Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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42 Avez-vous déjà été satisfait de vos productions ? Je l’ai été précédemment. C’est différent cette fois. Était-ce plus difficile parce que vous n’aviez pas composé depuis longtemps ? Oui, il y a de ça. J’ai passé trop de temps à vouloir bien faire, à vouloir transformer les matériaux bruts en morceaux. J’ai écrit des programmes, des séquences… S’il fallait que l’on vous rassure  : cet album est définitivement ancré dans son temps ! C’est ce que je dis, je suis trop confortablement installé dans mon temps. Je veux m’éloigner de toute cette superficialité pop underground. Je ne sais pas si c’est l’âge mais les mécanismes du pouvoir, je les ai désamorcés. Il faut pouvoir se détacher de la machinerie ambiante. La musique est science, mais quelle est la part que vous accordez à l’intuition ? C’est une grande question pour moi. Dans le cadre de la construction d’une œuvre, on se demande toujours ce qui vaut la peine d’être partagé. Quoi que ce soit, une sorte de vérité doit toujours affleurer. Que ce soit beau ou monstrueux, il faut que ça vienne de soi. Tout ça se construit sur une suspicion  : quelque chose se passe. C’est ce qui fait de la musique un art étrange, dans un sens plus large. Avec les mathématiques, quand la preuve a été donnée c’est ouvert à tous ceux qui en acceptent les axiomes, il y a moins de place pour la subjectivité. La musique, c’est autre chose. Vous voir sur scène est une sacrée expérience  : la façon dont vous bougez, dont vous criez, dont vous vous frappez… Est-ce de la catharsis ? Oh non, pas du tout… Cathartique, ce serait une sorte de libération, quelque chose de l’ordre de la masturbation… Ce que je fais, c’est un peu la même chose que pendant un enregistrement où, en dehors de toutes considérations financières, j’essaye de mobiliser toutes les possibilités sonores. Sur scène, si j’étais suffisamment créatif, je pourrais faire avec ce que j’ai, mais chaque salle a son propre matériel. J’aimerais aller plus vers ça, je trouve que c’est un aspect totalement négligé dans la pop d’aujourd’hui  : on ajoute, on additionne. Au-delà du simple matériel, il y a la question de la performance, de la présence de la voix, je n’ai malheureusement aucune prescription ou recette. J’aimerais aller plus vers le corps, vers quelque chose de frénétique, d’hystérique… Je mobilise cette énergie plus particulièrement vers la voix mais je fais confiance aux ressentis que j’ai sur le moment, sur la manière dont je peux faire que les choses arrivent. Je ne sais pas si je peux en parler de manière juste. C’est quelque chose d’immédiat, de l’intuition, de l’authenticité, il s’agit d’être vrai à ce moment-là, ou d’exprimer sa propre vérité. C’est le seul langage que j’ai à ce moment-là et que je suis capable de formuler sur scène. Vous attendez-vous à des réactions particulières venant du public ? Les réactions du public ont changé au fil des années. Au début, je sentais beaucoup d’hostilité, j’étais préparé à ça. Aujourd’hui, c’est plus ardu pour moi de négocier avec une foule pleine de gratitude. C’est bizarre. J’ai noté des petites choses  : par exemple, les spectateurs ont des iPhone et ils le regardent parfois, j’ai pensé à la théologie scholastique, à Saint Thomas d’Aquin  : le diable semble contenu dans ce que j’apparente à la lumière incréée [l’instant avant que la lumière ne soit,ndlr]. Ils regardent leurs téléphones
et ils sont illuminés par cette étrange lumière, obscurcie par les images et les textos qu’ils envoient ou reçoivent. Ça a été pour moi une révélation de penser à ce concept de lumière incréée par la Silicon Valley, la bête super-intelligente qui est plus intelligente que vous, que moi, que nous tous réunis... C’est le discours qu’ils formulent ! Le monstre le plus horrible ce serait quoi ? Les groupes punk ? Pour la pure et simple raison qu’ils pensent différemment ? Quel est le but ? Tout le monde s’est suffisamment amusé, je crois. Il y a assez de pornographie, d’intoxications par l’image… Maintenant, il est temps d’accomplir, de participer à autre chose que ce statu quo dans lequel nous vivons. Diriez-vous que vous êtes quelqu’un de spirituel ? Les gens associent le mot spirituel à un ectoplasme immatériel ou quelque chose de cet ordre-là, mais je tends à penser que le langage et la culture sont spirituels, le côté « être avec » de l’être humain, pas dans un sens transcendantal mais plutôt intersubjectif. C’est comme ça que je comprends « spiritus ». Il y a de l’esprit partout et toutes sortes d’esprits. Si la question est à propos de l’Esprit Saint, j’aime tout ce qui a trait à l’évidé, au trou béant. Un esprit où « l’être avec » se rassemble autour d’un trou [en anglais, jeu de mots autour de « all » et « hole », ndlr], de rien, d’un abysse, un vide qui serait opposé à une présence totale d’une quelconque idole. L’Esprit saint, pour moi, c’est un trou, ce n’est rien, circulez, il n’y a rien à voir. L’esprit du rien, le mot, le signifiant est humilié par le spectacle ambiant… Je crois que le photographe est en bas… C’est tout ? J’ai l’impression d’avoir raconté tout et n’importe quoi, je ne suis pas assez précis… Je suis fatigué, désolé les gars… Non c’est parfait ! Et puis, on nous a accordé 20 min d’entretien… Oh non, je déteste ça… Continuons ! [Prise de court] Euh… À vous écoutez, je ne sais pas… cette vision chaotique me paraît bien pessimiste. Qu’est-ce que tu veux dire ? Allons-y, creusons ! Cette vision du néant, de l’amusement qui s’arrête, je me trompe peut-être… Je ne crois pas être pessimiste, je crois être quelqu’un qui croit, fort même. I’m the Believer [référence à une chanson parue sur l’album We Must Become the Pitiless Censors of Ourselves,ndlr]. C’est justement là où je laisse la critique dialectique derrière moi, là où je suis le plus anti-négatif, justement. Je crois en l’affirmation, je crois en le fait qu’il faille affirmer le saint-Autre. Je crois en la Vérité, je crois en l’Amour, mais je crois aussi, souvent, que l’innocence est humiliée. Le mieux est de répudier tout ça de manière affirmative, une glorieuse répudiation précisément du pessimisme. Je serais plus confortable si on me disait que j’étais cynique… au sens philosophique… mais en même temps, je ne le suis pas ! Je suis peutêtre léthargique ce soir, ces dernières années je suis plus lourd et sobre, peut-être à cause du doctorat ? [John Maus a passé son doctorat en philosophie politique à l’Université de Hawai,ndlr]. Dans le monde dans lequel on vit, ça devient compliqué de départager l’étrange de l’étrange. Il s’agirait de trouver une autre lumière ? Plus de lumière. Qu’est-ce qui est plus affirmatif ? Je pense que le pessimisme est futile, ce n’est pas créatif. Le ressentiment, la mauvaise conscience, ce sont précisément les choses dont je me ris. J’ai récemment vécu une rupture, vous auriez des conseils ? J’ai aussi vécu cela, et un ami m’a dit un jour  : « Du temps, donne-toi du temps. » Ouais, super. Je sais que j’irai bien, je ne sais pas, peut-être dans trois ans. J’en ai rien à foutre de penser à l’après, au futur, à dans trois ans… Comment est-ce que je vais m’en sortir dans l’heure qui vient ? C’est ce que je veux savoir. C’était horrible, je le jure devant Dieu, je voulais mourir, me tuer, alors que j’avais la sensation de déjà être mort… On peut aussi regarder cela d’un point de vue psychanalytique  : j’aime cette idée que le traumatisme d’une rupture provient du fait que nous sommes arrivés au bout d’un genre de chaos où on est devenu le signifiant flottant du signifié. Tout le chaos est ancré sur cet ordre imaginaire, et quand cela est brisé, vous entrez dans une nouvelle sorte de chaos. Je ne sais pas si vous avez déjà été sous drogue et avez eu une mauvaise expérience. C’est le même genre d’angoisse et d’horreur  : tu ne peux pas dormir, tu ne peux pas t’en sortir. Mais en analysant froidement les choses, tout cela est une rencontre avec le réel, à proprement parler. Ce qui a fonctionné pour moi c’est la conscience constante des autres, mais pas « de l’autre », qu’il ou elle aille se faire foutre. Quand j’ai vécu ce passage, j’étais à Los Angeles et entouré de junkies ; des amis, qui avaient besoin de leurs doses tous les jours. Ils squattaient chez moi alors que j’étais déjà tourmenté  : cette infortune qui me poursuivait… Mais leur offrir le gîte, les déposer en voiture, c’était ma façon de m’en sortir. Mais je ne vais pas te dire de la merde  : c’est une horreur, c’est la chair de la chair, c’est une foutue mort. Au moins, nous ne sommes pas comateux, nous ressentons les choses. C’est marrant que vous mentionniez Ariel [Pink, évoqué avant de débuter l’entretien,ndlr], parce qu’il a aussi traversé cela et il me disait  : « Les amis sont vraiment des trous du cul  : tu les appelles, ils sont soi-disant prêts à t’écouter, tu te mets à parler et là tu sens qu’ils perdent patience… Ils ne veulent plus en entendre parler ! » Mais, ce n’est pas vrai. Je crois que n’importe quel ami qui a vécu ce genre de passade aura toute la patience du monde, parce que dans notre monde occidental bien à l’abri, il n’y a pas de pire trauma que celui-là. 43



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