Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de mai/jun/jui 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : ulcère de Buruli, des pistes pour la prévention.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DES MENACES BACTÉRIENNES DOSSIER Clostridium Difficile Une bactérie qui profite de l’antibiothérapie On entend de temps à autre parler de Clostridium difficile. Cette bactérie touche plutôt des populations « ciblées », de plus de 65 ans, hospitalisées et l’infection peut s’avérer grave. Elle se manifeste souvent par des diarrhées parfois sanglantes survenant après un traitement antibiotique. LesC. difficile prédominent alors que les autres bactéries de la flore intestinale ont été détruites. « Les infections digestives àC. difficile ont été identifiées à partir des années 80, à la suite de l’introduction de la clindamycine, rappelle Michel Popoff*. Elles peuvent survenir avec tous les antibiotiques mais avec certains de façon préférentielle. Contrairement à ce qui se passe souvent, il ne s’agit pas là d’un problème essentiel de résistance aux antibiotiques. même s’il existe parfois des résistantes chezC. difficile. » Des inconnues demeurent Ces bactéries ne sont pas dotées de facteurs spécifiques d’attachement à la muqueuse. Elles demeurent donc dans la lumière digestive, s’y multiplient, si le substrat leur convient et si d’autres bactéries ne leur opposent pas ce que l’on appelle « l’effet barrière » de la flore digestive. Si les antibiotiques suppriment cette « barrière »,C. difficile a le champ libre. Les scientifiques ne savent pas pourquoi précisément cette clostridie-là et non pas d’autres clostridies ? Les premières étapes, les facteurs, impliqués dans la colonisation du tube digestif par cette bactérie demeurent largement inconnus, d’où la difficulté d’attribuer un caractère épidémique à telle ou telle souche. Deux formes pathologiquesC. difficile produit des toxines qui interagissent directement avec la 30 PASTEUR LE MAG’Mai 2008 muqueuse intestinale, et provoquent une réaction inflammatoire importante et des nécroses. Ce type d’infection est assez sévère, long et lourd à traiter, d’autant qu’elle touche électivement des personnes âgées qui n’ont souvent pas les ressources immunitaires suffisantes pour se défendre. Elle se traduit par deux formes de pathologies, toutes deux graves. La première constitue les colites pseudo-membraneuses dont l’origine est quasiment due à 100% àC. difficile. Il s’agit de lésions du côlon, avec nécrose et ulcération de la muqueuse. Les cellules nécrosées forment des amas de tissus morts, des « tapis » qui s’apparentent à des membranes sur une muqueuse déjà très abîmée, érodée. Un processus très inflammatoire. L’autre forme rencontrée est la diarrhée post-antibiothérapie.C. difficile est impliqué dans 30% de ces diarrhées. Des mesures hospitalières particulières « L’infection àC. difficile, est la première des infections nosocomiales digestives, signale Michel Popoff. Ceci implique la mise en place de mesures d’hygiènes strictes, y compris l’isolement des personnes infectées et un personnel dédié à soigner uniquement ces patients. Le portage se fait essentiellement par les mains. La contamination des patients hospitalisés a lieu en grande partie par les mains du personnel soignant. Bien qu’en contact avec les spores deC. difficile, le personnel soignant ne constitue pas une population à risque. Certaines personnes sous antibiothérapie risquent de développer une affection àC. difficile. » ■ * Chef de l’unité de recherche et d’expertise des Bactéries anaérobies et toxines, directeur du centre national de référence des Bactéries anaérobies et du botulisme. >Les clostridies sont des bactéries anaérobies, qui vivent en l’absence d’oxygène. Elles sont capables de prendre la forme de spores pour survivre dans des environnements défavorables. Comme tous les Clostridium,C. difficile est une bactérie de l’environnement. Sol, eau, foin, sable… en sont le réservoir. Elle peut être hébergée par le tube digestif de l’homme et celui de divers animaux.
La toxine botulique est considérée, à l’instar de celle du charbon, dû à Bacillus anthracis, comme l’une des armes possibles du bioterrorisme. >Tant qu’elle se trouve dans un milieu hostile, Clostridium botulinum, comme d’autres bactéries, se protège sous la forme de spores (photo). Lorsque les conditions sont favorables, les spores donnent à nouveau des bactéries. PASTEUR LE MAG’Clostridium Botulinum et la toxine botulique 1 2 3 3 voies de contamination Dans tous les cas, la toxine de Clostridium botulinum, agent du botulisme, qui est une neurotoxine, emprunte les voies sanguines et lymphatiques pour finalement atteindre les motoneurones et les pénétrer. Les motoneurones sont des cellules nerveuses connectées aux muscles et qui « commandent » leurs contractions. Auparavant, son parcours peut suivre trois voies possibles. Ingestion directe de la toxine Clostridium botulinum, qui a contaminé des aliments, a produit de la toxine. Avec les procédés de conservation des aliments, mise en boîtes de conserve par exemple, la bactérie est tuée mais la toxine est toujours présente. Ingestion de la bactérie vivante contenue dans des aliments La bactérie va coloniser les intestins et cette colonisation s’accompagnera d’une production de toxine. Infection à partir d’une blessure Des spores deC. botulinum vont pénétrer à l’endroit d’une blessure. Elles vont donner des bactéries qui se multiplieront localement et produiront de la toxine. La toxine gagnera ensuite les terminaisons nerveuses proches. Toutes les clostridies libèrent des toxines, par exemple Clostridium tetani (tétanos), Clostridium botuli (botulisme), Clostridium perfringens (agent notamment de gangrènes gazeuses ; bactérie découverte par un pasteurien pendant la guerre de 1914-1918, voir Pasteur Le Mag’n°4). PASTEUR LE MAG’31 Mai 2008



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