Pasteur Le Mag' n°3 sep/oct/nov 2007
Pasteur Le Mag' n°3 sep/oct/nov 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3 de sep/oct/nov 2007

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Institut Pasteur

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 5,4 Mo

  • Dans ce numéro : des hommes et des gènes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DES HOMMES ET DES GÈNES DOSSIER Un échafaudage bancal E n 2006, un nouveau cap est franchi. Une mutation est découverte sur un autre gène, appelé SHANK3, un partenaire des neuroligines. SHANK3 est une protéine d’échafaudage, située sous la synapse. Elle s’accroche à la neuroligine et sert littéralement de support aux protéines membranaires. Le gène qui code cette protéine est situé sur le chromosome 22. Il existe d’autres partenaires des neuroligines, alors, pourquoi avoir testé celui-ci ? Parce que beaucoup d’enfants ayant perdu la région du chromosome 22 où est situé SHANK3 - plus de 100 dans la littérature scientifique – souffrent d’importants troubles tels qu’une absence de langage, un retard mental et, dans certains cas, un autisme. Tout le monde soupçonnait donc que la perte du gène SHANK3 était importante. Dans l’équipe de Thomas Bourgeron, c’est Christelle Durand (lire le « Portrait », page 32), lors de la préparation de sa thèse, qui a mis en évidence le dysfonctionnement génétique. La mutation qu’elle a découverte montre l’implication du gène SHANK3 dans l’autisme. Chez deux enfants avec autisme sévère, il y a insertion d’une guanine supplémentaire (G) dans la partie codante. Cela donne un décalage de lecture lors de la traduction qui aboutit à une cassure de la protéine d’échafaudage. Ces deux enfants portent la mutation. 24 PASTEUR LE MAG’Septembre 2007 >Synapse La mère, saine, porte sans doute la mutation dans les cellules germinales (ovocytes) et transmet la mutation à ses enfants ; elle ne la porte ni dans les cellules sanguines ni dans les cellules buccales. Autre observation importante dans ce travail : ces enfants ont perdu une seule copie du gène et présentent cependant des troubles sévères du langage. « La finesse de ce dosage est également mise en évidence dans une autre étude de ce travail, explique Thomas Bourgeron. Il s’agit d’une famille dont le fils présente un syndrome d’Asperger avec un langage développé et très précoce alors que sa sœur présente un autisme et une absence de langage. Le garçon possède trois copies du gène et sa sœur une seule. » Outre les neuroligines et SHANK3, une publication très récente de l’Autism Genome Project, un grand consortium international qui regroupe de nombreux chercheurs, a fait état d’une mutation trouvée dans les neurexines, autres gènes partenaires des neuroligines. Les scientifiques continuent de traquer des gènes dont des mutations seraient elles aussi liées à l’autisme idiopathique.
Déficit en mélatonine : la cause génétique en lumière D eux groupes dans le monde avaient mis en évidence des taux bas de mélatonine dans le sang des enfants autistes. Jusqu’à deux fois moins que la moyenne chez 60% de ces enfants, selon une étude publiée en 2005. L’équipe de Thomas Bourgeron explorait une région des chromosomes X et Y, plus particulièrement celle ou est localisé le gène codant l’enzyme qui permet la synthèse de la mélatonine, le gène ASMT. Cette étude a abouti en 2007 à la découverte d’une mutation du gène étudié qui s’accompagnait d’un taux très bras de mélatonine chez les patients autistes. Il semble que le déficit en mélatonine, déjà observé, mais plus faiblement, chez les parents, est dû à une déficience de l’enzyme codée par le gène étudié. Le déficit se situe en amont. Si un taux bas de mélatonine n’est pas obligatoirement associé à l’autisme, il est important de rechercher quel va être le rôle de ce déficit en mélatonine. A-t-il des répercussions sur le sommeil ou directement sur la modulation des réseaux neuronaux via cette hormone, voire sur les deux ? « C’est un sujet passionnant car beaucoup d’articles scientifiques ont porté sur le sommeil dans l’autisme, s’enthousiasme Thomas Bourgeron. Nous voulons avancer dans la connaissance de la composante génétique de cet aspect. » L’autisme recèle encore beaucoup de mystères pour la recherche. Il est probable que plusieurs gènes sont impliqués et qu'en outre les gènes responsables varient d'une famille à l'autre. Pour les scientifiques qui consacrent leurs efforts à avancer dans la connaissance de l’autisme, la participation des familles est fondamentale. n UN ARGUMENT STATISTIQUE, PAS UNE PREUVE PASTEUR LE MAG’La mélatonine est une neuro-hormone sécrétée principalement dans la glande pinéale, une petite glande conique attachée à la partie postérieure du troisième ventricule dans le cerveau. Elle est exprimée très fortement la nuit et très faiblement le jour. La lumière inhiberait la production de mélatonine. En fait, le mécanisme d’action de la mélatonine est peu connu si ce n’est qu’elle indiquerait probablement à l’organisme s’il fait nuit ou jour. Les scientifiques n’ont pas encore d’informations sur les conséquences de pertes de mélatonine. Collaborations Le groupe dirigé par Thomas Bourgeron à l’Institut Pasteur a collaboré avecl'Inserm, les services de psychiatrie parisiens du Pr. Marion Leboyer (CHU de Créteil), du Pr. Marie-Christine Mouren-Siméoni (hôpital Robert Debré, AP-HP) et du Pr. Christopher Gillberg (département de psychiatrie de l'université de Göteborg, en Suède). Soutiens Ces travaux ont bénéficié de soutiens financiers extérieurs de la Délégation à la Recherche clinique de l'Assistance Publique- Hôpitaux de Paris, de la Fondation France Télécom pour la recherche sur l'autisme, de la Fondation de France, de la Fondation pour la Recherche médicale, du 6 ème programmecadre de la recherche européenne, de la Fondation biomédicale de la Mairie de Paris, la Fondation NRJ, du Cure Autism Now et du Swedish Science Council. La récurrence de syndromes autistiques chez les familles est d’environ 5%. Soit 50 fois plus de risque d’avoir un deuxième enfant autiste que pour la population générale d’en avoir un. D’autres études de génétique formelle portent sur les jumeaux. Quand on compare des jumeaux : • les jumeaux monozygotes (issus du même œuf et qui ont donc le même génome) se ressemblent énormément pour les traits autistiques (60 à 90%) ; • pour les jumeaux dizygotes (issus d’œufs différents, avec un génome différent), il n’y a pratiquement pas de ressemblance (0 à 5%). C’est un argument mais pas une preuve formelle de la part unique des gènes dans l’autisme. PASTEUR LE MAG’25 Septembre 2007



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