Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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54 la relation est devenue métonymique  : la ville se confond avec le festival, et on ne va pas « au festival (de cinéma) de Cannes », mais à Cannes, en mai. Ni « au festival (de théâtre) d’Avignon », mais « à Avignon », en juillet. Fonctionnement opaque, adresse à des professionnels, absence de projet de territoire. À la question « à quoi sert Premio Europa ? », la réponse pourrait être 1) à mettre en réseau les professionnels du champ théâtral à l’échelon mondial – tous les temps informels étant des moments d’échange, donc, de travail. 2) faciliter la diffusion des spectacles en proposant ses artistes labellisés. Le soir, j’assiste à Filth (Fange) du Teater NO99. Conçu par 2 metteurs en scène (1 homme et 1 femme), joué par 6 hommes et 3 femmes. Au-delà du spectacle, la démarche de la compagnie interpelle  : le Teater NO99 titre chacun de ses projets par un numéro, de 99 à 0, et se dissoudra une fois ce chiffre atteint. Cette démarche évoque le travail du peintre polonais Roman Opalka dont l’œuvre picturale a cheminé vers la disparition, chaque nouvelle toile comportant 1% de blanc supplémentaire. Cela procède de la même tentative de matérialisation du temps dans l’œuvre, et de l’inscription de chaque spectacle dans un parcours plus vaste. Mais au théâtre le combat est perdu d’avance, cet art étant par nature voué à disparaître. JEUDI 14 décembre Promenade avec le critique espagnol Juan Antonio Hormigon, qui m’emmène au Caffè Greco, café né vers 1760 et constituant l’un des plus anciens cafés d’Europe. Dans ce lieu qui n’a pas bougé depuis 1869, Hormigon évoque Rome, le baroque de cette ville, son architecture démonstrative, expression de la splendeur du pouvoir. Au moment de partir, le vieil homme me glisse « Quand tu reviendras ici, tu te souviendras que la première fois que tu y es venue, c’était avec moi. Tu te souviendras de moi. Et peut-être que toi aussi, quand tu seras âgée, tu amèneras quelqu’un ici ? » Je repense au Teater NO99  : tous nos actes ne visent-ils qu’à ce combat perdu d’avance contre la disparition, l’oubli ? Le soir, nous assistons à Richard II de Shakespeare monté par l’allemand Peter Stein. Texte d’1 homme, monté par 1 homme, joué par 13 hommes, 2 femmes. NB  : le roi Richard II étant joué par une femme, est-ce que ça compte double ? Puis, Untitled_I will be there when you die d’AlessandroSciarroni, exercice de style formel où 4 hommes jonglent avec des massues de façon répétitive. C’est tout. À la fin du spectacle, un comédien hongrois critique Richard II, porte aux nues Filth. Lorsque je tente de lui parler de Untitled... il évacue la question  : « It’s only circus » (« Ce n’est que du cirque »). De l’éternel rapport de classe entre les arts... VENDREDI 15 décembre Le soir, Hamlet-Machine d’Heiner Müller, par Bob Wilson. Texte d’1 homme, monté par 1 homme, avec 7 actrices, 8 acteurs. Sauf que cette parité est structurelle  : il s’agit d’un spectacle de sortie d’école (eh oui, la parité est présente dans les écoles). Le célèbre metteur en scène américain a été invité par une académie de théâtre romaine à recréer Hamlet-Machine, qu’il avait montée en 1986. Dans cette reprise se déploie l’esthétique de Wilson  : postures stylisées, comédiens aux visages poudrés de blanc, absence d’incarnation, répétition du texte, technique parfaite, lumières soignées. Mais cette esthétique maîtrisée est devenue un système qui tourne à vide, du maniérisme pur. À voir ces jeunes comédiens écrasés par le poids de l’œuvre – jouer du Müller/Wilson, ce n’est pas rien – je songe à cet usage consistant à inviter un metteur en scène reconnu à monter les spectacles de sortie d’école. C’est le cas en France, comme à Strasbourg (ainsi 1993 réunit les élèves du Groupe 43 du TNS dans une mise en scène de Julien Gosselin). Cette pratique est problématique, puisque le spectacle de sortie d’école devient un spectacle comme un autre, qui peut tourner et intégrer les programmations des théâtres (sans que soient précisées les conditions particulières de sa naissance). Or, le metteur en scène ne travaille pas avec son équipe de créateurs et de comédiens, il s’adapte à la commande que lui adresse l’institution (l’école). Et il est fréquent de voir les jeunes acteurs peiner à exister dans un tel projet. Dans ce cas, qui le spectacle sert-il  : les élèves au début de leur carrière ? Le metteur en scène ? Le prestige de l’école pouvant se targuer de faire travailler ses élèves avec X ou Y ? SAMEDI 16 décembre Deux spectacles ce jour. D’abord, The Virgin Suicides, adaptation du roman de Jeffrey Eugenides (et dont Sofia Coppola a tiré un film) par Susanne Kennedy, associée à la Volskbühne
de Berlin. Texte d’1 homme monté par 1 femme et porté par 5 hommes. Ces derniers jouent des figures féminines (sic) portant des masques de poupées, dans un dispositif saturé d’images, de flux, de couleurs criardes et de références à la culture pop. Sauf que le récit devient anecdotique, elliptique, et le spectacle n’offre que le lointain écho d’un drame qui aurait eu lieu. Puis, Roma Armee. Associée au Gorki Teater de Berlin, Yael Ronen (1 femme) a réuni des comédiens (5 femmes, 3 hommes) de plusieurs pays (Europe, Turquie, Israël), et pour certains d’origine roms. Roma Armee est conçu comme un show féministe, LGBT et queer, soit déjouant les identités hétéronormatives de genre. J’avoue  : j’aurais aimé aimer ce spectacle pour son sujet, sa distribution. Sauf qu’après un début enlevé, Roma Armee s’en tient à une succession de confidences. Si ces paroles sont importantes par le racisme qu’elles dénoncent, elles ne dépassent pas le témoignage et Ronen privilégie le consensuel, l’aimable, le rassurant, au détriment de séquences plus grinçantes. Au sortir, je songe à Jean Jourdheuil. Homme de théâtre français, Jourdheuil a été le premier à évoquer la festivalisation de la culture, et, dans le théâtre, la substitution d’une logique de la production et de la création, à une logique de diffusion et distribution – dont le festival est le paradigme. Dans la revue Frictions, il écrit « ce que l’on appelait naguère l’Europe de la culture, au début des années 80, n’est plus aujourd’hui que l’Europe des Festivals (...). Au fond, il en va de l’Europe des Festivals comme de l’euro. Elle a la fonction symbolique d’exprimer l’appartenance potentielle à l’Europe. L’euro lui aussi est une enveloppe vide douée d’un pouvoir calmant aussi longtemps que la monnaie européenne, par le biais des aides et subventions de la communauté européenne, est synonyme d’un minimum de confort. » DIMANCHE 17 décembre Soirée de clôture. Après les discours, les remises des prix, l’Ode à la joie, les deux Grands Prix de cette édition, Jeremy Irons et Isabelle Huppert (totale parité) lisent un extrait de la correspondance d’Albert Camus avec Maria Casares, puis interprètent Ashes to Ashes d’Harold Pinter. Bon, je passe sur l’attribution de prix à deux comédiens plus actifs au cinéma qu’au théâtre. Je ne relève pas ce choix stratégique, leur renommée étant un gage de visibilité médiatique pour Premio Europa. Car il y a du théâtre hors du théâtre, ce soir-là  : entre les deux lectures, Irons et Huppert se taclent. Irons, cabotin en diable, fait le clown et séduit le public avec son humour, tandis qu’Huppert, glaciale comme jamais, le rembarre froidement. Ambiance... Si je partage l’incompréhension générale à son égard – elle a vraiment été désagréable – je m’interroge  : ce qui lui est reproché, c’est de n’avoir pas joué le jeu que lui imposait cet homme (Irons ayant débuté son « sketch » seul en scène tandis qu’elle était encore en coulisses). Et puis, cet échange à couteaux tirés ne peut oblitérer l’essentiel  : au-delà du protocole de la cérémonie, il y a le théâtre. Or, Huppert s’est imposée par son interprétation précise, brillante, de Pinter. Comédienne impressionnante, elle excelle peut-être au final plus dans le travail que dans la vie – « Les gens comme toi, comme moi, tu le sais bien, on est fait pour être heureux dans le travail, dans notre travail de cinéma », dixit François Truffaut dans La Nuit américaine. Une sensation qui ressort aussi de son discours de remerciements, aussi chaotique que sincère  : « Si j’évoque mon passé, plein de noms surgissent et ma vie se met à rassembler à un kaléidoscope. Ma vie a été révélée et masquée par eux  : les metteurs en scène, les auteurs, les personnages. (...) Ce ne sont pas que des noms, mais des émotions, des lieux différents. (...) Notre pays, le leur et le mien, c’est le théâtre. » www.premio-europa.org 55



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