Œdipe n°18 jun/jui/aoû 2011
Œdipe n°18 jun/jui/aoû 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de jun/jui/aoû 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Éditions Épicure

  • Format : (170 x 250) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,2 Mo

  • Dans ce numéro : comment rebondir après une première année de santé ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 societe « Face à la liberté, l'efficacité apparente et l'extrême réactivité du monde numérique, l'immersion dans le monde de l'entreprise est un choc pour le digital native, qui découvre des notions quasiment absentes sur le net : la hiérarchie, les process, le contrôle, les interdictions (utilisations de MP3, du mobile, Facebook et chat), la division des tâches, leur exclusivité professionnelle… ». Voilà le genre de constat désormais répandu dans les enquêtes sur les jeunes de la génération Y, nés entre 1978 et 1990, après la génération X (les 35- 50 ans) et les papyboomers. L’entreprise, lieu de l’arbitraire ? ` ` La génération Y en question La génération Y c’est vous, les jeunes adultes nés dans les années 80. Selon de multiples enquêtes, vous vous différenciez sensiblement de vos aînés : plus individualistes, vous seriez rétifs à la hiérarchie et très impatients. Rébellion, égotisme, ou incapacité d’adaptation ? Dans la même étude réalisée par l’institut BVA (Gene- Tic publiée en juillet 2010), on découvre que, pour ces mêmes jeunes « l'entreprise, déjà suspecte de s'accaparer la richesse produite par ses salariés, devient le lieu de tous les arbitraires : un cadre horaire imposé ou inflexible, des exigences de reporting* trop fréquent, des décisions arbitraires sans explication de leurs motifs, des écarts du droit du travail sans compensations (horaires ou financement), des humiliations publiques (critiques négatives non constructives, réprimandes devant les collègues, ton impératif…) ». Résultat, toujours selon BVA, mais dans une autre enquête pour le compte de l’AFPA 1, 54% des DRH/chefs d'entreprises disent avoir « rencontré des difficultés particulières liées à l'intégration dans [leur] entreprise d'un jeune de moins de 30 ans ». Plus récemment, en février dernier, c’est le baromètre Ipsos sur le moral des salariés qui est revenu sur le sujet : « Il y a aujourd'hui un choc générationnel de plus en plus EPICURE Œdipe N°18 - ÉTÉ 2011 important au sein du monde du travail sur le sujet des jeunes (…) Presque six salariés sur dix considèrent que les jeunes ont du mal à s'insérer dans l'entreprise et à respecter une hiérarchie (58%). » Principaux reproches : ils s’attendent à ce que l’entreprise s’adapte à eux et non l’inverse. Du coup, ils donnent parfois l’impression d’être de passage et, effectivement, hésitent moins que leurs aînés à quitter l’entreprise qui ne leur donnerait pas satisfaction. Une grille réductrice « Ils sont plus de 40% à dire qu'ils ne respectent pas la hiérarchie et qu'ils ont un esprit contestataire », observe de son côté le laboratoire de recherche en management de l'université de Tours, le Cermat, dans une enquête publiée en décembre dernier. Et de poursuivre : « la génération Y estime être différente de ses * Néologisme signifiant compte rendu
aînés en ce qui concerne le fait de vouloir tout, tout de suite et d'être mobile dans la vie professionnelle. » Il y aurait donc des tendances lourdes. Pour autant, cette génération n’est pas si monolithique que ça. Elle affiche des aspirations diversifiées : elle rêve d'entrepreneuriat et de sécurité de l’emploi. Près de 50% des actifs nés dans les années 80 aimeraient ainsi être chefs d’entreprise, mais près d’un tiers sont attirés par le public et les grands groupes, selon KPMG 2. Tout, tout de suite ! Tout cela étant dit, la grille de lecture Y ne convainc pas tout le monde et suscite beaucoup de critiques chez les sociologues et les chercheurs. Son principal défaut : elle est trop réductrice et néglige le fait que les différences de comportements et de valeurs pourraient davantage être associées à des facteurs sociaux que générationnels. Recherche en chambre « Est-ce que la génération Y existe ? Est-ce que nous ne confondons pas les attentes que nous avons identifiées avec celles de la jeunesse ? », s’interrogeait ainsi Pierre-Henri Tavoillot, maître de conférences en philosophie à l'université de Paris-Sorbonne, lors d’une table-ronde organisée par l'Institut de l'entreprise 3. Même scepticisme chez Jean Pralong, professeur en GRH à Rouen business school, et auteur d’autres enquêtes sur la question : il est formel, « la génération Y n'existe pas ». Pour lui, la ligne de fracture n'est pas celle de l'appartenance à la génération X ou Y, mais plutôt l'effet de la socialisation : la fracture entre générations serait plutôt liée d'une part à la situation d'étudiant ou de salarié, et seulement ensuite à l’appartenance à l’une ou l’autre génération. Symptôme générationnel ou simple travers d’une génération nourrie à la vie on line ? La recherche d’emploi « en chambre », qui consiste à n’envoyer quasiment que des CV par mail ou à les déposer sur des CVthèques, a un rendement quasinul, mais les jeunes diplômés en recherche d’emploi la pratiquent de plus en plus sans cultiver les alternatives (« vraies » lettres de motivation, prise de rendez-vous, travail de réseau…). EPICURE Œdipe N°18 - ÉTÉ 2011 Anarcho-cool Et effectivement, la généralisation par tranches d’âges n’est pas toujours pertinente car beaucoup de quadras, certes souvent minoritaires, véhiculent les mêmes préférences « anarcho-cool » que les Y. En réalité, la génération Y serait surtout le révélateur d’une crise du management intergénérationnel, ou mieux encore, un prisme pour essayer de comprendre la crise du middle management, La fin du temps mort Les nouvelles générations dites « digital natives », les 18-24 ans nés dans une société multimédia, s'inscrivent dans « un rapport au temps et à l'espace qui casse toutes les règles des générations précédentes », et les directeurs de ressources humaines peuvent ainsi se trouver « face à des comportements étonnants et parfois déroutants ». « L’individu numérique déteste les temps morts et l'inactivité et comble ces vides par une hyperactivité numérique (…) La globalisation (marques, médias, séries télé…) et son environnement numérique font qu'il ne se sent jamais dépaysé lors de ses déplacements à l'étranger ». La réduction du temps d'accès à l'information « entraîne une certaine impatience et donc un besoin d'accéder aux connaissances de manière rapide ». Conséquence, l'utilisation combinée d'outils de communication (téléphone, ordinateur, etc.) « engendre des difficultés de concentration et un besoin d'activités variées pour éviter la lassitude ». Extraits de l’étude BVA Gene-Tic, juillet 2010. 17



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