Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de mai/jun/jui 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : ulcère de Buruli, des pistes pour la prévention.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 34 - 35  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
34 35
DES MENACES BACTÉRIENNES DOSSIER MÉNINGITES À MÉNINGOCOQUES >Jean-Michel Alonso est chef de l’unité des Neisseria et directeur du centre national de référence des Méningocoques qui lui est associé. Une urgence pédiatrique absolue « Les infections méningocciques représentent pour nous la dernière frontière à conquérir en matière d’urgence en pathologie infectieuse. La plupart des autres infections, excepté peut-être les formes pernicieuses du paludisme à Plasmodium falciparum… pour graves qu’elles peuvent s’avérer n’en laissent pas moins du temps pour agir. Le méningocoque, lui, peut tuer en deux à trois heures » déclare le Dr Jean-Michel Alonso. Habituellement, il s’agit d’une bactérie inoffensive, séjournant dans la gorge et les fosses nasales. Jusqu’à 30% des jeunes adultes en sont porteurs asymptomatiques et ne souffrent donc d’aucune pathologie. Non seulement cette situation est normale mais encore elle induit une vaccination naturelle. Toutefois, pour des raisons non encore élucidées, ces mêmes méningocoques vont parfois traverser les épithéliums respiratoires et pénétrer dans le sang où ils vont proliférer très rapidement. Ils sont alors susceptibles de donner une bactériémie et une méningite*. Non seulement, ils vont proliférer mais ils partagent avec le pneumocoque la propriété de se détruire, libérant alors des substances nocives, en particulier de l’endotoxine et un certain nombre d’autres facteurs qui vont augmenter l’inflammation et provoquer un choc septique mortel. « Il n’y a pas de problème de traitement - le méningocoque est sensible aux pénicillines - si le diagnostic est posé très rapidement, tient à préciser Jean- Michel Alonso. Lorsqu’il s’agit d’une méningite, les signes cliniques sont évidents. L’administration rapide de pénicillines, ou, mieux encore, de céphalosporines, va permettre une guérison complète, rapide, définitive et sans 32 PASTEUR LE MAG’Mai 2008 séquelles. Mais lorsqu’il s’agit d’une septicémie [les bactéries ont déjà gagné le sang] sans atteintes neurologiques, il est beaucoup plus difficile d’intervenir. » Sans traitement immédiat, la libération de l’endotoxine, en particulier, provoque une ouverture de la paroi des vaisseaux et des hémorragies. Dans cette forme appelée « purpura fulminans », de petites taches rouges apparaissent sur la peau, puis elles s’agrandissent au fur et à mesure que l’hémorragie s’étend. « C’est épouvantable parce que cela signifie que le patient est en train de mourir. » Une transmission facile La transmission peut se faire aisément, à distance, via des gouttelettes pharyngées. Les conditions de propagation des méningocoques sont multiples : baiser, éternuement, toux, vie en collectivité… Une vaccination encore incomplètew La vaccination et l’antibioprophylaxie constituent des mesures préventives destinées à empêcher l’expansion de la maladie, la contamination de l’entourage. Un vaccin efficace existe contre les souches A,C, Y, W135 du méningocoque. Mais, pour le sérogroupe B, prédominant dans l’hémisphère Nord, il n’existe pas encore de vaccin. En Afrique, dans la fameuse « ceinture de la méningite » (cf. carte) la souche qui prédomine est la souche A. « Nous sommes toutefois dans une situation difficile parce que le stock de vaccins n’est pas assez élevé, déplore Jean-Michel Alonso. Le Groupe international de coordination (GIC) sur l’approvisionnement en vaccin méningococcique est constitué de représentants des Nations unies, dont l’OMS, des ONG et des partenaires privés. « » Le méningocoque peut tuer en trois heures !
En février 2008, le GIC disposait de 7 millions de doses de vaccin bivalent (A, C) et de 3,3 millions de doses de vaccin trivalent (A,C, W135). Si une épidémie se déclenchait, il faudrait un stock de 20 millions de doses en cas d’épidémie. » Vers une vaccination de masse en Afrique Un programme ambitieux vise à préparer un vaccin contre le méningocoque A, largement dominant en Afrique, et de vacciner toute la population de la ceinture africaine de la méningite. Le Projet Vaccins Méningite (MVP – Meningitis Vaccine Project) est le fruit d’un partenariat entre l'Organisation mondiale de la santé et le Program for Appropriate Technology in Health. Il a vu le jour en 2001 grâce à un financement de la Fondation Bill & Melinda Gates. La méningite n'est probablement pas la maladie mortelle numéro un en Afrique, mais elle est capable de se développer rapidement, avec des séquelles importantes. Surtout, elle est curable et bénéficie de vaccins efficaces. Si plus de 10% des patients en décèdent pendant la phase aiguë, de 10 à 20% des survivants gardent des séquelles permanentes telles qu'épilepsie, perte de l’audition ou retard mental. L’équipe de Jean-Michel Alonso est associée à ce projet, pour le contrôle de l’efficacité du vaccin (caractérisation de la situation avant et après vaccination), à travers le Cermes, membre du Réseau international des Instituts Pasteur, implanté à Niamey (Niger). Il est prévu que ce vaccin, fabriqué en Inde par le Indian Serum Institute, soit commercialisé au prix de… 15 centimes d’euro la dose ! L’équipe de Jean-Michel Alonso et Muhamed-Kheir Taha « tente de découvrir pourquoi une souche qui est commensale chez de nombreux porteurs asymptomatiques se met à tuer. Des premiers résultats, à partir de l’étude de certaines souches qualifiées « d’hyperinvasives » débouchent sur des orientations qui permettraient d’envisager de vacciner contre la maladie plutôt que d’éradiquer le méningocoque. » ■ 1 PASTEUR LE MAG’>Méningocoques, l’invasion. 1. Méningocoques libres, près d’une cellule épithéliale 2. Méningocoques s’accolant à la membrane, en voie de ce que l’on appelle « l’adhésion intime ». 3. Méningocoques ayant envahi la cellule. (Auteur : Dr Muhamed-Kheir Taha, unité des Neisseria ; microscopie électronique à transmission) ceinture de la méningite en Afrique zones endémiques et épidémiques cas sporadiques et petites épidémies 3 2 *Les méninges sont des enveloppes qui protègent notre cerveau et notre moelle épinière. Elles peuvent être l’objet d’inflammations d’origine virale (dans leur grande majorité), le plus souvent bénignes ; d’origine bactérienne et fréquemment graves ; plus rarement, des parasites ou des champignons sont impliqués. PASTEUR LE MAG’33 Mai 2008



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :