Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de mai/jun/jui 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : ulcère de Buruli, des pistes pour la prévention.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DES MENACES BACTÉRIENNES DOSSIER• les différents environnements. Elles sont devenues des parasites ; elles ne prolifèrent pas en dehors de leur hôte. Ce qui explique leur mode de transmission qui est interhumain direct par l’intermédiaire des « mains sales » ou indirect, par l’intermédiaire d’aliments ou d’eaux contaminés par des déjections humaines. L’équilibre indispensable de la flore Dans la flore intestinale, il existe une lutte entre les bactéries commensales qui constituent une « flore de barrière » en « occupant le terrain » et les bactéries pathogènes. Lorsqu’une pathologie, une salmonellose par exemple, se déclare, c’est que les pathogènes ont déjà pris le dessus. Les antibiotiques vont, le plus souvent, les éliminer mais vont détruire en même temps cette barrière naturelle. Il faut alors reconstituer la flore. Par ailleurs, lorsqu’on administre des antibiotiques, on peut favoriser l’émergence de bactéries anaérobies (capables de vivre en l’absence d’oxygène) comme Clostridium difficile (lire p.30). 28 PASTEUR LE MAG’Mai 2008 >Salmonelle Typhi. La résistance, chez les salmonelles aussi Les premières souches résistantes aux antibiotiques sont connues depuis le début des années cinquante. Elles se sont parfois disséminées très vite. « En 1971 est isolée la première souche résistante à 3 antibiotiques au Vietnam, raconte François-Xavier Weill. Deux ans plus tard, 80% des souches étaient résistantes à ces antibiotiques. Dès 1990, d’abord en Inde puis en Asie, un plasmide conférant une multirésistance à l’ensemble des antibiotiques de première intention était identifié. En 3 ans, dans certains pays, 90% des souches étaient devenues multirésistantes ! » D’autres résistances suivirent la mise sur le marché d’autres antibiotiques, comme les quinolones. Aujourd’hui, il reste toutefois des antibiotiques de dernier recours, administrés uniquement par voie intraveineuse ou intramusculaire (les céphalosporines de troisième génération) mais d’un coût très élevé. Pourquoi une salmonelle mineure rend-elle malade ? François-Xavier Weill répond : « Tout dépend de la quantité de bactérie ingérée. La maladie se déclare d’autant plus facilement que l’on consomme une grande quantité d’aliments infectés [donc de bactéries], que l’estomac ne sécrète que peu d’acide qui détruit les bactéries [lorsqu’il y a prise de médicaments anti-acides] et que l’organisme est affaibli. Plus généralement, dans tous les pays européens, la salmonellose diminue chez l’homme. L’extension des salmonelles a suivi l’agriculture intensive, l’industrialisation des procédés alimentaires. Les salmonelloses dites « mineures » le sont par leur gravité moindre, non par leur nombre. L’extension des salmonelles a suivi l’industrialisation des procédés alimentaires. Chez un adulte en bonne santé, elles provoquent une simple diarrhée. Le problème est différent pour les enfants [30% d’hospitalisation], les personnes âgées et les immunodéprimés. » « À l’heure actuelle, nous recevons 8 000 souches par an, conclut le Dr Weill. Outre l’identification des souches, nous sommes en mesure de surveiller l’évolution de la résistance dans le temps. C’est très important. Au début des années 90, est arrivée une souche de sérotype Typhimurium appelée DT104, résistante à 5 antibiotiques et qui a envahi la plupart des pays européens et l’Amérique du nord. Maintenant, elle représente 60% des Typhimurium de France, qui ellesmêmes représentent 50% de toutes les souches de salmonelles. C’est pour cette raison qu’il faut être vigilant. » ■ En 3 ans, dans certains pays, 90% des souches étaient devenues multirésistantes !
L’Institut Pasteur toujours aux avant-postes >Toile représentant Louis Pasteur lors de son jubilé à la Sorbonne en 1892. Au premier plan, est représenté Joseph Lister lui tendant les bras. (Huile sur toile de Rixens, exposée à l’université de la Sorbonne, à Paris.) PASTEUR LE MAG’Il y a 130 ans,… en 1878, Louis Pasteur déclarait devant ses collègues de l’Académie de Médecine : « Si j'avais l'honneur d'être chirurgien, pénétré comme je le suis des dangers auxquels exposent les germes des microbes répandus à la surface de tous les objets, particulièrement dans les hôpitaux, non seulement je ne me servirais que d'instruments d'une propreté parfaite, mais après avoir nettoyé mes mains avec le plus grand soin […], je n'emploierais que des bandelettes, des éponges préalablement exposées dans un air porté à la température de 130 à 150 °C. Je n'emploierais jamais qu'une eau qui aurait subi une température de 110 à 120 °C. De cette manière, je n'aurais à craindre que les germes en suspension dans l'air autour du lit du malade ». Un siècle plus tard, en 1978, André Lwoff, prix Nobel de Médecine ou Physiologie, déclarait à l’Institut Pasteur, devant un parterre de chefs d’entreprise : « C'est Lister qui avait le premier introduit dans la pratique chirurgicale ce qu'il a appelé la "théorie pasteurienne des germes de putréfaction". L'asepsie et l'antisepsie étaient nées qui permettaient l'essor de la chirurgie dans le dernier quart du XIX e siècle. Permettez-moi de rappeler qu'à Paris, aux environs de 1890, dans certains services d'hôpitaux, tous les opérés mouraient encore d'infection. Cela de par la faute de certains chirurgiens obtus qui n'acceptaient ni Pasteur, ni les microbes. » En fait, une nouvelle ère s’ouvrait, avec les disciples de Pasteur, en particulier dans le domaine des maladies bactériennes. Les compétences dans la connaissance la plus fondamentale des bactéries ont permis par exemple un apport majeur de pasteuriens à la naissance de la biologie moléculaire, un fer de lance de la biologie moderne. Le dernier numéro de Pasteur Le Mag’a largement évoqué ce que furent les contributions de la recherche pasteurienne à la lutte contre les microbes et à l’amélioration de la santé en 120 ans. Aujourd’hui, l’Institut Pasteur est toujours présent sur tous les fronts. Ceux de la recherche fondamentale, indispensable à la connaissance du monde bactérien et à la lutte contre les fléaux anciens ou les situations devenues préoccupantes par l’évolution même de nos modes de vie, tant alimentaires, qu’environnementaux, ou même les habitudes thérapeutiques. Nombre d’équipes explorent non seulement les fonctionnements intimes de bactéries mais aussi leurs relations avec leur environnement, dont l’homme lorsqu’elles s’y attaquent. Outre celles évoquées dans ce dosser, diverses bactéries sont visées directement en tant qu’agents pathogènes, les streptocoques, les shigelles, les légionnelles, les Chlamydiæ, Helicobacter pylori, le staphylocoque doré, l’agent du tétanos, celui du charbon, les leptospires… D’autres, importantes pour l’écologie, sont étudiés, comme les cyanobactéries, ainsi que celles qui pourraient fournir des composants essentiels dans le futur (nouveaux antibiotiques, enzymes, nanomatériaux). Bien sûr, des équipes s’attachent à développer des tests diagnostiques, des moyens préventifs – comme des candidats-vaccins contre le charbon humain ou la shigellose –, ou à rechercher de nouvelles voies thérapeutiques, par exemple en ayant découvert récemment comment les bactéries assimilent le fer, vital pour elles. Enfin, des unités de recherche sont centres nationaux de référence pour des maladies bactériennes (15) et/ou centres collaborateurs de l’OMS (4). Le Réseau international des Instituts Pasteur et les très nombreuses collaborations internationales sont aussi des atouts pour la santé des populations à l’échelle planétaire. PASTEUR LE MAG’29 Mai 2008



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