Pasteur Le Mag' n°6 oct/nov/déc 2008
Pasteur Le Mag' n°6 oct/nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de oct/nov/déc 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : des virus émergents... Chikungunya, grippe aviaire, Sras, dengue...

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DES VIRUS ÉMERGENTS DOSSIER >Antoine Gessain dirige l’unité Épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes (associée au CNRS URA 3015). Émergence Des clefs pour comprendre 8 PASTEUR LE MAG’Octobre 2008 Comment définir l’émergence pour les virus ou les maladies virales ? Fréquemment utilisé, ce terme ne l’est pas toujours à bon escient. Trois voies Antoine Gessain considère trois catégories évidentes d’émergence pour les virus et maladies virales : • L’apparition d’une maladie effective dont l’agent viral est inconnu et qui, dans la majorité des cas, a pour origine un animal. Ce fut le cas pour le virus du sida mais surtout, récemment, pour le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère, lire page 34) ou la grippe aviaire (lire page 30).• L’émergence liée aux connaissances ; la curiosité scientifique en est le moteur. Elles sont le fruit de l’association de méthodologies, de travaux épidémiologiques permettant d’établir pour la première fois un lien entre une maladie connue et un virus connu ou inconnu. C’est, par exemple, la découverte de l’hépatite C dans les hépatites que l’on qualifiait auparavant de « non-A, non-B » (seules les hépatites A et B étaient connues). Autres exemples, l’association entre le virus HHV-8 et le sarcome de Kaposi (une tumeur cutanée), entre le virus HTLV-1 et la paraplésie spastique tropicale ou myélopathie associée. Il ne s’agit pas ici de l’explosion épidémique d’une maladie mais de la découverte du lien entre un virus, connu ou non, et une pathologie connue, parfois endémique.• Une situation qui a changé mais qui n’implique ni un nouveau virus ni une nouvelle maladie : les conditions épidémiologiques, la distribution géographique, la modalité de diffusion sont devenues différentes. Le chikungunya illustre tout à fait ce type d’évolution. Autre exemple, le virus West Nile, qui a gagné le continent américain en 1999. Enfin, des maladies connues peuvent connaître des modifications physiopathologiques, comme l’augmentation des formes hémorragiques de la dengue. La veille épidémiologique pour anticiper « Ce qui nous passionne, c’est la veille épidémiologique, s’enthousiasme Antoine Gessain. Typiquement, elle permet de comprendre les conditions de l’émergence au niveau des premières étapes, en particulier tout ce qui relève des maladies transmises de l’animal à l’homme. À partir de l’identification de virus, nous travaillons, toujours en amont, sur les conditions éventuelles de l’apparition d’une maladie, sans préjuger de cette émergence. Par exemple, à partir de la présence du STLV-3 chez le singe, on pouvait supposer qu’il y aurait passage à l’homme et nous l’avons LA GRANDE MAJORITÉ DES MALADIES VIRALES ÉMERGENTES HUMAINES VIENNENT DES ANIMAUX. Ces zoonoses n’affectent souvent pas ceux qui sont les réservoirs de virus (singes, chauves-souris, rongeurs…), ni ceux qui en sont les vecteurs (moustiques, tiques, phlébotomes, oiseaux…). Par ailleurs, le matériel génétique de la plupart des virus émergents est constitué d’ARN, et non d’ADN.
« Ce qui nous passionne, c’est la veille épidémiologique... » démontré avec le HTLV-3. Le passage s’était peut-être fait depuis longtemps mais était jusque-là passé inaperçu. Chez le singe, il y avait profusion de STLV-3. Nous ne savons pas s’ils sont passés de singe à homme puis d’homme à homme, ni quand cela s’est produit. Pour nous, l’étape suivante consiste à en étudier la distribution. Où ces virus sont-ils présents ? En quelles proportions ? Sont-ils liés à des pathologies humaines, si oui lesquelles et dans quelles conditions ? Une approche particulièrement lourde à mener. » Des craintes raisonnées Pour un certain nombre de virus, une potentialité de diffusion importante peut être liée à des modifications à la fois du virus et de l’hôte, à une adaptation. C’est en particulier le cas avec la compétence vectorielle, avec l’adéquation progressive entre un virus et son vecteur, un moustique, par exemple. Le VIH s’est tellement adapté à l’homme qu’il a abouti à une pandémie. Les scientifiques craignent le redoutable potentiel du virus de la grippe aviaire, d’autant que la sinistre « grippe espagnole » est toujours présente à leur mémoire ; elle fit 30 millions de morts.• PASTEUR LE MAG’DES VIRUS QUI « DESCENDENT » DES SINGES Un cinquième rétrovirus humain Les premiers rétrovirus humains identifiés furent : le HTLV-1 (en 1980 aux États-Unis) et le HTLV-2 (en 1982), virus associés à des leucémies/lymphomes et/ou à des maladies neurologiques, et les VIH-1 et VIH-2, responsables du sida, découverts à l'Institut Pasteur (en 1983 et 1985). Tous ces virus avaient des équivalents chez le singe en Afrique. Spécialisée dans l’étude des HTLV-1 et 2, et dans les transmissions interespèces, l’équipe d’Antoine Gessain, en collaboration avec Alain Froment, médecin anthropologue de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) avait recherché activement, au cours d’études épidémiologiques menées principalement en Afrique centrale, la présence éventuelle d’un troisième virus apparenté, l’équivalent humain du virus simien STLV-3 connu, lui, depuis une dizaine d’années. Ce travail aboutit à la découverte d’un cinquième rétrovirus humain, le HTLV-3, en 2005. Beaucoup reste à découvrir sur ce virus, en particulier son association potentielle à une maladie chez l'homme. Les virus Foamy La plupart des primates non-humains hébergent des rétrovirus appelés « Foamy ». En collaboration avec l’IRD et le Centre Pasteur du Cameroun, l’équipe d’Antoine Gessain a mené une étude sur une population de plus d’un millier d’adultes vivants dans des zones rurales à proximité des habitats naturels de singes (chimpanzés, gorilles, mandrills, cercopithèques) pour rechercher les éventuelles infections par le SFV (Simian Foamy Virus). 4 présentaient des anticorps dirigés contre ce virus. Une autre a porté sur 85 personnes mordues ou griffées par des singes durant la chasse. 7 sur 29 (24,6%) qui l’avaient été par des grands singes (« Apes » en anglais) étaient séropositives pour le SFV mais seulement 2 sur 56 (3,6%) des personnes qui ont eu ce type de contact avec des singes de petite taille (« Monkeys » en anglais). Ces travaux ont associé médecins, épidémiologistes, anthropologues et virologues. D’autres travaux sont entrepris pour évaluer la fréquence de ces infections en Afrique et en Asie et surtout pour déterminer si ces virus sont pathogènes pour l’homme, sachant que, au laboratoire, ils détruisent la plupart des cellules en culture. PASTEUR LE MAG’9 Octobre 2008



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