Nouvelle-vague n°151 mai 2009
Nouvelle-vague n°151 mai 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°151 de mai 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : La Plage

  • Format : (210 x 300) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : Ariane Moffatt.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Avant d’attaquer à parler de votre nouvel album, j’ai lu que vous aviez eu un « déclic » en écoutant du George Brassens. Est-ce ce qui vous a motivé à écrire ? Ah oui, en fait c’est un « déclic « à la réécriture. J’avais lu une interview sur George Brassens, artiste que je connais peu, et qui avait au début beaucoup de mal avec son mince succès. En raison de sa « figure «, qui à l’époque était loin de l’idéalisme, du fait qu’il transpirait beaucoup sur scène, qu’il avait des gros doigts et qu’il jouait plus de manière timide. Et donc qu’est-ce qu’il a fait pour surpasser tous ces problèmes ? Et bien il a revu tout son vocabulaire et a utilisé le langage populaire avec autant de puissance que s’il avait utilisé ses propres mots. C’est un travail du lexique, tout en gardant la profondeur et c’est ça qui m’a marqué. L’oxymore « arme de paix « titre de votre nouvel album, illustre-t-elle quelque chose de particulier pour vous ? Bien sûr oui. Il y a le sens par opposition de la définition des deux mots : l’arme et la paix. Enfin je veux dire qu’il y a un gouffre entre les deux mots, un gouffre qui est de la taille d’une apostrophe et je trouve que tout est là : le paradoxe, l’inverse, la cause et la conséquence, et puis ça porte à la réflexion, avec le mot d’après qui est très lié au premier, l’arme et à la paix. C’est une liaison entre les deux. C’est une philosophie. Vous dites que cet album est « naturellement hip hop, évidemment musical et impérativement positif ». Est-ce pour vous le signe d’une arrivée à maturité, ou plutôt un simple retour aux sources ? Pour moi c’est plus une étape que j’ai réalisée, où l’on se reconnaît, où l’on sait que c’est ça, que c’est la vérité. C’est la vérité parce que « naturellement hip hop » c’est une culture pour moi, un état d’esprit, et ce n’est pas quelque chose que j’ai besoin de prouver à chaque chanson, mais ce qui est sûr, c’est que ça fait bien partie de moi. « Musical », parce que le fait d’avoir joué avec des musiciens m’a permis d’arriver au bout de mes ambitions musicales. Car avoir joué avec beaucoup de groupes dans le passé, fait qu’on finit toujours avec des musiques qui font référence à. Et du coup avoir ces propres musiques, originales, qui ne ressemblent en rien de ce qui a déjà existé, c’est apporter du nouveau, et c’est pour moi l’ultime de la musique, c’est le maximum. Et puis « impérativement positif », parce que arriver aujourd’hui avec un discours pacifiste à mon niveau, Oxmo Puccino À l’occasion de la sortie de son cinquième album L’arme de paix, Oxmo Puccino nous livre entre deux dates, sa vision de la musique et du hip hop. À la fois sombre dans ses propos et lumineux dans ses paroles, Oxmo nous convie à la réflexion, entre poésie et philosophie. après les quatre disques que j’ai sortis, ça peu ressembler un exploit. Car je suis parti de quelque chose de très sombre, et les choses ne se sont pas améliorées. Du coup, j’ai l’espoir quand même, avec cette positivité, pour continuer à avancer. « Impérativement positif », car si on n’y met pas du sien, on va tous y passer, mais pas de la bonne façon. Dans ce dernier album, vous faites de nombreux featuring avec des artistes français comme Sly Johnson ou encore Olivia Ruiz. Quelles ont été les motivations de ces choix ? Il y a beaucoup d’artistes qui ont un quelque chose que j’aime, mais que je n’ai pas pu inviter sur cet album. En fait, à mon niveau, je ne réfléchissais qu’en termes d’aboutissement de l’album, et donc dès qu’il manquait quelque chose — que la plupart du temps, je ne pouvais pas apporter — ce n’était pas un caprice, mais je cherchais l’élément nécessaire à la finition de mon disque. La participation n’était pas l’artiste de trop, mais ce qui me permettait d’avancer. Ça s’est fait de manière réfléchie ; c’est tel artiste qui manque dans ce morceau et qui fait toute la différence. Comment avez-vous travaillé sur cet album ? Vous avez d’abord travaillé sur les paroles ou sur la musique ? J’ai commencé par quelques musiques pour entamer l’écriture, mais après je me suis penché sur l’écriture pure, parce qu’il fallait beaucoup de réflexion pour coucher les propos, et arrivé là où je voulais. Parce que quelquefois, on part dans la direction d’une problématique et l’on récupère des mots sur son chemin, on s’écarte de son sujet. Et moi quelque chose qui m’a traumatisé à l’école, c’est quand on part dans une rédaction et qu’on voit HS marqué en rouge. C’est quelque chose qui me fait beaucoup hésiter quand j’écris, et encore plus sur cet album où je ne me suis autorisé aucun laisser-aller. Après vos collaborations aux côtés des Jazzbastards, sur vos deux derniers albums, est-ce qu’un autre projet avec eux ou avec un autre groupe serait de nouveau possible ? Ce n’est pas prévu, car je n’aime pas refaire les mêmes choses. Pour moi ce qui peut arriver de pire à un artiste, c’est de se recopier. Contrairement à certains rappeurs français qui utilisent des textes plus crus, moins réfléchis, et plus vulgaires pour faire passer un message, vous vous exprimez de manière plus poétique, avec des enchaînements métaphoriques parsemés de phrases chocs. Pourquoi un tel choix de style d’écriture pour faire passer un message souvent identique ? C’est l’évolution, la recherche d’originalité, et surtout le plaisir d’être écouté. Car on peut dire quelque chose en criant, mais ça aura beaucoup moins d’effet que si on utilise le sens de la communication et le désir de vouloir toucher l’autre. Bien sûr l’aspect poétique est recherché, il est voulu, car je parle au public comme j’aimerais qu’on me parle. Et en ce qui concerne les thèmes de vos chansons, c’est vous qui les choisissez ? Vous vous inspirez de l’actualité ? Oui bien sûr, c’est moi qui les choisis, mais après ce n’est pas tant sur l’actualité, je vais prendre appuis sur la réalité, mais toujours pour mieux rebondir dessus. C'est-à-dire par exemple : c’est la crise ; je ne vais pas dire que tu es pauvre, mais que d’une certaine manière on peut arriver à ce que l’on espère avec de la patience et de l’espoir (c’est un exemple, et ce n’est pas mon discours). Je vais faire allusion à quelque chose de sombre, mais toujours en essayant d’y apporter autre chose. Car pour moi la philosophie et la poésie sont une des plus belles façons de voir et de comprendre les choses. La tendance actuelle du rap français se tourne de plus en plus à un rap poétique, soprano, ou même Akhenaton se détournent un peu de cette image clichée de rappeur vandale avec les chaînes en or qui brillent. Ce revirement de style pourrait-il avoir une influence positive sur le hip hop français ? Forcément, car le style musical est en constante évolution. Cela dit, même ceux qui ont des chaînes en or et qui cassent tout sont nécessaires pour faire la différence. Et moi, ça me rappelle une phrase de James Baldwin qui disait : « on dit toujours d’une personne qu’elle exagère quand elle veut faire entendre la vérité à une personne qui ne veut pas l’écouter ». Ça veut tout dire, donc soit on est exubérant, soit on est fou, mais dans tous les cas, aujourd’hui, les artistes les plus contemporains sont les artistes hip hop. ✍ Ugo Vignal Nouvel album « L’arme de paix » (Cinq7/Wagram) En concert le 13/05 au Rockstore – Montpellier (34), le 14/05 à L’Espace Julien – Marseille (13), le 15/05 au Théâtre Lino Venture – Nice (06) et le 16/05 à Chateauvallon – Ollioules (83).
Un musicien déboussolé par l’esprit quasi irrationnel du monde de la nuit. Des carnets de voyages emplis de pensées si intimes. Quelques mois de solitude, loin, bien loin de l’agitation… Abandonnant ses vieux démons, Yuri Buenaventura ouvre son coeur et son esprit pour Cita con la luz, son cinquième album, enregistré entre La Havane et Bogota. Ici, la salsa rencontre et se mêle au jazz, au hiphop ou au folk. Le style est donc toujours à la fête, endiablé par les rythmes cubains ! Et pourtant… c’est un homme sage que nous découvrons à présent. On dit de cet album qu’il est celui de la sérénité. Qu’en pensez-vous ? On écrit des choses à ce propos. Mais, je pense que la sérénité est un état très profond de l’être humain. Suis-je arrivé à cela ? Je ne le crois pas. Par contre, cet album m’a aidé à comprendre que nous avons des lumières à l’intérieur de nous, de belles choses qui pourtant étincellent parfois par intermittence, suivant que nous voulions les voir ou non. Peu importe. C’est là. Et ces lumières, nous devons les joindre bout à bout. C’est cela que nous devons suivre, que nous ne devons pas manquer, nos rendez-vous avec la lumière car ils fixent notre chemin. C’est ce que vous voulez partager avec votre public ? Oui. Et je crois que les musiciens ont une capacité pour le faire. Quand on entend un solo de sax, de piano, ou de n’importe quel instrument, on écoute la vie de quelqu’un grâce aux sons. Les mélodies résonnent au plus profond de l’âme et racontent celui qui exécute. Cela ne se vit que dans l’instant, bien sûr, car un solo est unique par définition. Mais c’est pour cela que je vois les musiciens comme des sources de communication inépuisables. J’essaie dans ma musique d’établir une communication de l’ordre de l’intime avec les auditeurs, un partage de lumière. Il y a de nombreux duos dans cet album. Comment avezvous choisi de doser ce mélange de style ? Le choix dans les duos s’est fait au gré des rencontres. Je connais Olivia Ruiz depuis quelques années déjà. Nous sommes dans la même maison de disque. Je l’ai donc beaucoup rencontré dans les couloirs, j’ai entendu ses maquettes, etc. C’est une fille que j’admire par sa force, sa ténacité, par sa voix un peu brute. J’aime beaucoup sa voix ! Morley vient des Etats-Unis. Nous avons fait une ballade jazzy. « Nous marchons avec des douleurs créées par nousmêmes, des rêves perdus, des basses passions ». C’est un texte fort sur une musique douce que Morley arrive à transmettre d’une manière fantastique. La voix de Berry, si douce également, m’a toujours fait penser aux voies féminines de la bossa-nova, d’où le tempo de Si tu estas aqui. Baloji lui est rappeur belgo-congolais. No pasa nada est un titre un peu hip-hop latino avec une forte touche de francophonie. Baloji est quelqu’un que j’admire beaucoup dans son travail, ses textes sont sérieux. C’est un congolais qui ne perd pas de vue l’avenir de l’Afrique. C’est en fonction des personnalités de chacun que la musique se créée, tout simplement comme dans un dialogue. J’ai choisi d’utiliser de nombreux instruments et voix différents pour créer une richesse sonore. Et parce que la simplicité semble plus efficace pour transmettre les émotions, les arrangements sont simples. No pasa nada... une chanson engagée ? Au départ, c’est une chanson qui parlait de mon pays, la Colombie. C’est une chanson qui disait : « no pasa nada » (il ne se Yuri Buenaventura passe rien). La société voit qu’il se passe plein de choses mais pourtant non... il ne se passe rien. On voit les enfants travailler, des mendiants, des morts dans les rues… Mais, l’on nous dit que tout va bien ! Pour les gens qui détiennent les médias, tout va bien ! La réalité est pourtant autre. En discutant avec Baloji, nous nous sommes rendus compte que c’est la même chose partout, que ce soit au Congo, en Belgique ou en France. Une insensibilité réside. On doit en prendre conscience. On ne peut pas se dire « no pasa nada », il se passe des choses, et il faut les assumer au plus vite. ✍ Caroline Dubreuil Nouvel album « Cita con la luz » (Mercury/Universal). En concert le 23/05 au Festiv’Aluna – Rioms (07), le 06/06 au Festival de L’Estaque - Marseille (13), le 17/07 au Festival Nuits du Sud - Vence (06) et le 22/07 à Manosque (04).



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