Pasteur Le Mag' n°6 oct/nov/déc 2008
Pasteur Le Mag' n°6 oct/nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de oct/nov/déc 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : des virus émergents... Chikungunya, grippe aviaire, Sras, dengue...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DES VIRUS ÉMERGENTS DOSSIER GRIPPE AVIAIRE Et si le virus H5N1 était en échec ? >Le Pr Sylvie van der Werf est chef de l’unité Génétique moléculaire des virus à ARN (associée au CNRS URA 3015) qui est également centre national de référence pour les Virus influenzæ région nord (grippe) et centre collaborateur de l’OMS pour la référence et la recherche sur les Virus de la grippe et autres virus respiratoires. Les virus grippaux sont présents chez différentes espèces d’oiseaux, en particulier les oiseaux aquatiques qui sont en fait le réservoir de la diversité des virus grippaux existants. Mais d’autres espèces d’oiseaux, voire d’autres animaux comme le porc, peuvent être infectées par ces virus, ce qui peut en particulier poser problème dans les élevages de volailles. Plus le temps passe, plus des scientifiques s’interrogent sur les capacités réelles du virus de la grippe aviaire, H5N1, à s’adapter à l’homme. Toutefois, si une telle adaptation survenait, cela entraînerait de graves conséquences en matière de santé publique mondiale. Des oiseaux et des hommes Les virus de la grippe aviaire circulent a priori depuis toujours chez les oiseaux sauvages et, classiquement, ils ne donnent pas de symptomatologie. Parmi ces virus, les virus H5N1 ont circulé chez les oiseaux sauvages, en particulier en Asie du Sud-Est et des échanges de gènes ont eu lieu - ce que l’on appelle des « réassortiments » - avec d’autres virus grippaux en circulation. Ces virus H5N1 ont évolué, se sont diversifiés. On en connaît maintenant plusieurs génotypes différents et en particulier un qui s’avère capable d’infecter l’homme. En ce qui concerne les virus H5N1, on pense qu’il y a eu non seulement des échanges au niveau du réservoir sauvage (oiseaux aquatiques) mais également avec des volailles terrestres (cailles, poulets, etc.) et qu’éventuellement il y a eu des aller-retours. Les virus H5N1 de génotype Z, responsables d’infections chez l’homme, sont dotés de propriétés particulières. Hautement pathogènes chez les volailles, avec une mortalité très élevée, ils donnent 30 PASTEUR LE MAG’Octobre 2008 une pathologie extrêmement sévère chez l’homme, lorsqu’ils réussissent à l’infecter, ce qui est assez rare. Les craintes Le virus pourrait se modifier, pour passer d’une forme où il est capable d’infecter l’homme, de façon occasionnelle et sporadique, sans transmission interhumaine, à une forme où il aurait acquis la capacité à se transmettre d’une personne à une autre. « Deux mécanismes sont envisagés pour cela, développe Sylvie van der Werf. Par une succession de mutations qui ferait que le virus pourrait Grippe aviaire : 385 cas dont 243 décès. (Données OMS de cas humains recensés du 1 er janvier 2003 au 19 juin 2008.) >Virus A/H5N1 (en brun) dans des cellules animales (en vert). infecter une première personne, puis une deuxième, etc. et que se mette en place une sélection progressive de variants de plus en plus adaptés à l’homme. Par le biais des pressions de sélection, ce sont les virus les mieux adaptés qui vont être sélectionnés chez un hôte donné, dans un environnement donné. Les virus les plus performants subsistent. C’est probablement ce qui s’est passé en 1918, avec l’émergence et la diffusion du virus de la « grippe espagnole » qui, selon les estimations récentes, aurait fait entre 30 et 50 millions de morts ! Autre mécanisme possible, non pas une accumulation de mutations mais un réassortiment de gènes. Soit lors d’une co-infection du virus H5N1 avec des virus de grippe saisonnière habituels chez l’homme, soit à partir d’une co-infection préalable chez
un autre animal, comme le porc. À ce jour, le porc peut être infecté par les virus H5N1 mais ne transmet pas l’infection au sein de la population porcine. Une adaptation à l’hôte mammifère, suite à un réassortiment éventuel avec des virus humains qui circulent habituellement chez le porc et ensuite un passage du virus modifié du porc à l’homme serait catastrophique. » Des virus génétiquement différents Les virus H5N1 varient génétiquement en permanence, ce qui se traduit par des variations antigéniques (par la modification de leurs protéines de surface). On en distingue différentes clades et sous-clades, c’est-à-dire des sous-groupes de virus H5N1 qui diffèrent génétiquement. Leurs protéines de surface, qui sont les antigènes reconnus par les anticorps, diffèrent donc. Ainsi, des virus ont été responsables de cas humains au Cambodge, au Vietnam, en Thaïlande, entre 2004 et 2006, et d’autres ont été responsables de cas en Chine, d’autres encore en Indonésie, enfin on va en retrouver d’autres au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe. Quels vaccins et quels traitements ? L’objectif des vaccins dits « prépandémiques » est d’arriver, notamment par le biais de puissants adjuvants de l’immunité, à induire une réponse immunitaire PASTEUR LE MAG’Des millions de volailles ont été abattues dans le monde. Pour préserver les élevages indemnes… et par principe de précaution pour l’homme. telle que les anticorps produits vont être capables de neutraliser les virus par exemple de clade 1 mais aussi des virus de clade 2. Certes, cette neutralisation serait moins efficace mais on espère qu’elle le sera suffisamment. Globalement, aujourd’hui, les scientifiques s’accordent à penser que ces virus H5N1, à l’origine de pathologies très sévères, ont un potentiel de multiplication très élevé, qu’ils se répliquent extrêmement vite dans l’organisme. Le système immunitaire est rapidement débordé. « Le Tamiflu, molécule antivirale, a été testé vis-à-vis du virus H5N1, rappelle Sylvie van der Werf. A priori, tous les virus H5N1 actuels y sont sensibles. En revanche, il a été démontré, en Égypte notamment, que plus l’administration de ce traitement est précoce, plus le traitement est efficace. Cela dit, des cas de virus résistants au traitement ont été décrits, par exemple en Thaïlande et au Vietnam. Si l’on veut que l’antiviral soit efficace, il faut donc qu’il soit administré très tôt. Pour une grippe saisonnière, le Tamiflu est efficace à partir du moment où il est pris 48 h après le début des symptômes. Pour les infections à virus H5N1, on pense qu’il faudrait qu’il soit administré encore plus tôt. » Des recherches variées Dans l’unité de Sylvie van der Werf, un groupe cherche à comprendre, quels sont les éléments qui distinguent au niveau moléculaire un virus aviaire d’un virus humain, quels sont ceux qui vont permettre l’adaptation, quelles sont les interactions entre les protéines du virus avec les protéines des cellules de l’hôte qu’il infecte (elles diffèrent selon qu’il s’agisse de cellules humaines ou de cellules aviaires). Des recherches sont également en cours pour déterminer les modifications intervenant lorsque le virus passe de l’oiseau aquatique à la volaille, en particulier celles qui affectent les protéines de surface des virus. Des travaux portent également sur la recherche d’antiviraux et sur l’impact des variations génétiques sur la sensibilité aux antiviraux. « Une activité est plus orientée sur la recherche de vaccins, à base de protéines virales purifiées. Nous voulons également évaluer différents modes de présentation des antigènes de candidats vaccins pour induire une réponse forte avec un spectre aussi large que possible ». ■ @ Informations ministérielles www.grippeaviaire.gouv.fr PASTEUR LE MAG’31 Octobre 2008 ?



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