Pasteur Le Mag' n°6 oct/nov/déc 2008
Pasteur Le Mag' n°6 oct/nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de oct/nov/déc 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : des virus émergents... Chikungunya, grippe aviaire, Sras, dengue...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DES VIRUS ÉMERGENTS DOSSIER >Olivier Schwartz est responsable de l’unité Virus et immunité (associée au CNRS URA 3015). Crise aiguë L’une des questions importantes pour comprendre l’infection par le virus du chikungunya était de déterminer quelles étaient ses cibles dans l’organisme. Des cellules humaines qui « multiplient » le virus L’équipe d’Olivier Schwartz, avec en particulier Marion Sourrisseau qui a effectué sa thèse sur ce sujet, et en collaboration avec la task force pasteurienne et le Groupe hospitalier Sud-Réunion, s’est attachée à visualiser le virus et à déterminer quelles cellules humaines étaient susceptibles d’être infectées, étaient « permissives ». Les premiers résultats ont montré que le virus du chikungunya (en abrégé « CHIKV ») ne se répliquait pas dans les cellules sanguines circulantes mais plutôt dans les macrophages, cellules de défense de l’organisme, présents dans les tissus. Le virus est capable de se multiplier dans des cellules dites « adhérentes » (cellules endothéliales, épithéliales) et des fibroblastes, qui sont des cellules du tissu conjonctif. « Cette approche a été suivie sur des cellules humaines en culture, précise Olivier Schwartz, et ne représente pas forcément ce qui se passe dans l’organisme. L’objectif était de comprendre la susceptibilité de différents types cellulaires. Pour cela, nous avons testé une batterie de types cellulaires ; certaines pouvaient être infectées et d’autres non, indépendamment de leur localisation dans l’organisme. Une démarche classique en virologie qui permet de voir comment se multiplie le virus. La diversité des modèles testés, des 14 PASTEUR LE MAG’Octobre 2008 CHIKUNGUNYA Des cellules cibles 1 >1. Virus CHIK bourgeonnant à la surface de cellules épithéliales humaines en culture. >2. Macrophages humains en culture infectés par le virus CHIK. Les protéines virales sont colorées en rouge. (Marion Sourisseau, Olivier Schwartz, unité Virus et immunité ; Marie-Christine Prévost, plate-forme de Microscopie ultrastructurale). approches expérimentales utilisées par les différentes équipes de la task force est féconde car elle donne des informations précieuses et complémentaires. » Les lignées de cellules infectées constituent des outils pour explorer, à l’échelle cellulaire et moléculaire, les interactions entre le virus et les cellules humaines : voies d’entrée du virus, liaison du virus aux cellules, sur quels récepteurs à la surface de la cellule, etc. L’interféron en questions « À l’heure actuelle, nous étudions les mécanismes de transfert direct du virus d’une cellule à l’autre. D’autre part, nous n’avons pas encore caractérisé les interactions avec d’autres types cellulaires, comme les cellules dendritiques (lire Pasteur Le Mag’n°2, p.15 : « la cellule dendritique, un rouage essentiel de la réponse immunitaire »), les cellules de la peau, pour voir si elles s’infectent ou non, etc. De plus, nous collaborons avec l’équipe de Matthew Albert (Immunobiologie des cellules dendritiques), qui cherche à déterminer les événements qui surviennent « Lorsque la crise débute, la charge virale est très élevée, explique Olivier Schwartz, et elle s’accompagne de la libération en quantité de molécules, d’un ensemble de processus inflammatoires, etc. qui font que le déclenchement de la maladie est extrêmement brutal (comme pour la dengue, lire le témoignage p.40). Dans des cas extrêmes, des personnes au volant de leur voiture se sont retrouvées littéralement prostrées au point d’être incapables de sortir de leur véhicule. Outre les accidents, les pompiers ont été appelés à la rescousse pour extraire les personnes tant leurs douleurs articulaires étaient aiguës. »
2 au niveau de la cellule une fois qu’elle est infectée. » Chez les patients infectés, on observe une forte production d’interféron, une substance naturelle aux propriétés antivirales. Toutes les cellules produisent plus ou moins d’interféron en présence d’un virus, mais celles qui en produisent le plus sont une catégorie particulière de cellules dendritiques appelées « plasmacytoïdes ». On ne connaît pas encore bien les interactions entre ces cellules et CHIKV. « Matthew Albert s’efforce de savoir quelles cellules produisent de l’interféron dans l’organisme au cours de cette infection virale, ajoute Olivier Schwartz. D’autres questions suivront naturellement : comment ces cellules, non encore identifiées, reconnaissent le virus et produisent de l’interféron. Au-delà du chikungunya, les réponses s’avéreront précieuses pour approfondir la connaissance des interactions entre les virus et les défenses immunitaires innées. » Autre interrogation : comment l’interféron bloque-t-il le virus ? Une fois sécrété, l’interféron induit la production par les cellules agressées de centaines de protéines dont certaines sont dotées d’activité antivirale. Laquelle ou lesquelles protègent les autres cellules de l’infection virale ? « Il y a des protéines candidates », nous annonce Olivier Schwartz. En effet, Anne-Claire Brehin, 26 ans, l’une des étudiantes de Philippe Desprès (unité Interactions moléculaires Flavivirus-hôtes ; lire p.24), a montré que la protéine appelée « OAS 3 » est impliquée. Elle a soutenu sa thèse en juin sur ce sujet, ses travaux faisant ensuite l’objet d’une publication scientifique. Un brevet a par ailleurs été déposé. « Nous pensons que d’autres gènes induits par l’interféron, codant donc d’autres protéines, pourraient jouer ce rôle mais les travaux sont en cours. » Il faut savoir que, justement grâce à la production d’interféron, la charge virale qui était très importante au début de la maladie et suivie très tôt d’un pic d’interféron, décroît rapidement, en quelques jours. Mais la maladie peut ensuite devenir chronique, avec la persistance de douleurs articulaires et musculaires parfois très invalidantes. Au point de ne pouvoir dévisser de simples flacons pendant plusieurs mois ! ■ D’AUTRES CIBLES, DANS DES PRÉLÈVEMENTS HUMAINS PASTEUR LE MAG’Les réponses s’avèreront précieuses pour approfondir la connaissance des interactions entre les virus et les défenses immunitaires innées. Parallèlement, une autre étude menée par Pierre- Emmanuel Ceccaldi et Simona Ozden dans l’unité dirigée par Antoine Gessain (Épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes/CNRS URA 3015), en collaboration avec d’autres équipes de l’Institut Pasteur, de l’Institut de Myologie de Paris et avec des cliniciens de Saint-Denis de la Réunion, a permis de montrer chez les personnes infectées que certaines cellules présentes dans le tissu musculaire sont des cibles du CHIKV. À partir de l’analyse de biopsies, ils ont trouvé dans un cas de phase aiguë de la maladie et d’une biopsie effectuée à un stade plus tardif chez une autre patiente, que les cellules précurseurs des cellules musculaires, les cellules satellites, étaient infectées par le virus. Par ailleurs, mises en culture cellulaire, ces cellules se sont avérées très permissives au virus. L’équipe tente de savoir maintenant si ces cellules ne joueraient pas un rôle de « réservoir » du virus, ce qui expliquerait les récidives des douleurs observées chez certains patients et celles ressenties lors du passage à la chronicité de la maladie. PASTEUR LE MAG’15 Octobre 2008



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