Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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2018 AU CŒUR DES CRÉATIONS février blablabla à partir de 6 ans Encyclopédie de la parole/Emmanuelle Lafon Mars LA VASE MARGUERITE BORDAT ET PIERRE MEUNIER spectacle programmé et coproduit en commun avec Les 2 Scènes, Scène nationale de Besançon DÉSOBÉIR LE MONDE ÉTAIT DANS CET ORDRE-LÀ QUAND NOUS L’AVONS TROUVÉ MATHIEU RIBOULET/ANNE MONFORT AVRIL SAIGON CAROLINE GUIELA NGUYEN/LES HOMMES APPROXIMATIFS MAI JULIETTE ET LES ANNÉES 70 FLORE LEFEBVRE DES NOËTTES GEORGES DANDIN OU LE MARI CONFONDU MOLIÈRE/JEAN-PIERRE VINCENT + DES RENCONTRES, PROJECTIONS, STAGES, LEVERS DE RIDEAU... PROGRAMME À RETROUVER SUR www.cdN-besancon.fr www.cdn-besancon.fr/03 81 88 55 11 AVENUE ÉDOUARD DROZ 25000 BESANÇON/ARRÊT TRAM  : PARC MICAUD CENTRE DRAMATIQUE NATIONAL BESANÇON FRANCHE-COMTÉ DIRECTION CÉLIE PAUTHE
Le monde est un seul n°47 Par Christophe Fourvel Un besoin et une absence de poésie Je lisais, pour clore l’année 2017, le livre d’un écrivain colombien intitulé Trahisons de la mémoire. Au tout début du livre, l’auteur nous raconte que son père a été abattu par des tueurs à moto dans une rue de Medellín. L’homme est mort avec un poème manuscrit dans une poche de son manteau. Trahisons de la mémoire 1 parle pour l’essentiel de ce poème. Car Héctor Abad Faciolince a longuement évoqué la figure de son père dans un autre livre qui semble être la matrice de celui que je possède  : L’oubli que nous serons 2. Le poème en question, recopié de la main de son père, est attribué à Jorge Luis Borges. Le premier vers dit ceci  : « Nous voilà devenus l’oubli que nous serons. » D’où le titre du roman matriciel et la quête qui constituera le fil narratif de ce second livre. Car quête il y aura, du fait que le poème en question ne figure dans aucun ouvrage de Borges. Il est donc possiblement un faux. Allez donc savoir ! Lorsque vous pénétrez dans l’univers de l’écrivain argentin, les jeux de miroir deviennent plus puissants que les rayons du soleil. Mais comme un poème trouvé dans la poche d’un père assassiné est tout sauf anodin, Héctor Abad Faciolince ne se satisfait pas de ces incertitudes. Il va interroger l’authenticité du sonnet et reconstituer le labyrinthe littéraire et géographique qui le conduisit jusqu’au manteau ensanglanté de son père. En lisant ce livre, je pensais qu’il était sans doute extrêmement émouvant de savoir son père mort, un poème dans la poche. Nous qui sommes athées, n’avons peut-être jamais pensé à un rituel de transmission qui aiderait nos enfants à vivre et nous-mêmes, sans doute à mourir  : choisir un poème et le garder tout contre soi jusqu’à notre dernier souffle. Je me disais aussi que nous étions nombreux, sans aucun doute, à être émus par cette histoire et que parmi « ces nombreux que nous sommes », beaucoup ne lisent jamais de poésie. Je m’interrogeais alors sur notre besoin de poésie et sur l’absence de poésie dans nos vies. Il me semblait qu’à évoquer ainsi une transmission intime d’un poème (« d’être à être », « de corps à corps », « de père à fils ») nous lui redonnions tout son sens. Peut-être parce que nous renouons ainsi avec les origines orales du texte. Oui, ce qui m’a tant ému dans l’histoire d’Héctor Abad Faciolince est cette évidence  : quelque chose ne fonctionne pas dans le nombre, dans la démultiplication de nos adresses, dans l’accroissement des cercles auxquels l’on s’adresse. Car enfin, n’importe quel homme sensé, soit-il allergique à la moindre lecture et à qui vous lisez entre quatre yeux un seul poème exprimant quelque chose de notre condition de mortel, vous écoutera toujours l’œil humide. Parce qu’il sentira que vous lui offrez là une relation d’individu à individu de très haute valeur. Parce qu’un poème ressemble à notre silhouette égarée dans le paysage immense que nous laissons, un jour ou l’autre, parmi l’étrange oubli que nous serons. Il tente de dire l’écrasante complexité du monde qui légitime nos peurs, nos doutes, le mystère qui nous embue la vue quand nous en avons terminé avec la prétendue urgence quotidienne, la fatuité d’être riche ou aimé de tous. Oui, il serait juste de laisser à nos enfants un poème  : lui seul est à même d’incorporer dans sa langue l’émerveillement, la mélancolie, la ferveur, l’oubli, l’incompréhension, la musique poignante qui furent le plus haut et le plus essentiel de nos vies. Seuls les poèmes acceptent intimement la part d’ombre du monde. Les poèmes et une certaine spiritualité sans doute, qui n’a pas vraiment besoin de dieux. Roberto Juarroz écrit quelque part que le sacré est « l’amour non dit ». Cela figure dans un de ses nombreux recueils, tous intitulés Poésie verticale 3 et numérotés de un à douze ou treize, selon les traductions. Poésie verticale est un titre pour nous, qui sommes résolument debout. Alors, parce que je ne suis pas mort et que les poches de mon manteau sont trouées, parce que vous êtes bien vivants et que nous traversons ensemble la frontière d’une nouvelle année, voici un extrait de poème du poète argentin, pour nous accompagner  : Que le rêve se transforme en substance/la vieillesse en victoire/et ton absence portative en présence./Et semer à la volée l’identité des recoins/comme si on allumait la première lumière/avec le lumignon de la nuit. Il faut invertir les signes de la fête,/rompre la maille extravagante/du jeu qui nous enserre/et sauter vers un autre jeu plus ouvert. Il faut trouver plus de regard dans les yeux/ou hors des yeux/et découvrir enfin la fête promise. 1 — Traduit de l’espagnol (Colombie) par Albert Bensoussan, éditions Gallimard, collection Arcades 2 — Traduit de l’espagnol (Colombie) par Albert Bensoussan, éditions Gallimard, collection Folio 3 — Traduit de l’espagnol (Argentine) par Fernand Verhesen, éditions La Différence, collection Orphée 7



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