Novo n°48 fév/mar 2018
Novo n°48 fév/mar 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°48 de fév/mar 2018

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Médiapop

  • Format : (200 x 260) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : le théatre regarde le monde à Strasbourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Robert Bober 02.11 Cinéma Star St Exupéry Strasbourg Par Emmanuel Abela Photo  : Christophe Urbain Avec Vienne avant la Nuit, nous nous situons dans la continuité de ce film réalisé il y a quarante ans de cela avec Georges Perec, Ellis Island. Vous empruntez le chemin du retour de votre arrière-grand-père, refoulé à Ellis Island… Quand j’ai fait Ellis Island avec Perec, j’étais loin de me douter que j’en ferai une suite. Avant même de faire Ellis Island, j’avais tourné un film en Pologne sur mon grand-père paternel cette fois-là, c’est même ce qui a suscité chez Perec l’envie qu’on tourne un film ensemble. On procède comme cela par rebondissements, par recoupements d’un film à l’autre, l’on passe sa vie à essayer de comprendre non seulement les moments de notre enfance mais aussi ceux qui les ont précédés et qui nous ont nourris, et c’est ensemble, de manière additionnée qu’on obtient quelque chose qu’on pourrait appeler  : ma vérité. Perec, à l’époque d’Ellis Island distinguait vos deux démarches respectives, il disait qu’il ne « savait pas précisément ce que c’était que d’être juif » … En fait, il savait, mais il ne savait pas exactement ce que ça lui faisait puisque rien ne lui avait été transmis. Il était juif par absence. 38 Alors que pour vous la transmission s’est faite… Oui, mais pas une transmission naturelle. Après avoir quitté la Pologne, mes parents se sont rendus à Berlin – ce qui n’était pas la meilleure idée –, puis dès 1933 en France. Ils m’ont parlé avec l’accent yiddish ou l’accent allemand. J’ai grandi avec trois langues. Un historien a dit un jour  : « On ne sait pas de quoi hier sera fait » [l’historien anglais Eric Howbsbawn à propos d’une expression en Union Soviétique,ndlr]. En faisant des films, nous retrouvons un peu de ce qui a été et ce qui nous a constitués. Dans le film, l’hommage est double  : il s’agit d’évoquer la mémoire de cet arrière-grand-père, Wolf Leib Frankel mais aussi celle de tous ces auteurs, Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler et Joseph Kafka… Il s’avère que ce sont des auteurs dans lesquels j’entrais tout naturellement, sans me demander pourquoi. C’est peut-être ce qui m’a été transmis à l’insu de mon arrière-grand-père, un juif pieux qui n’était pas un lecteur de La Ronde, qui m’a permis d’entrer dans cette littérature. Ça n’est pas un hasard si j’aime tant les films d’Ophuls qui a adapté et Zweig et Schnitzler. À la toute fin, on croit comprendre le but ultime de votre démarche  : donner une sépulture à ceux qui n’en ont pas eue, les membres de votre famille bien sûr, mais aussi tous les autres. Le cinéma permet-il cela ? Oui, le cinéma permet cela  : un film peut être une sépulture. Ça n’est ni dans le livre ni dans le film, mais mes deux fils sont venus se faire photographier avec moi devant la tombe de mon arrière-grand-père. C’était comme si on lui avait dit  : on est là, on continue.
Sara Forestier 06.01 Cinéma Star St Exupéry Strasbourg Par Emmanuel Abela Photo  : Christophe Urbain Elle, on l’aime d’un amour secret depuis son apparition en 2003 dans L’Esquive d’Abdellatif Kechiche, un peu à la manière d’Abdelkrim, dit Krimo, qui n’osait lui déclarer sa flamme. Ça n’était pas faute de guetter Sara Forestier, mais les petits soucis liés à une arrivée tardive à Strasbourg nous empêchent finalement de la rencontrer. Priorité à la photo, et rendez-vous téléphonique le lendemain. Autant l’avouer, il y a de la friture sur la ligne, quelques coupures – la faute à un échange mains libres peut-être –, mais on retrouve la môme géniale, si impulsive de notre coup de foudre initial. Le récit de son premier long métrage,M, elle le tire d’une relation qu’elle a elle-même vécue avec un garçon qui ne savait ni lire ni écrire, sans qu’elle ne le sache. Fondamentalement, il était question pour elle de relater UNE histoire d’amour. « Il nous arrive énormément de choses dans la vie, nous explique-t-elle, j’aurais pu m’arrêter sur d’autres expériences vécues, mais ce qui m’a touchée dans cette histoire-là précisément c’est qu’on ne pourrait pas soupçonner que des personnes charismatiques puissent cacher de pareils complexes. On se rend compte dès lors qu’on a tous cela en commun, de chercher à dissimuler ces choses qu’on n’a pas réussi à lâcher dans une histoire d’amour. » Le film fonctionne souvent par fulgurances, des jaillissements d’amour, mais aussi de violence, notamment pour Mo – sublime Redhouane Harjane dans le rôle – dans son incapacité à admettre qu’on puisse l’aider, et même l’aimer. « En amour, il nous arrive souvent de nous empêcher nous-mêmes. On a peur, et surtout on ne met pas de mots sur cette peur-là. Comme la peur de l’abandon qui se manifeste dans la jalousie par exemple. » Ce qui surprend le plus dans le film c’est la pureté des tf‘deà sentiments qu’elle invoque en tant que réalisatrice, par les regards et les corps, d’où cette manière de filmer au plus près des sujets… « L’état amoureux est un état d’insécurité, on se sent plus vivant, comme si les sens étaient exacerbés et que notre rapport au temps avait changé. C’est une vraie expérience et j’avais envie de la traiter ainsi, avec toute la force et la puissance des bouleversements qu’elle provoque en nous. J’avais envie d’exprimer tout cela non pas de manière frontale, mais en creux, parce que c’est ainsi qu’on vit cette expérience-là. » Et effectivement, cette expérience on la vit pleinement, jusqu’au moment de souffrir quand la jeune femme qu’elle interprète essaie de parler, alors que le bégaiement l’inhibe totalement. Là, elle nous lâche un « je ne sais pas quoi dire » tellement en rapport avec le propos même du film qu’on en sort désarmé. On embraye malgré tout sur ce qu’elle montre de fondamental par ailleurs  : l’amour des parents dans la construction d’un être. Un manque d’amour, et tout s’effondre ? « Oui, absolument, on a tous besoin de rebattre les cartes qui nous ont été données au moment de l’enfance. C’est comme jouer une nouvelle partie de poker. L’amour est l’espace de cette redistribution des cartes  : un espace qui permet de laisser jaillir ce qui se situe en arrière-plan, dans l’inconscient. » 39



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