Pasteur Le Mag' n°7 jan/fév/mar 2009
Pasteur Le Mag' n°7 jan/fév/mar 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de jan/fév/mar 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 5,2 Mo

  • Dans ce numéro : Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, Prix Nobel 2008.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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• 4 PASTEUR LE MAG’Janvier 2009 LIGNES DE FORCE la disparition des cellules T fut même pour nous une angoisse : l’activité transcriptase inverse apparaissait puis elle diminuait et cette chute correspondait à la mort des cellules en culture. Cela nous posait un problème de taille : nous disposions peutêtre du virus mais nous étions en train de le perdre. » C’était, en fait, la première observation de l’effet cytopathogène (destruction des cellules) du virus du sida. L’équipe pasteurienne put néanmoins ajouter immédiatement à la culture des globules blancs de donneurs de sang ; l’hôpital de l’Institut Pasteur disposait alors d’un centre de transfusion sanguine. L’activité enzymatique fut à nouveau détectée et à nouveau suivie d’un phénomène de mort cellulaire… « Deuxième élément, nous savions qu’il existait chez le chat un rétrovirus responsable de leucémie. Ce virus provoquait souvent chez l’animal une immunodéficience dont il mourait avant de développer une leucémie. Mais les caractéristiques différaient de celles du sida : tous les globules blancs étaient affectés, pas seulement les lymphocytes T. » L’équipe a donc penché tout d’abord sur l’hypothèse d’un rétrovirus, à cause de ces deux éléments, mais aussi parce que les premiers travaux menés pour associer d’autres familles de virus avec la maladie sida avaient échoué : aucun ne correspondait aux critères recherchés. « Je l’ai ! Je l’ai ! » En mai 2003, Charlie Dauguet nous racontait : « Tout s’est passé le 4 février 1983, un vendredi, à 17h45. Une quinzaine de jours auparavant, Monsieur Montagnier était venu un soir dans mon laboratoire, me demander si j’accepterais de travailler sur un prélèvement cellulaire humain à risque. J’ai accepté tout de suite. Luc Montagnier m’a alors recommandé de prendre toutes les précautions possibles : à cette époque, nous ne disposions que d’une hotte à flux laminaire… Au moment où j’allais couper l’eau, je vois du virus à l’écran. Je sors du laboratoire en m’exclamant : « Je l’ai ! Je l’ai ! » … Tout de suite, j’ai pris des clichés (photo ci-dessus). Le temps a passé. Tellement, que lorsque je suis arrivé le soir à la gare pour prendre mon train pour Trouville où j’avais prévu de passer le weekend, je n’ai vu que le feu rouge du train qui s’éloignait. » Charlie Dauguet n’avait pu partir en Normandie ce weekend, mais il avait probablement connu la plus intense émotion scientifique de ses 39 années passées au service de la microscopie électronique à l’Institut Pasteur. Un rétrovirus inconnu « Nous avons testé toutes les conditions dans lesquelles fonctionnaient les transcriptases inverses connues chez les mammifères, y compris celles du HTLV. Outre la mort des cellules, la morphologie du virus que nous avons isolé, observée par Charlie Dauguet au microscope électronique (photo ci-dessus), écartait la
possibilité d’un HTLV. Il y avait des similitudes – taille et bourgeonnement à la surface des cellules infectées, comme tous les rétrovirus –, mais le noyau central était totalement différent, beaucoup plus petit et localisé différemment dans la cellule. Devant cette situation, il fallait disposer de réactifs pour voir s’il existait des réactions croisées entre le virus que nous venions d’isoler en culture et le HTLV. Jean-Claude Chermannet Luc Montagnier connaissaient Robert Gallo. Ils lui ont téléphoné pour lui expliquer la situation et lui demander s’il serait prêt à nous envoyer des anticorps spécifiques du virus HTLV, ce qu’il a fait. On a commencé à regarder, d’abord par immunofluorescence, si ces anticorps étaient capables de reconnaître les cellules infectées par notre virus et, à l’inverse, si les anticorps de notre malade étaient capables de reconnaître des cellules infectées par le HTLV. Dans notre équipe, Marie-Thérèse Nugeyre s’en était chargée, par immunofluorescence, et celle de Luc Montagnier avait procédé à des essais par radio-immunoprécipitation. Les réactions étaient très faibles ou nulles. » Aller plus loin Dès le début de l’année 1983, la recherche autour du virus isolé à l’Institut Pasteur s’intensifie. Commence une grande période de caractérisation du virus et de développement de tests sérologiques, parallèlement à une recherche visant à démontrer le lien entre le virus découvert et la maladie sida. À l’Institut Pasteur, le laboratoire reçoit d’autres échantillons de patients au stade de « pré-sida » ou même de sida avéré. La collaboration avec les virologistes hospitaliers, Françoise Brun-Vezinet et Christine Rouzioux (de l’hôpital Bichat) se développe pour mettre au point des tests de diagnostic sérologique chez des patients infectés, tests qui seront commercialisés en 1985. La collaboration s’était étendue à des immunologistes hospitaliers, Jean-Claude Gluckman et David Klatzman (hôpital Pitié- Salpétrière) et des cliniciens, comme le D r Vilmer (hôpital Necker), ce qui permit au cours de l’année 1983 de démontrer que les lymphocytes CD4 étaient la cible majeure du virus, PASTEUR LE MAG’et qu’ils en mouraient. Très vite aussi, ces recherches aboutirent à l’identification du principal récepteur du virus, la molécule CD4. La caractérisation des protéines constituant le virus est également entreprise dès 1983. L’analyse des protéines du virus montrera également que le LAV était différent des candidats américains, les virus HTLV-1 et HTLV-2. C’était un argument important pour avancer qu’il s’agissait de deux virus différents mais il n’y avait que l’analyse du génome de notre virus qui pouvait répondre définitivement à cette question. Sous l’impulsion du Pr Raymond Dedonder, directeur de l’Institut Pasteur• PASTEUR LE MAG’5 Janvier 2009



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