Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Par Emmanuel Abela et Mylène Mistre-Schaal 76 Georg Baselitz, Schlafzimmer, 1975, huile et charbon sur toile, 250 × 200 cm/Collection privée, Georg Baselitz, 2018 Photo  : Jochen Littkemann
L’outsider En inversant la composition, l’artiste allemand Georg Baselitz a bousculé bien des conventions picturales. Deux rétrospectives, peintures et œuvres sur papier, offrent un éclairage nouveau sur cet anticonformiste de 80 ans. Devant un parterre impressionnant de journalistes réunis à la Fondation Beyeler, Georg Baselitz nous le rappelle  : « Très jeune, je ne voulais rien faire de raisonnable, j’étais contre tout. » Il le dit avec le sourire, celui d’un homme de 80 ans qui mesure le chemin accompli. Et pourtant, rien n’était simple pour lui, à un moment où la peinture, dans les années 60, se voyait sérieusement bousculé par le happening et la vidéo. Avec le sentiment de n’avoir « rien à voir avec tout cela », l’artiste allemand s’est « volontairement isolé ». Pourquoi cet isolement ? Tout simplement parce qu’il avait le sentiment que le discours finissait par l’emporter sur le geste  : un dessin sur une feuille de papier, l’approche plastique du tableau, tout cela faisait sens pour lui, et mieux que cela, lui permettait de créer du sens à son tour. Cette réserve par rapport au discours, peut-être la puisait-il dans la sécheresse de son protestantisme, comme il aime à le rappeler. La façon de s’exposer des artistes de son temps, il ne la « connaît pas », y voit une forme d’« immorale », lui préférant d’autres voies. Bien sûr, les esprits malins décodent les choses et comprennent que dans sa manière de poser le sujet à l’envers dès la fin des années 60, au-delà de le positionner en pourfendeur de « la théorie sur la peinture non-figurative », lui a permis de signer une œuvre distinctive. Identifiable parmi tant d’autres. « Lorsque [une image] est peinte à l’envers, elle se libère du poids de la tradition », écrivait-il en 1981. Derrière cette citation, on perçoit de la malice chez Baselitz. À force de s’afficher en « outsider », il est devenu leader d’une pratique picturale qui, elle, s’inscrit dans la tradition du siècle précédent. Ça ne serait pas lui faire injure que de rappeler le tribut qu’il a payé aux peintres expressionnistes du début du XXe, Kirchner et Nolde en tête, au mouvement Cobra d’immédiate aprèsguerre, à l’expressionnisme abstrait de Willem de Kooning et à bien des avant-gardes picturales, quitte à épouser pleinement son temps et anticiper un mouvement qui a conduit à l’avènement d’artistes comme Basquiat – certaines œuvres exposées à Beyeler l’attestent de manière troublante. Les variantes qu’il apporte à sa manière de peindre, notamment quand il place la toile au sol, avec un contact qui « se fait avec le bas » afin de « chercher à débusquer ce qu’il y a en dessous », démultiplient le cadre et ouvrent des perspectives nouvelles. Il aime rappeler que le fait de peindre à l’envers avait été lancé comme un défi, mais l’inversion l’a conduit à repenser totalement non seulement la représentation mais aussi, bien sûr, la composition. C’est ce qui apparaît le plus tangible dans cette vaste rétrospective  : la somme des œuvres montre une évolution qui tend à l’inconfort chez cet anticonformiste qui a connu deux totalitarismes, le nazisme et le communisme en Allemagne de l’Est. Et au-delà de cet inconfort né d’une plongée au tréfonds de la psyché allemande, à un renouvellement d’un regard redevenu vierge de toute certitude. Travaux sur papier Une première aquarelle, réalisée à 17 ans, inaugure l’accrochage. Un lavis dans lequel le motif se fond déjà dans la matière. Sur ce paysage évanescent se lève un soleil noir, une sombre clarté. Cette énergie sauvage et ambigüe baigne les 103 œuvres de Georg Baselitz présentées par le Kunstmuseum. Comme un contrepoint aux toiles monumentales du Baselitz peintre, les travaux sur papier proposent un format plus modeste. Le regard doit s’accorder un instant avant d’en adopter les contours, le temps de dompter l’imbroglio de tâches, de traits et de formes pour en faire émerger le sens. On y distingue alors, comme par enchantement, la silhouette furtive d’un oiseau ou les branches dénudées d’un arbre dans le vent. À leur sourde violence, hantée de crucifix, de corps fragmentés et d’arbres sans racines, s’ajoute une profonde mélancolie. Elle prend une ampleur toute particulière dans Father Johannes et Sister Josy, portraits à distance d’une famille restée en Allemagne de l’Est. Les couleurs sont douces mais les traits se diluent irrémédiablement, comme un souvenir lointain et douloureux, marqué par l’exil. La fluidité de l’aquarelle s’allie parfois à la noire franchise du fusain dont le trait semble presque érafler la feuille. Pourtant, malgré l’explosion pléthorique de la matière, sous forme de giclures, de coulures ou de gribouillis, rien n’est de trop. Le superflu semble avoir été balayé au profit d’une intensité brute. « En quelque sorte, les dessins sont plus honnêtes que la peinture », nous rappelle Anita Haldemann, commissaire de l’exposition. « Ils révèlent l’intention du trait, sans complaisance. » Alors que la peinture maquille plus aisément repentirs et hésitations, le dessin laisse voir ses failles et les imperfections de sa genèse. En montrant leurs fêlures d’encre ou de fusain, ces Werke auf Papier permettent un aparté intimiste avec l’univers clair-obscur de Baselitz. GEORG BASELITZ, expositions jusqu’au 29 avril à la Fondation Beyeler et au Kupferstichkabinett (Kunstmuseum), à Riehen et Bâle www.fondationbeyeler.ch kunstmuseumbasel.ch 77



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