Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 86 - 87  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
86 87
10 octobre Alors que l’automne japonais commence à peine de déployer ses merveilleuses polychromies végétales, je relis, exhume de quelque malle, le formidable bouquin de Julien Freund, Qu’est-ce que la politique ?, paru en 1965 au Seuil (mais il est très vraisemblablement épuisé). Julien Freund, aujourd’hui oublié de tous, fut entre les années 1960 et 1980, professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg, et à ce titre fort justement détesté des situationnistes – ceux-là même qui l’année suivante allaient éditer sur les fonds de l’UNEF De la misère en milieu étudiant, au grand scandale de tous. Bref. Nonobstant sa détestable situation académique, Freund écrit, dans cet opuscule remarquable et machiavélien, ceci sur ce qu’il nomme « l’art politique »  : « Rien n’est plus contraire à cet art de la décision et de la responsabilité que la vanité qui, comme le montre Max Weber, tourne à la griserie du sensationnel et de l’intéressant, faute de la distance nécessaire qui permet à l’homme de laisser agir sur lui, dans le recueillement, le désordre des événements qu’il faut précisément dominer ». À cet instant précis de ma lecture, pourquoi pensai-je in petto à ce présidentiel Emmanuel Macron ? À cause bien sûr de cette merveilleuse « griserie du sensationnel et de l’intéressant », et que dire de ce quasi-gaullien « recueillement » dont l’idée même, au plan politique comme ailleurs, a pour ainsi dire disparu. Cette écriture d’un autre temps, où l’on rédigeait encore tenu jusqu’au corseté, manifeste donc de la pensée d’un autre temps, bien avant que la République ne se mît à marcher et les macroniennes trompettes à trompeter. 86 Ashiya n°5 Par Jérôme Mallien Jérôme Mallien travaille dans le petit bar qu’il a ouvert à Ashiya, tout près d’Osaka et de Kobé. Cinquième volet de son journal. Corps assis, esprit aussi 27 octobre Sur France Info ce matin, a propos de ce qu’on est désormais prié d’appeler « l’affaire Harvey Weinstein », un quelconque préposé aux news interroge Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances (si je ne m’abuse, la distance relativisant pas mal et titres et fonctions)  : « Si vous aviez connaissance, dans le milieu politique, de quelqu’un qui aurait eu un comportement comparable, le dénonceriez-vous ? ». Réponse immédiate  : « La dénonciation n’est pas dans ma culture politique ». Il n’est pas nécessaire d’être un fan de Bruno Le Maire, si la chose existe, pour estimer la réponse, d’apparence fort spontanée, très respectable et défendable. Ah mais la police de la pensée correctement féministe n’en juge à l’évidence pas ainsi, et l’on ne se risque pas impunément à des extrémités si désagréables. À donneuse, donneuse et demi, et Le Maire se vit – sous quelles pressions ? – contraint dans les heures qui suivirent à un acrobatique rétropédalage, d’où il s’ensuivit que certes, si la dénonciation lui paraissait éminemment déshonorable, il n’hésiterait pas un instant, dans les circonstances évoquées, à « signaler » tel ou tel comportement, n’est-ce-pas, inapproprié. Quand l’épouvantable « dénonciation » (la Gestapo, Georges-Henry Clouzot, Anne Frank, le petit Grégory Villemin, tout ça) se transforme en quelques heures en benoît « signalement », on peut mesurer les progrès qu’a fait, en quelques courtes décennies, la novlangue annoncée au mitan du siècle dernier par George Orwell. (Par ailleurs, je note aussi que traîne dans l’air du temps législatif le projet de créer un délit de « harcèlement de rue », dont je n’ai pu cependant cerner même lointainement les contours  : siffler une fille parce qu’elle a un joli cul, lui sourire parce que c’est le printemps, la regarder même avec approbation en se disant qu’il ne serait pas absurde de partager le même lit et qu’il est toujours permis d’espérer, tout cela constituera-t-il un délit ? Je n’ose même imaginer comment seront traités les sympathiques déviants que sont, entre autres, les fétichistes du pied, les adorateurs du collant noir ou les sadiques de la golden shower, je suppose que pour eux c’est le bûcher, fut-il métaphorique. Je tiens évidemment Weinstein, si j’en crois tous les témoignages connus, pour un gros enculé ; mais il n’est en la circonstance que le prétexte vectoriel à un retour du pire des moralismes, mal vêtu des oripaux du néo-feminisme mondain et quart-mondiste (« Pensons, lance-t-elle actrice germanopratine, à toutes ces pauvres femmes ordinaires harcelées qui n’ont pas, comme nous, accès à la tribune médiatique », voici le grand retour de Marie-Chantal). Dans une formule épouvantablement paradoxale, c’est ce qu’on nommera désormais, et qu’il sera interdit de nommer autrement  : la « libération de la parole ».
Ici, on échange encore beaucoup de cartes pour les fêtes de fin d’année, et chacun les personnalise volontiers. Voici la mienne, exécutée à l’encre et au pinceau, et inspirée de la calligraphie japonaise. EZ-san a photographié dans les années 1990 certaines des plus sexy top models du Japon. Aujourd’hui, il pense toujours que les marges ont raison contre les majorités et il vient boire des coups dans mon bar. 12 novembre Masuko et moi sommes allés, comme souvent le dimanche matin, faire zazen dans la villa de Katanosensei, sur les contreforts de Ashiyagawa. Le murmure de la rivière, le murmure du vent dans le petit bois de bambou, le murmure de la respiration de mon voisin Shoji-san qui, sur son zafu, a tendance à s’endormir pendant sa méditation. Je retrouve, dans un vieux volume d’extraits du Shôbôgenzô de Dôgen, ceci  : « Lorsque vous êtes assis en zazen, vous devez examiner le monde dans sa totalité en long et en large. À ce moment-la, que pensez-vous de zazen ? Est-ce que le monde est sens devant derrière et frétillant de vie ? Pensez-vous ou ne pensez-vous pas ? Agissez-vous ou n’agissez-vous pas ? Êtes-vous assis dans votre corps et votre esprit ? Le corps doit être assis, et l’esprit doit être assis ». Et en écho, maître Takuan (on trouve le texte dans Le Zen des samourais, édité chez Albin Michel)  : « J’ai un assistant qui s’appelle « le vide ». Il n’a ni parents ni frères. Il n’appartient pas à un clan et il ne sait pas où, ni comment il est né. Il n’est pas venu en ce monde et il ne veut pas s’en aller. Même si je le gronde, il ne se fâche pas. Il ne tombe pas malade. Mais heureusement, il est bien comme assistant. Il m’interroge quelquefois et je lui réponds. Je lui ai expliqué tout ce qui flotte dans ma tête et il me répond. Le pinceau a glissé sur le papier. » (à la fin de zazen, je ne sais pourquoi, dans la voiture, la conversation roule avec Masuko sur les rapports entre le pouvoir d’État et les familles yakuzas. Elle me dit, lapidaire  : « Yakuzas interdits, mais nécessaires ». Mon Japon est le pays où je ne cesse un instant d’apprendre). 87 ->



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 1Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 2-3Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 4-5Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 6-7Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 8-9Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 10-11Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 12-13Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 14-15Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 16-17Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 18-19Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 20-21Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 22-23Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 24-25Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 26-27Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 28-29Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 30-31Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 32-33Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 34-35Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 36-37Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 38-39Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 40-41Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 42-43Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 44-45Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 46-47Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 48-49Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 50-51Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 52-53Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 54-55Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 56-57Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 58-59Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 60-61Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 62-63Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 64-65Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 66-67Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 68-69Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 70-71Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 72-73Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 74-75Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 76-77Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 78-79Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 80-81Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 82-83Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 84-85Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 86-87Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 88-89Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 90-91Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 92-93Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 94-95Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 96-97Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 98-99Novo numéro 48 fév/mar 2018 Page 100