Œdipe n°17 mar/avr/mai 2011
Œdipe n°17 mar/avr/mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°17 de mar/avr/mai 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Éditions Épicure

  • Format : (170 x 250) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : automobile, des métiers qui tiennent la route.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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16 rencontre Dominique Reynié « Les jeunes ne sont pas pessimistes, c'est notre pessimisme qui se reflète dans leur jugement » Dominique Reynié Copyright Fondapol Une enquête mondiale sur les opinions et aspirations des jeunes, ça paraît peu banal... Cette enquête est une première par le nombre de personnes, de pays et de continents concernés. Je voulais voir comment les premières générations qui n'ont pas du tout connu le monde antérieur à la globalisation vont, dans 10 ans, être aux commandes, et piloter la globalisation en n'ayant connu que ça. Et mesurer la solidité du discours actuel de beaucoup d'élites, décliniste et envers lequel je suis très critique. « Des profils qui sont tout sauf redoutables ! » À quel discours décliniste faites-vous allusion ? En quoi y a-t-il un effondrement quelconque, en quoi est-ce plus mal qu'avant, les jeunes sont-ils cyniques et Enseignant à Sciences po Paris et directeur de la fondation qui vient d’éditer les résultats de la grande enquête « 2011, la jeunesse du monde » (lire pages précédentes), Dominique Reynié estime que les jeunes Français ne sont pas pessimistes : c'est le pessimisme des anciennes générations qui, affirme-t-il, se reflète dans leur jugement. dépressifs, consuméristes et individualistes comme on l'entend si souvent ? Nous leur avons demandé quelles sont les deux qualités qui leur semblent les plus importantes à enseigner à leurs enfants. L'honnêteté et la responsabilité sont arrivées très largement en tête ! Deux très belles valeurs qui ne reflètent pas d'esprit consumériste ou individualiste ! On croit aussi la famille old school. Or 80 à 90% disent vouloir en fonder une. Avec les amis, elle pèse plus que tout le reste, plus que l'Europe, la religion... Leur système d'ancrage est articulé autour de leur communauté « à eux » et je ne l'interprète pas du tout comme un repli. Et ils se retrouvent tous dans cette humanité plus que dans la nation. Je vois des profils qui sont tout sauf redoutables ! EPICURE Œdipe N°17 - Mars-Avril 2011 « Ailleurs, les élites parlent mieux du monde » Pourtant, certains résultats semblent montrer que les Français sont pessimistes... L'analyse que la jeunesse française fait de la société française est pessimiste. Mais elle n'est pas pessimiste pour elle. Elle dit ne pas croire en la France et l'État, qui ne la rassurent pas, et d'ailleurs elle n'a confiance en quasiment aucune institution. Je pense que les jeunes ont une perception des possibles qu'ils ne retrouvent pas dans le discours des politiques, des médias, des profs, des parents... qui ne leur disent que des choses redoutables sur le monde. Ils ne comprennent pas quand on leur dit que la disparition du monde antérieur est fâcheuse, alors que le leur est là, en train d'éclore ! C'est
trop facile, surtout de la part des politiques, de dire que les jeunes sont pessimistes parce que ces derniers les remettent en cause. Eux nous trouvent pessimistes, c'est ça la vérité ! Ce type de dissociation est propre à la France, parce qu'ailleurs les élites parlent mieux du monde. C'est quand même signe de mal-être, non ? En France, on a l'impression que les anciennes générations se sont accrochées aux fonctions du pouvoir et ont l'angoisse de passer la main, d'où le sentiment des jeunes qu'on ne leur fait pas confiance. Il y a un pacte intergénérationnel à bâtir avec des signes forts. Par exemple, limiter l'implication politique à trois mandats. Cela coûte zéro et cela a des effets très simples : rajeunir toutes les assemblées. Les députés en France ont 58 ans en moyenne. C'est l'Assemblée nationale la plus vieille du monde démocratique ! Nous n'avons que 18% de femmes à l'Assemblée et que des blancs. Les femmes étaient déjà 20% dans la première assemblée où elles ont pu être élues, en 1946. 60 ans après, il ne s'est rien passé alors qu'en Espagne, où ils sont aussi latins et machos que nous et en démocratie depuis moins longtemps, ils sont au niveau de la Finlande en matière de parité. En Europe, les deux pays qui se comportent le plus mal, c'est la Grèce et nous ! « Expliquer le monde comme les jeunes le vivent » Si l'on ne change pas, que va-t-il se passer ? Si les anciennes générations restent dans leur coin à radoter, on risque un clash. Je ne suis pas étonné de ce qui se passe en Tunisie et en Égypte. Certes, en France, on n'a pas besoin de manifester pour réclamer la démocratie, on l'a. Mais la jeunesse dit aussi « on veut notre part de croissance, on veut le pouvoir social ». Il ne faut pas s'étonner que les jeunes ne s'inscrivent pas sur les listes électorales, ne votent pas. On n'aura plus de lecteurs non plus. Ils sont tous sur le web. La vraie réponse, ça n'est pas de faire des sites payants, mais de modifier la substance : expliquer le monde comme les jeunes le vivent. EPICURE Œdipe N°17 - Mars-Avril 2011 Cette génération qui précède est vraiment plus radoteuse que celles qui ont précédé ? Ceux qui avaient 20 ans en 68 ont pensé que le monde nouveau, c'était eux qui l'inventaient. C'est faux, c'est maintenant qu'il s'invente, même si 68 a amené plus de critique, plus de psychologie, une émancipation culturelle... Je pense que la génération 68 souffre de voir que cette révolution se fait ailleurs. Que penser quand ils disent face aux révolutions menées pacifiquement par les étudiants tunisiens et égyptiens, attention aux islamistes ? Ne peuton pas prendre les choses du bon côté ? Que comprendre au final ? Les jeunes ne sont pas pessimistes pour eux-mêmes, c'est notre pessimisme qui se reflète dans leur jugement. Ils nous aident à avancer. Qui est Dominique Reynié ? Propos recueillis par Camille Pons Dominique Reynié travaille sur les transformations du pouvoir politique, l'opinion publique et ses manifestations, les mouvements électoraux, en France et en Europe. Beaucoup sollicité - il participe fréquemment à C dans l'air, sur France 5 -, il est critiqué par certains pour sa sensibilité de droite, voire sur l'intégrité intellectuelle de la Fondation. Celui-ci rétorque qu'il ne cache pas ses idées, écrites noir sur blanc sur le site de Fondapol, « un think tank libéral, progressiste et européen ». Il défend ainsi l'intégrité de la fondation : « de statut public, elle reçoit deux sources de financements : 1,2 million d'euros par an de l'Assemblée comme les 5 autres fondations et 600 000 euros des particuliers et entreprises. Je n'hésite pas non plus à publier des résultats qui ne sont pas favorables à la majorité, puisque l'enquête montre que deux pays ont des résultats record en matière de défiance par rapport à l'État : le Mexique et la France ! ». 17



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