Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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phénomènes Œuvres de la collection exposition 3 février ——— 27 mai 2018 Frac Alsace Sélestat Balthasar Burkhard Damien Cadio Marc Couturier Edith Dekyndt Jan Fabre Adrien Missika en savoir + sur l’exposition et ses rendez-vous + frac.culture-alsace.org entrée libre Richard Monnier Carsten Nicolai Pierre Savatier Nathalie Talec Cy Twombly Balthasar Burkhard, Aile de faucon, 1988, photographie, 171 x 114 cm Balthasar Burkhard Archive 1.,
Identités en séries n°4 Par Cécile Becker The Crown  : combat(s) de femme(s) À l’heure du thé, elles se font face. Duo au sommet  : Jackie Kennedy et Elisabeth II. Toutes deux marquées par l’influence et le pouvoir potentiel de l’autre. Tout se joue en un épisode – Dear Mrs Kennedy –, probablement le meilleur de la saison. D’abord, Elisabeth, qu’on voit, depuis quelques épisodes déjà, lutter contre ses désirs d’assumer une féminité qui n’est pas celle d’une Reine qu’on tient en tenaille entre traditions et retenue bien anglaise. Alors lorsqu’elle voit l’élégante Jackie apparaître sur son téléviseur, en femme qu’elle suppose libérée  : belle, filiforme, attifée de vêtements sobres et clinquants à la fois, de celle qu’on pourrait dire « moderne », adoubée par la foule, pire, par les médias qu’elle peine elle à séduire, elle ne dit rien, mais trésaille. Elle la renvoie à ce qui lui échappe, à ce qui lui manque, à ce qu’elle cherche à combler mais qu’elle ne peut pas saisir. En femme, on devine aisément ce qu’elle traverse, quelque chose se joue là, juste à l’intérieur  : une lutte infatigable entre l’ego, l’image que l’on souhaiterait renvoyer à l’Autre et ce que l’on voudrait profondément être. Cette femme-là, elle l’abhorre. Quand vient la rencontre, un dîner non-officiel, ce sentiment est amplifié par l’attitude cavalière de son mari, Philip, qu’on se mettra à bien des égards à détester – on ne parlera pas ici des supplices inhumains (au sens propre) qu’il infligera à son fils. Tout homme qu’il est, il se plaira à chercher à obtenir les faveurs de l’Américaine quand Elisabeth assiste au grand déballage général, ne laissant rien paraître de la foudre qui la remue. Quelques heures plus tard, elle s’octroie – ce n’est visiblement pas le protocole – le plaisir un tantinet malsain de faire visiter ses appartements privés à Jackie Kennedy. S’engage une discussion sur leurs manières d’envisager la vie publique, pesante, et son lot d’injonctions  : que faire lorsque l’on désire autre chose mais qu’une force qui nous dépasse nous empêche de l’obtenir ? Elisabeth se verra ensuite rapporter des propos désobligeants tenus par Jackie Kennedy lors d’un dîner bourgeois. Piquée à vif, en plein rapprochement du Ghana avec l’Union Soviétique (menaçant alors l’équilibre du Commonwealth), elle prendra en charge un déplacement diplomatique pour sauver les relations entre les deux pays. Une décision politique aussi dangereuse qu’audacieuse. En une danse avec le président ghanéen, largement relayée par les médias, elle renversera la situation à l’avantage des Britanniques. Derrière ce geste, transparaît évidemment l’empreinte laissée par la première dame américaine  : l’impuissance et la colère ont généré le risque et l’envie. Jackie Kennedy, ayant eu vent de la découverte de sa propre trahison, s’invitera au côté d’Elisabeth II pour effacer son indigence. La Reine jouera de sa position de force – sublime indice glissé là par le scénariste  : une tartine largement beurrée et avalée par la Reine enfin débarrassée de tout complexe – alors que la « traitresse » se confond en excuses et en justifications aussi sincères que terribles. Dans l’ombre d’un mari violent, souvent droguée pour supporter la pression, elle concède avoir perdu le contrôle… Une femme, ce sont des histoires multiples, des traumatismes évidemment, mais aussi des schémas intimes desquels on cherche à réchapper. Qu’elle que soit cette femme. Elisabeth aura cherché à projeter sur Jackie ses propres luttes, doutes, malaises et maladresses, sans considérer que son égale combat ses propres démons, avant de l’envisager dans sa totalité, puis de la comprendre (elle saura, elle, pourquoi Jackie Kennedy aura, les heures suivants l’assassinat de JFK conservé ses vêtements ensanglantés). Cet épisode, aussi fascinant soit-il lorsqu’il révèle les mécanismes intimes à l’œuvre dans les sphères du pouvoir, l’est aussi pour la sincérité avec laquelle il traite la sororité et ses rapports conflictuels. Il me rappelle mes propres luttes – qui suis-je ? Qui voudrais-je être sans avoir à me référer à un quelconque modèle ? –, celles de mes proches, mais aussi ces frictions entre féminismes. Qu’est-ce qui, au fond, nous réunit ? Ces luttes internes et continuelles qui nous surplombent, cette histoire dont on ne sait que jeter ou que conserver, et ces poids, toujours ces poids, qu’ils viennent du dedans, d’eux ou d’ailleurs, dont on cherche à se délester. Derrière une affirmation, derrière une histoire, il y a toujours des sensibilités qui peuvent nous échapper. Elles sont d’autant plus belles lorsqu’elles sont multiples. Laissons-les advenir. 9



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