Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Par Benjamin Bottemer Illustration  : David Sala Coup de maître Avec son adaptation en bande-dessinée du Joueur d’échecs de Stephan Zweig, l’auteur et illustrateur David Sala sublime ce récit diabolique et fascinant. À bout de souffle  : c’est ainsi que l’on achève la lecture du Joueur d’échecs, la nouvelle de l’auteur autrichien Stephan Zweig. On referme l’adaptation en bande dessinée de David Sala dans le même état. Illustrateur pour l’édition jeunesse à l’univers singulier, poétique et coloré, ce dernier a également dessiné pour la BD des histoires entre polar et science-fiction et adapté récemment, en solo, Cauchemar dans la rue de Robin Cook. Lorsque Benoît Mouchart, directeur éditorial de Casterman, lui propose de réaliser un projet qui lui tient à cœur, David Sala n’hésite pas  : Le Joueur d’échecs sommeille dans un coin de sa tête depuis ses études à l’école Émile Cohl à Lyon. L’ultime récit de Zweig est un monument d’efficacité narrative, il n’y a rien à ajouter ou à écarter  : « Le Joueur d’échecs, c’est mathématique, observe David Sala. En terme de narration, on ne peut pas avoir la prétention de faire mieux. » Sans aucun doute. Mais l’image est là pour augmenter encore la charge émotionnelle du récit, et David Sala, après plus de deux ans de labeur, va en faire une bande-dessinée grandiose. Outre la qualité de l’histoire, le rapport étroit de celle-ci avec l’existence et l’état d’esprit de son auteur a fortement intéressé David Sala. La « Schachnovelle » de l’autrichien (Nouvelle des échecs, ou de l’échec, au sens ambigu) prend place au début des années 40 sur un paquebot en route pour l’Argentine ; on y voit déjà un parallèle avec l’exil de Zweig, parti vivre au Brésil après la montée du nazisme, où il se suicidera en 1941, quelques semaines après avoir achevé l’écriture du Joueur d’échecs. Le joueur du titre n’est pas Mirko Czentovic, le champion du monde que croise le narrateur lors de la traversée, mais plutôt l’énigmatique Monsieur B., un Autrichien qui semble avoir une maîtrise exceptionnelle du jeu royal. Le narrateur, poussé par la curiosité, proposera à celui-ci de disputer une partie contre Czentovic, et découvrira que son talent est né d’un traumatisme vécu alors qu’il était emprisonné par les nazis. Pour Monsieur B., jouer équivaut à évoluer sur le fil du rasoir, entre folie et virtuosité. « C’est une nouvelle très politique, nostalgique et pessimiste, qui parle avant tout du triomphe de la tyrannie sur l’esprit humain, commente David Sala. Elle parle aussi de la fin d’un monde tel qu’a pu le décrire Stephan Zweig dans d’autres de ses œuvres. » 72 La nouvelle, chargée d’émotions traîtres et sombres, est aussi véritablement palpitante, et plutôt périlleuse à mettre en images  : tout se passe dans l’esprit des joueurs ; le huis-clos, voire l’isolement physique et mental, y règne. « Quand je me suis attaqué à l’adaptation, j’étais devant un Everest », raconte David Sala, dont le pinceau trouvera malgré tout des prises  : par un astucieux montage des pages, par les attitudes et les expressions des protagonistes, il joue avec le temps et avec l’absence, livre de superbes aquarelles où la réalité fait parfois un pas de côté. « Ce texte parfait, très respecté dans l’album, est une base  : il ne fait que souligner l’image, explique l’auteur. Ma réinterprétation passe par le visuel, qui doit parfois forcer le lecteur à s’attarder sur une planche pour en comprendre la mécanique. C’est la seule façon de lui imposer un rythme. » L’album a initié une nouvelle approche graphique pour David Sala, qui a travaillé sur les aplats de couleurs, sans ombres et sans encrages, chaque case étant un tableau à part entière nécessitant un travail acharné pour trouver le bon geste, la bonne formule qui reste à réinventer sans cesse. « La maîtrise, pour moi, c’est la liberté. Dans les écoles d’art aujourd’hui, on prône un dessin instinctif, moi je crois que tout passe par le travail. C’est seulement une fois que l’on a acquis une grande technique que l’on peut s’en affranchir. » Ayant expérimenté diverses méthodes de dessin, de l’ordinateur à la peinture, David Sala apprécie avant tout cette dernière, son exigence et la vie qui l’imprègne  : « On doit produire soi-même chaque effet, en sachant que l’on part de rien et que le repentir en peinture est toujours très compliqué. Mais dans la possibilité de se tromper il y a aussi celle d’exploiter ses erreurs ; en somme, c’est un labeur enthousiasmant. » Admirateur d’Egon Schiele et de Gustav Klimt à qui son style emprunte certains aspects, l’auteur du Joueur d’échecs est aussi amateur de Stanley Kubrick, « sa science du cadrage bien sûr mais aussi sa propension à fouiller dans les profondeurs de l’humain ». Avec sa dernière réalisation, la beauté du trait nous émerveille avant de nous lier à un esprit tourmenté, de nous soumettre à une tension constante. Ainsi, il apporte sa contribution à un chef-d’œuvre littéraire, devenu une œuvre graphique étourdissante. Le Joueur d’échecs de David Sala, chez Casterman
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