Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
Pasteur Le Mag' n°5 mai/jun/jui 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de mai/jun/jui 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,9 Mo

  • Dans ce numéro : ulcère de Buruli, des pistes pour la prévention.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DES MENACES BACTÉRIENNES DOSSIER LE CHOLÉRA >Marie-Laure Quilici est responsable du centre national de référence (CNR) des Vibrions et du Choléra, laboratoire des Bactéries pathogènes entériques. sévit toujours Environ 300 000 cas de choléra sont déclarés par an dans le monde. L’OMS estime que ce chiffre représenterait moins de 10% de la réalité. Le choléra n’est pas une maladie du passé. 24 PASTEUR LE MAG’La 7 e pandémie de choléra, qui a débuté en 1960 à partir des Îles Célèbes, continue de sévir. Le berceau historique du choléra est le sous-continent indien. C’est une maladie due à une bactérie d’origine marine qui s’est adaptée à l’homme. Les souches impliquées sont Vibrio choleræ des sérogroupes O1 et O139, ou « vibrions cholériques ». Le premier sérogroupe est le plus anciennement connu, le second a émergé au Bangladesh et en Inde en 1992. Les deux sérogroupes sont dotés des mêmes gènes de virulence mais les experts redoutent que le deuxième soit à l’origine d’une 8 e pandémie. V. choleræ O1 est toujours parti d’Asie pour envahir le monde, jusqu’à l’Amérique latine qu’il a atteint, à partir du Pérou, au cours de la 7 e pandémie en 1991. On pensait qu’il en irait de même pour la souche O139 mais, curieusement, pour une raison toujours inconnue, cette souche a atteint une douzaine de pays d’Asie mais n’est pas encore sortie de ce « berceau ». Depuis 2005, on note une recrudescence du choléra, le nombre de malades déclarés à l’OMS a augmenté de 30% entre 2004 et 2005, de 79% entre 2005 et 2006. Le choléra est actuellement présent en Asie, avec des épidémies particulièrement importantes au Bangladesh et en Inde, dans toute l’Afrique et au Moyen-Orient (Irak). Il y a actuellement une épidémie de choléra au Vietnam et au Laos. « L’Institut Pasteur du Cambodge nous a d’ailleurs contactés au début du mois de février, déclare Marie-Laure Quilici, pour se préparer à toute éventualité et disposer des sérums et milieux de culture appropriés à la recherche du vibrion cholérique. » Mai 2008 Les voies de contamination Le choléra est contracté par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Le réservoir du vibrion cholérique est l’homme, et, dans certains cas, l’environnement. (On connaît le réservoir aquatique pour le Bangladesh mais on ne connaît pas de réservoir environnemental pour l’Afrique.) Il peut donc y avoir deux voies de contamination. La transmission interhumaine se fait par les « mains sales », comme beaucoup de maladies à transmission oro-fécale. Elle est parfois liée aux coutumes : repas à l’occasion d’enterrements, de fêtes… au cours desquels une personne aura contaminé la nourriture lors de la préparation des repas, etc. La contamination peut également se faire via les produits de la mer, de par la capacité du vibrion cholérique à survivre dans l’environnement. De toutes les bactéries, le vibrion est celle qui se multiplie le plus rapidement, quasiment deux fois plus rapidement qu’Escherichia coli. Il suffit de 8 à 10 minutes pour qu’une bactérie « mère » donne naissance à deux bactéries « filles ». En quelques heures, avec des aliments contaminés exposés à la température ambiante, on peut atteindre des Ce qui préserve les pays riches, c’est le traitement de l’eau. taux suffisamment importants pour être à l’origine d’une épidémie dont l’origine sera un plat pris en commun. Les catastrophes naturelles jouent également un rôle lorsqu’elles perturbent les conditions d’assainissement et plus généralement les « circuits de l’eau ». Réhydratation et antibiothérapie Le traitement du choléra consiste essentiellement à compenser les pertes d’eau et d’électrolytes par réhydratation orale ou intraveineuse. En l’absence de traitement, la létalité est de 25 à 50% alors que chez les malades pris en charge à temps, elle est inférieure à 1%. L’utilisation des antibiotiques, réservée, selon les recommandations de l’OMS, au traitement des réhydratations graves, est limitée,
d’une part, par leur coût et, d’autre part, par l’émergence de souches multirésistantes. En effet, V. choleræ acquiert très rapidement des résistances à tous les antibiotiques utilisés. En 1999, à Madagascar, le gouvernement avait mis en œuvre préventivement une chimioprophylaxie large, en administrant de la doxycycline. En moins d’un an, les souches étaient devenues résistantes ! « Le problème, avec la réhydratation, par voie orale, ou par voie intraveineuse, c’est la logistique, explique Marie-Laure Quilici. Pouvoir mettre en place les structures nécessaires et les rendre accessibles aux populations est souvent difficile dans les pays démunis. » Il existe un vaccin produit en Suède à l’heure actuelle. Mais, en raison d’une efficacité limitée dans le temps, il n’est recommandé par l’OMS que pour des populations exposées à court terme (6 mois) à un risque d’épidémie de choléra, camps de réfugiés par exemple. >Le nombre de personnes vulnérables au choléra ne cesse d’augmenter dans les régions du monde où un assainissement satisfaisant est loin d’être assuré pour tous. (photo Jean-Michdel Fournier, 2004). Madagascar, une catastrophe économique À la suite de l’arrivée du choléra à Madagascar en 1999, les pays européens ont décidé de contrôler les produits alimentaires d’origine marine importés des zones « à risque ». Madagascar avait beaucoup investi dans les élevages de crevettes. Tous les produits desquels était isolée une souche de vibrion, quelle que soit l’espèce, étaient rejetés, des tonnes de crevettes ont ainsi été détruites. Or, en dehors des souches qui donnent le choléra, il y a… 80 espèces de vibrions, la plupart sans danger pour l’homme. Comme il s’agit de bactéries marines, il est normal d’en trouver dans les produits de la mer. La réaction préventive a été disproportionnée et dramatique pour Madagascar. L’Institut Pasteur, grâce à son expertise dans ce domaine, a contribué à un retour à la raison dans l’exercice des contrôles des produits de la mer importés. L’Institut Pasteur de Madagascar s’est doté d’un laboratoire dédié au contrôle des crevettes. Il faut d’ailleurs remarquer, avec l’OMS, qu’il n’y a jamais eu, dans les pays développés, d’épidémie de choléra ayant pour origine l’importation de produits de la mer contaminés. Surveillance, identification et formation « Le CNR surveille, confirme et déclare les cas de choléra importés sur le territoire français (4-5 par an) et les infections à vibrions non cholériques, gastro-entérites ou autres types d’infections. Le CNR surveille aussi les souches de vibrions cholériques circulant dans le monde ; 50 à 300 souches par an parviennent de divers pays, pour identification. Nous collaborons en permanence avec le Réseau international des Instituts Pasteur, ainsi qu’avec les réseaux de surveillance internationaux dans le domaine de la sécurité alimentaire et environnementale. Enfin, notre équipe dispense des cours en France, dans le cadre du Réseau international des Instituts Pasteur, et aussi d’autres pays » conclut Marie-Laure Quilici. ■ PASTEUR LE MAG’>Alimentation à la main, dans le même plat pendant l’épidémie de choléra à Brazzaville en 1992. (cliché du Pr André Dodin, en mission sur le terrain). Un test de diagnostic rapide du choléra a été mis au point à l’Institut Pasteur. Il est bien adapté à une utilisation dans des endroits isolés ou dans des camps de réfugiés. Il est maintenant commercialisé par une société indienne. PASTEUR LE MAG’25 Mai 2008



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