homologues chez des bactéries qui, de part leur caractère archaïque possèdent une architecture simplifiée. » En effet, ces récepteurs sont difficiles à synthétiser chez l’homme. Chez l’homme, les récepteurs nicotiniques viennent régler l’efficacité de synapses qui vont libérer certains neurotransmetteurs excitateurs ou inhibiteurs dans le cerveau (voir aussi Pasteur Le Mag’n°4 et 5). Ils sont composés de sous-unités aux fonctions physiologiques différentes. Lorsque l’on inhale de la nicotine, elle se lie aux récepteurs, provoquant alors l’ouverture d’un canal ionique dans la membrane des neurones,• Historiquement, en 2005, une équipe de bio-informaticiens a « prédit » dans les génomes bactériens des gènes codant pour des homologues des récepteurs nicotiniques. « Nous nous sommes lancés dans cette direction et mon groupe a été le premier à produire ces récepteurs chez la bactérie puis à démontrer qu’ils fonctionnaient comme des canaux ioniques activés par des messagers chimiques, raconte Pierre-Jean Corringer. » Des Américains ont identifié dans des banques de génomes des séquences qui correspondaient à ces récepteurs. Les équipes Pasteur-CNRS ont été les premières à les faire s’exprimer chez des bactéries, à montrer qu’ils agissaient bien à la manière des récepteurs nicotiniques humains, qu’ils formaient eux aussi des canaux. « S’en est suivie une compétition internationale pour obtenir la structure de ces protéines. Le premier à y arriver fut un groupe académique suisse qui a réussi à obtenir un récepteur dans un état fermé, c’est-à-dire non activé. Notre article, paru en janvier 2009, porte sur un autre homologue mais cette fois-ci dans une conformation active, c’est-à-dire avec le canal ouvert (voir la structure déterminée par les équipes, p.43). Nous avons également réussi à montrer que ces récepteurs étaient situés sur la membrane des neurones et qu’ils possédaient à la fois une forme et une fonction homologue au récepteur de la nicotine chez l’homme. C’est d’ailleurs une stratégie qui a déjà été utilisée pour d’autres types de récepteurs. »
« Le cerveau se compose de cellules, ou neurones, qui possèdent la propriété, unique dans l'organisme, de former un réseau discontinu par l'intermédiaire de multiples prolongements fins et ramifiés, les dendrites et les axones. Au niveau de leurs contacts, ou synapses, la microscopie électronique révèle que les membranes des cellules en présence restent séparées par plusieurs dizaines de nanomètres. L'existence de cet espace synaptique pose le problème des mécanismes de la communication entre neurones. Le long des neurones circulent des impulsions électriques (les influx nerveux) provoquées par le passage d'ions (Na+, K+) à travers la membrane cellulaire ; sauf exception, l'onde électrique ne franchit pas la fente synaptique et, là, la chimie prend le relais de l'électricité. Les neurones synthétisent des substances chimiques, ou neuromédiateurs, qui s'accumulent dans des vésicules situées dans les terminaisons nerveuses. Lorsqu'une impulsion électrique atteint la terminaison, le neuromédiateur est libéré de ces vésicules dans la fente synaptique ; il diffuse en une fraction de milliseconde à travers l'espace synaptique et frappe à la porte de la cellule suivante, où il déclenche un nouveau signal, en général lui aussi électrique. Dans les synapses excitatrices, le transmetteur provoque l'ouverture de canaux où passent les ions positifs Na+ et K+ ; lorsque le neuromédiateur ouvre un canal sélectif pour les ions négatifs Cl-, la synapse devient inhibitrice. Une transduction du signal chimique en signal électrique s'accomplit, qui donne lieu, soit au départ d'un nouvel influx nerveux, soit à son inhibition. » Extrait de « La chimie des communications cérébrales » Pr Jean-Pierre Changeux (Pour la Science, novembre 1982.) PASTEUR LE MAG’PASTEUR LE MAG’41 Juin 2009



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :