Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de mai/jun/jui 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : ulcère de Buruli, des pistes pour la prévention.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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>Philippe Faure est chercheur dans l’unité de Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques (associée au CNRS) dirigée par Uwe Maskos. Il vient d’obtenir le prix de La Fondation Gilbert Lagrue qui soutient la recherche sur la dépendance tabagique. PIONNIERS 36 PASTEUR LE MAG’Mai 2008 NEUROBIOLOGIE Cerveau et récompense L’addiction se paye Un système de récompense Dans le système nerveux, il existe une région qui produit de la dopamine. Elle s’appelle l’aire tegmentaire ventrale (ou ATV, voir schéma). La production de dopamine à ce niveau est liée à des comportements particuliers et plus précisément les prises de décision préparant à une action en vue d’une récompense. Ces prises de décision sont à la base de l’apprentissage par récompense. Si quelque chose est positif, on a tendance à le renforcer. « Ce type d’apprentissage semble passer par le système dopaminergique, explique Philippe Faure. Deuxième point, l’ensemble des drogues, par leurs apports, modifient ce système de récompense. De là naissent la tendance, excessive et anormale, à renforcer l’apport, puis les comportements associés à la prise de drogue. Ensuite, apparaît un détachement entre l’effet de récompense dû à la drogue et son activité réelle. On n’est plus dans un fonctionnement normal. » Schématiquement, il existe un système naturel de récompenses dans le cerveau. Ce système peut être détourné par les drogues pour conduire à un comportement addictif. « Troisième point, ajoute Philippe Faure, la nicotine vient perturber le fonctionnement de ce système. Si toutes les drogues agissent au niveau de l’ATV, les sites précis et les modes d’actions sont spécifiques à chaque drogue. C’est une partie de nos travaux actuels : savoir précisément où et comment la nicotine agit dans l’ATV. » Cette région du cerveau est soumise également, en dehors de la stimulation par la nicotine, qui est exogène, à un contrôle intrinsèque (endogène) par l’acétylcholine, qui est le neurotransmetteur interne naturel (l’acétylcholine assume d’autres fonctions, non évoquées ici). Ce contrôle-là va lui aussi avoir un impact au niveau comportemental. Si, l’on modifie cet apport de modulation cholinergique chez une souris, certains de ses comportements sont modifiés. Les récepteurs à l’acétylcholine et à la nicotine sont les mêmes (voir le dernier numéro de Pasteur Le Mag’). L’acétylcholine se retrouve partout dans le système nerveux central. La dopamine est plus localisée sur un petit nombre de noyaux cellulaires. La nicotine viendrait perturber le rôle initial de l’acétylcholine, dans le sens d’une suractivation. L’objectif des travaux de Philippe Faure et de ses collègues est double : ■ déterminer le rôle de la modulation cholinergique – endogène - au niveau du système dopaminergique ; ■ déterminer le rôle de la modulation exogène – par la nicotine – du système dopaminergique. Dresser une cartographie de l’addiction « Nous utilisons comme modèles des lignées de souris mutantes qui ont perdu des récepteurs nicotiniques, précise Philippe Faure. Il existe une douzaine de sous-unités nicotiniques, donc 12 gènes qu’on peut « éteindre » un par un. Cela va complètement changer la distribution du récepteur. On s’est ainsi aperçu que si on enlevait la sous-unité appelée « ß2 », on obtenait des effets importants au niveau de l’ATV. Petit à petit, on essaie d’identifier le rôle de chacune des sous-unités, dans le fonctionnement normal et dans les différentes phases de l’addiction. Cela revient à dresser une cartographie de l’addiction en termes de récepteurs nicotiniques. Nous voulons déterminer sur quels récepteurs et à quel moment la nicotine agit. Comme il y a différentes phases dans l’addiction, il faut regarder scientifiquement ce qui se passe la
première fois qu’on prend de la drogue, ce qui se passe au bout d’un certain temps, ce qui se passe lorsqu’on y est soumis depuis longtemps, etc. » L’addiction s’établit par étapes : les premières rencontres avec la drogue, l’habituation (diminution de l’intensité de l’effet à la suite de présentations répétées), le manque, etc. Le groupe de Philippe Faure s’efforce d’identifier, la présence – ou l’absence – d’éléments-clés intervenant à une étape donnée. Une voie pour répondre à une question importante, même si l’on sait que la génétique n’expliquera pas tout, que l’histoire de l’individu joue : les variations dans l’expression de certains de ces gènes jouent-elles un rôle sur la vulnérabilité individuelle ? En termes de traitement, il serait utile de savoir quels types de récepteurs cibler et à quels moments. « Troisième ouverture, mais beaucoup plus lointaine, conclut PASTEUR LE MAG’« » En influençant nos décisions, la dopamine agirait sur nos actions. Les circuits de la récompense (en bleu) comprennent les neurones producteurs de dopamine et l’ensemble de leurs projections. Ce système se trouve à l’interface des différentes « parties » de notre cerveau : automatique, émotionnelle et rationnelle. Philippe Faure, parvenir à moduler le fonctionnement du système dopaminergique en tant que tel pour traiter d’autres pathologies, dans lesquelles la dopamine serait impliquée : la schizophrénie ou l’hyperactivité, par exemple. À l’heure actuelle, beaucoup de laboratoires pharmaceutiques s’intéressent d’ailleurs à des dérivés nicotiniques en tant que voie de modulation. » ■ LE CERVEAU EST UN ORGANE QUI A ÉVOLUÉ. ON DISTINGUE SCHÉMATIQUEMENT… Cortex préfrontal Nucleus accumbens Aire tegmentaire ventrale Amygdale Striatum Substance noire Cervelet Hippocampe• Les parties les plus « anciennes » comprennent essentiellement le tronc cérébral et le cervelet. Elles assurent les fonctions vitales, « automatiques », de l’organisme en contrôlant la fréquence cardiaque, la respiration, l’équilibre, etc.• Le cerveau « limbique » se compose principalement de l’hippocampe, de l’amygdale et de l’hypothalamus. Il est capable de mémoriser les comportements agréables ou désagréables. C’est le siège de nos jugements de valeur et des émotions.• Le « néocortex » a pris de l’importance chez les primates et culmine chez les hommes. Souple, il est doté de capacités d’apprentissage quasi infinies. Son développement a permis le langage, la culture… Ces trois parties interagissent en permanence. PASTEUR LE MAG’37 Mai 2008



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