Opérations Spéciales n°9 sep/oct 2014
Opérations Spéciales n°9 sep/oct 2014
  • Prix facial : 7,50 €

  • Parution : n°9 de sep/oct 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Histoire Militaire Éditions

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 86

  • Taille du fichier PDF : 103 Mo

  • Dans ce numéro : la crise en Ukraine.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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INFLUENCES PAR JEAN-PAUL NEY ABOU BAKR AL-BAGHDADI, L’ŒDIPIEN D’AL-QUAÏDA Calife autoproclamé de l’Etat Islamique (Syrie & Irak), enfant terrible et déchu d’Al-Qaïda, il a désavoué Ayman Al-Zawahiri et disloqué Al-Qaïda au Moyen-Orient pour mieux en prendre le contrôle en créant la première start-up du terrorisme. C’est une conversation enregistrée par un jeune analyste de la DGSE, spécialiste du terrorisme islamique, on peut y entendre des anciens de la maison se pavaner autour de débats organisés dans…des cafés et des brasseries parisiennes ! L’un d’eux, surnommé « papy Jack » éructe fausses informations, approximations et raccourcis, aujourd’hui ça papote autour de l’ISIS/ISIL, le groupe terroriste de l’Etat Islamique. Le retraité de la piscine s’énerve « ISIS n’est pas Al-Qaïda, c’est du grand n’importe quoi ! Baghdadi a quitté Al-Qaïda ! ». Il faut dire que Papy Jack est un fervent adorateur des réseaux sociaux où il y est très actif (la retraite peut faire parfois déprimer) mais papy Jack n’aime pas la contradiction, et quand ce jeune analyste lui rétorque qu’il est « largué », il ne pipe mot, il sait qu’il risque une dérouillée verbale : « Vous vous trompez, Al-Baghdadi c’est l’enfant terrible d’Al-Qaïda, il a siphonné les groupes dans la région, récupéré les jeunes émigrants et apprentis terroristes, il applique à la lettre les tactiques de recrutement de Ben-Laden, la théologie et la doctrine chère à Zawahiri. Il n’est en rien différent d’Al-Qaïda, car ce groupe disparate, multicellulaire et invisible n’avait pas la consolidation qui lui manquait : une véritable organisation, encore plus d’argent, une structure financière, des comptables, des banquiers, du marketing, une terre de djihad installée, des alliés puissants, une jeunesse locale et surtout des combattants internationaux prêts à tout. Al-Baghdadi est le fils spirituel de Ben-Laden et Al-Zawahiri, l’enfant qu’ils n’ont jamais souhaité, jamais voulu, mais il est là ! Il a tué les groupes présents dans la région ou les a soumis. Al-Baghdadi c’est Al-Qaïda New Age ». AQNA ou AQSI (Al-Qaïda in Syria and Iraq), des acronymes qui commencent à apparaitre dans des rapports de la DIA ou de la CIA. Le jeune analyste de la DGSE vient de moucher Jack l’ancien… Papy est totalement hors-jeu. Une passe d’armes digne des meilleurs romans d’espionnage, sauf que pour comprendre ce que veut le calife autoproclamé et comment il fonctionne, des cerveaux moins fatigués, arabisants et « connectés » font aujourd’hui la fierté des services secrets français. AMNISTIÉ POUR LE MEILLEUR…ET LE PIRE Abou Bakr Al-Baghadi serait né, selon les services secrets américains, en 1971 à Samarra au nord de Bagdad. Après des études théologiques à l’Université des Sciences islamiques d’Adhamiyah où il aurait obtenu un doctorat, il travaille alors quelques temps dans une mosquée pour approfondir ses connaissances théologiques. Au début des années 2000, il aurait rejoint Falloujah où il aurait été en charge d’un groupe salafiste d’une centaine d’hommes. Déjà, Saddam Hussein avait un œil sur lui, une fiche interservices circulait au sein de la Sécurité spéciale (al-Amn al-Khas), le renseignement (al-Moukhabarat), le renseignement militaire (al-Istikhbarat), la Sûreté (al-Amn al-Amm) et la Sûreté militaire (al-Amn al-Askari), des milliers de fiches qui furent partagées avec les Américains par Saddam Hussein, après le 11 septembre 2001. Lors de l’invasion américaine en Irak en 2003, ABAB (Abou Bakr Al-Baghadi) rejoint alors les rangs d’Al-Qaïda en Irak, très vite repéré par le jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, sa profonde connaissance de l’Islam, des armes, de la comptabilité et des opérations de contre-guérilla séduisent le terroriste du moment. ABAB est nommé « émir de Rawah » un titre qui lui permet de présider la tenue de tribunaux islamiques pour intimider et soumettre les populations locales. Mais ce n’est pas assez, son comportement violent est alors du pain béni pour l’organisation terroriste, car ABAB n’hésite pas à faire exécuter les partisans de Nouri al-Maliki (Premier ministre irakien depuis le 20 mai 2006, membre du parti chiite Dawa), soufflant sur les premières braises de la Fitna entre musulmans. ABAB est identifié par la CIA et le Pentagone sous le nom d’Abou Doua comme étant un haut-responsable de la branche irakienne de la nébuleuse terroriste. Il était, entre autres, chargé du transfert de combattants arabes en Irak. En effet, les rapports du renseignement américain expliquent qu’« il est l’homme d’Al-Qaïda, le point-clef de l’organisation terroriste dans la ville d’Al-Qaim, une ville irakienne située sur le fleuve Euphrate dans la province d’Al-Anbar, tout près de la frontière syrienne. » Dans cette ville, il a arrêté, torturé et exécuté en public des civils au nom de l’idéologie d’Al-Qaïda. Les Américains qui veulent alors décapiter les chefs de l’organisation en Irak, lancent une attaque aérienne en 2005 contre un repaire près de la frontière syrienne. ABAB passe pour mort mais il est arrêté la même année par les Américains, puis envoyé en détention au camp Bucca, d’où il est finalement relâché en 2009 suite à une amnistie générale. Le jour de sa libération, il aurait lancé à ses geôliers américains « je vous vois bientôt à New-York les gars ! » sans aucune haine ni rancune sur son visage, « ni aucune menace apparente » expliquait alors dans un rapport le colonel Ken King en change de camp Bucca en Irak. Pendant son incarcération, son mentor, le jordanien Al-Zarkaoui a été tué par la frappe d’un drone. Plus rien ne peut retenir sa montée en puissance. SUR LES CENDRES D’AL-QAÏDA Le 2 mai 2011, Ben Laden est liquidé au Pakistan, les révolutions arabes enflamment le Moyen-Orient et une partie du Maghreb, c’est le moment que choisit ABAB pour se lancer dans son projet démentiel. En cinq ans l’homme est devenu le terroriste le plus influent au monde, n’ayant absolument rien à envier à Al-Qaïda canal historique, encore moins à un Habache ou un Carlos. Il est à la tête de presque 20.000 combattants, en Syrie et en Irak. Dans ce pays, depuis l’offensive éclair des derniers mois, les islamistes de ISIS/ISIL ou Daesh (en arabe) contrôlent une large partie de la province 8 OPÉRATIONS SPÉCIALES SEPTEMBRE-OCTOBRE 2014
d’Anbar (Falloujah, Ramadi), Ninive (Mossoul) et Salaheddine (Tikrit, Samarra). En Syrie, la stratégie d’ABAB fait son aura et sa fortune : ses djihadistes contrôlent les provinces de Raqqa et Deir ez-Zor, n’hésitant pas à exploiter des puits pétroliers ayant des points de passage sur Lattaquié, Alep, Idlib, Hama et Damas. Le clan Assad leur achèterait du pétrole selon plusieurs experts : « Al-Bagdhadi ne veut pas faire tomber, pour l’instant, le régime syrien, c’est un deal de circonstance, tant qu’il se débarrasse d’Al-Qaïda (canal historique, NDA) et des autres groupes, le clan le laissera tranquille » entend-ton de la bouche de proches du pouvoir syrien. Quelques semaines après la mort de Ben Laden, en avril 2010, Abou Hamza Al-Mouhajer (alias Abou Ayyoub al-Masri), le représentant égyptien d’Al-Qaïda envoyé par Zawahiri, est tué lors d’une opération conjointe de l’armée américaine et irakienne. C’est à ce moment, que le choc des générations terroristes a lieu : ABAB termine sa prise de contrôle sur le groupe et ses affiliés dans la région, l’organisation est à genoux mais pourtant formidablement bien rodée et soudée. Le vieux Zawahiri trop isolé, aux discours en ligne peu convaincants, n’a plus de prises sur les jeunes qui fondent littéralement vers ABAB - le futur calife - et son organisation, Internet fera le reste. CRUEL, TECHNOLOGIQUE ET MILLIARDAIRE ABAB est si ultraviolent qu’Al-Qaïda canal historique va le renier, car une fois sa prise de pouvoir à la tête de l’Etat islamique en Irak il organise 60 attaques simultanées faisant 110 morts en un seul jour (mai 2010). Puis ce sera l’assaut de la cathédrale de Bagdad : 46 morts. Le message est clair et passera par les réseaux sociaux avant les médias : Al-Qaïda n’est pas mort en Irak, l’Etat Islamique en a pris la relève. Tout au contraire du vieux Zawahiri, ABAB prône le djihad de proximité : lutter contre les ennemis proches et immédiats, notamment les musulmans qui s’opposent au Califat, donc à son projet. Ses prises de guerre en Syrie financent directement les attaques et l’avancée de ses troupes en Irak : armes, véhicules, pillages, argent - telles des sauterelles - ses combattants rasent tout, sont relayés, se reposent, s’équipent puis repartent à l’assaut et ainsi de suite. Grâce à Internet et les réseaux sociaux, il lance la mode du « djihad online », les jeunes musulmans à travers le monde sont séduits par les vidéos professionnelles d’entrainement, de combats, d’exécutions atroces et de propagande, avec ABAB, les têtes finissent pendues le long d’un fil sur la place publique et les photos sur Twitter. Les apprentis terroristes et autres volontaires affluent des quatre coins du monde, ils vont rejoindre le grand et INFOS DÉFENSE véritable djihad, le seul, au grand dam des autres groupes comme Al-Nosra qui se voient vidés de leurs combattants les plus aguerris. Petit à petit, telle une belle pièce d’horlogerie, le grand djihad commence à se mettre en place, et les financiers du Golfe affluent… Ben Laden n’aurait pas rêvé mieux… ABAB le tacticien cherche à prendre les postes frontières entre Irak et Syrie, il évite la confrontation avec l’armée Syrienne, fait exécuter les djihadistes qui ne reconnaissent pas l’ISIS et tue des chefs de la rébellion laïque. Il dérobe souvent aux autres groupes islamistes les victoires qu’ils n’ont pas le temps de savourer. Une fois les premiers liens directs établis entre les deux pays, il lance l’assaut contre les principales villes du nord de l’Irak. Pillages, trafics, et otages sont devenus une deuxième ressource pour ABAB, la fortune du groupe est estimée à un milliard de dollars, dont une grosse partie en cash… C’est lui le seul maître à bord qui décide de tout : l’apport financier que représentent les otages occidentaux lui aurait rapporté plus de deux cent millions de dollars. Fin 2014, les premières négociations commencent, des otages sont libérés, là où beaucoup voyaient le chaos. ABAB contrôlait tout, absolument tout, allant jusqu’à prendre par la force ou racheter des otages à d’autres groupes islamistes… Comble total, ABAB se paye le luxe de publier un rapport annuel détaillé de ses activités militaires (mai 2014) pour ses bailleurs de fonds, rédigé tel un compte-rendu d’activité d’une start-up technologique, tout y est : ratio prix/opérations, dépenses, détail des finances sur les postes (dont armement, formation, communication), ce n’est pas pour rien que les Américains disent de ISIS qu’il s’agit « de la start-up du terrorisme ». BIENTÔT EN EUROPE La stratégie de Baghdadi ne s’arrêtera pas aux portes du Bilad al-Cham (la Grande Syrie) ni à celles de l’Irak. En quelques années il a su se préparer, en quelques jours il a changé la face du Moyen- Orient et du monde arabe, faisant basculer dans le caniveau les analyses les plus poussées. On le dit adepte de l’ultra violence, manipulateur, terriblement aguerri, ultra-protégé et extrêmement discret. Les manipulations iraniennes glissent sur lui comme sur du beurre (agent du Mossad formé par Israël, par les Américains… rien ne peut lui coller à la peau). Les services secrets occidentaux tentent de pénétrer son cerveau, de réfléchir comme lui. Rien à faire, il est imprévisible. Demain il sera sans doute au-delà de Bagdad, il lancera alors ses commandos suicides vers l’Europe, certains déjà rentrés se positionnent tranquillement… La génération Merah attend patiemment le signal en France. Après-demain l’Etat Islamique touchera l’Amérique au cœur. Baghdadi a tué Al-Qaïda et il est devenu Al-Qaïda. Désormais il est un peu tard pour stopper l’avancée inexorable de l’Etat Islamique, à moins d’un anévrisme, ou d’une opération conjointe occidentale, le Calife Baghdadi a déjà pensé à sa succession, comme tout bon PDG… SEPTEMBRE-OCTOBRE 2014 OPÉRATIONS SPÉCIALES 9



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