Nouvelle-vague n°145 novembre 2008
Nouvelle-vague n°145 novembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°145 de novembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : La Plage

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,9 Mo

  • Dans ce numéro : Kéziah Jones.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 20 - 21  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
20 21
2O nouvelle vague #145novembre 2OO8 chroniques : cd : Le disque du mois FEMI KUTI Day by day (LabelMaison/PIAS) Femi K uti est la voix d'une Afrique unie luttant et dénonçant la corruption, la dictature et la violence d'états policiers réduisant les peuples à une misère inconcevable, à l'instar du Nigéria, sa patrie. Comme son père Fela, il porte haut le flambeau de l'afrobeat qu'il a métissé, au gré de ses influences, de jazz, de juju (musique Yoruba moderne née au Nigéria), de high-Life (musique afro-européenne née au G hana), de funk, puis agrémenté de sonorités hip-hop et électroniques. Son nouvel opus Day by day est le cinquième album du « Prince de l'Afrobeat «, il nous offre 1 2 titres d'une énergie débordante avec un rythme afro aux pulsions hypnotiques et des textes engagés dans lesquels il témoigne et rend compte de la situation en Afrique. Il interroge aussi le monde et nous demande « comment le continent le plus riche peut-il accueillir une population si pauvre ? » et déclare dans le morceau Day by day que « J our après jour, nuit après nuit, nous travaillons et nous prions pour le règne de la paix ». Aux côtés de son groupe Positive Force et de toute une pléiade d'artistes comme K eziah J ones, Camille, J ulia Starr (songwriter australienne), Sébastien Martel ou encore son fils Madé, Femi a déposé son saxophone et s'est armé d'une trompette ; Day by day s'inscrit comme un disque d'ouverture, vers nous, le monde et tous ceux qui veulent entrer en lutte pacifique contre l'oppression et le chaos. L'influence de Fela K uti, père de l'Afrobeat, est énorme et son rayonnement a largement dépassé les frontières de l'Afrique (exemple The Souljazz Orchestra au Canada), son fils poursuit et fait évoluer son œuvre en transmettant sa vision d'un monde meilleur. Un disque indispensable ! ✍ Nicolas Hillali ★★★★ ALAIN BASHUNG Bleu pétrole (Barclay) Depuis L'Imprudence et avec Le cantique des cantiques, on pensait Alain Bashung parti sur les routes de l'intellectualisation à outrance de sa part artistique. Notre R adiohead à nous n'ira pas jusqu'à dégoû ter les inconditionnels de sa musique pour faire « style «. Vieux rocker revenu de tout, du hit en radio jusqu'à l'album furieux, il avait tout vu, tout connu, et pourtant à 6 0 ans, il redécouvre le plaisir de chanter et en profite pour fédérer autour de sa stature de commandeur un (grand) public. Il s'en est donc fallu de peu que l'on écoute Bashung avec des explications de textes, heureusement pour nous, sa tournée des G rands Espaces a chamboulé ses croyances. C'est avec une envie certaine de faire un disque direct qu'il a entrepris ce Bleu pétrole. 6 ans de tâ tonnements, de collaborations diverses pour retrouver l'essence même de la pop musique. Bashung reprend goû t à la joie du chant et cela s'entend. Entre country, pop et folk, ce nouvel opus touche au divin tel son ancien joyau Osez J oséphine. Dans la même idée qu'un J ohnny Cash trouvant son R ick R ubin, Bashung va chercher G aë tan R oussel, l'homme de Louise Attaque. Sur un fantasme de country urbaine, Alain Bashung s'équipe pour un grand voyage vers une oasis qui aurait pu se terminer dans une mer de sable aride. Avec ses vieux complices, dont Marc R ibot qui varie ses guitares en fonction des thèmes abordés, en compagnie de jeunes pousses comme Arman Méliès ou J oseph D'Anvers, le cow-boy parisien pose un regard sur l'époque que nous vivons via Résidents de la R épublique, Le secret des banquises, Hier à Sousse. D'une intelligence rare, Bashung ne vole personne, mais s'approprie le travail des autres pour le magnifier à sa sauce. Rien ne colle au fond de la casserole. Pour parachever l'ouvrage, le chanteur demande à G érard Manset de mettre son grain de génie et sa plume sur ce disque. La reprise de Suzanne, ou Il voyage en solitaire, comme autant de preuves que Bashung, même dans les bottes d'un autre, est d'une pointure au-dessus de tous les autres. ✍ Pierre Derensy ★★★★ LAXULA (A.M.A) In X-ile (Via Lactea/Mosaic Music) Une rencontre fortuite à Londres puis une aventure en Espagne et voici que le projet de la chanteuse et compositrice Monté Palafox prend forme. Modelé dans un amas de glaise et de cendres mêlées à du sang, c'est un objet étrange et séduisant que nous livre ici LaX ula (A.M.A). Intitulé In X -ile, ce monstre, cet hybride né de la rencontre d'influences telles que la copla, le boléro, le tango, les musiques klezmer, gothic et balkan gipsy, est déconcertant et enivrant à la fois. Rien n'est figé, In X -ile grouille de murmures et de vibrations organiques ; sonorités psychédéliques, serpents et flammes s'entrelacent dans un concert dédié à la femme, à la mère, au « sexe cyclopéen «. La boulette, hymne électronique, hip-hop et flamenco façon Ojos de Brujo, ouvre ce bal des vampires puis s'en suit un majestueux tango gipsy Soberbia, que l'anglais Charlie G illett de la radio BBC a compilé dans son The sound of the world. LaX ula aurait eu sa place dans la B.O. d'Une nuit en enfer de Quentin Tarantino. En effet, folie quasi-burlesque et sensualité malsaine se côtoient lors d'un voyage surréaliste menant tout droit en enfer. Le van de cette fine équipe fait la route à la scoobigang dans un trip néo-gipsy où joie et ivresse se confondent avec désespoir et douleur, où la souffrance de l'exil embrasse le plaisir du voyage et de la découverte de l'autre, des autres. ✍ Nicolas Hillali ★★★ THE DATSUNS Head stunts (Cooking Vinyl/PIAS) Les groupes émergeant des antipodes de la France ne sont pas légion, et rares sont ceux qui ont réussi à laisser une trace indélébile dans nos esprits. Les Datsuns, originaires de Nouvelle-Z élande, pays plus connu pour les kiwis et le rugby que pour le rock'n roll, s'évertuent depuis une poignée d'albums à changer les choses. Il faut avouer que ces jeunes gens manient les guitares avec brio et n'ont rien à envier à leurs cousins anglosaxons. Oeuvrant toujours dans une veine garage rock 7 0s, aux confins du MC5, de Led Z eppelin et des Sonics, ce 4 ème LP se démarque tout de même un peu de ses prédécesseurs par une tonalité légèrement plus pop (légèrement, on a dit). Peut-être est-ce dû, à l'arrivée d'un nouveau batteur au jeu plus souple au sein de la famille Datsuns ? En tout cas, la formule fait toujours mouche, et ce Head stunts (subtil anagramme de The Datsuns) possède une véritable énergie ravageuse, comme en témoignent les titres Human error ou Yeah yeah just another mistake, capables de faire « headbanger « le plus sceptique d'entre nous ! Avec ce nouvel opus les Datsuns vont sans doute réussir à imposer la Nouvelle-Z élande sur la carte du rock. ✍ Christophe Guilbert ★★★ CARAVAN PALACE Jolie coquine (Café de la Danse/Wagram) Tout droit venu d'un film muet voici venir la joyeuse troupe de Caravan Palace, à l'origine composée de trois larrons qui ont une passion pour le swing jazz, et qui par la suite vont s'entourer d'autres instruments et aussi d'un « scatteur «. Cet esprit caravane et troupe se ressent fortement Légende (exclamative) ★ ! ★ Bô ! ★★ Bö muf ! ! ★★★ Muuumm !!! ★★★★ Aaaahhh !!! ! ! car on arrive à entendre tous les instruments avec pas mal de clarté, ce qui renforce l'idée que chacun a un poids dans cet album. Ce qui s'entend le plus c'est bien évidemment cette grosse rythmique jazz manouche qui tourne autour des violons et guitares notamment, mais aussi et surtout cette touche électro présente au fil des pistes, et qui se marie d'une manière étonnante avec les autres instruments pour un ensemble unique. Que dire de cette caravane à part que cette atmosphère vieillotte a aussi une espèce d'authenticité qui n'est vraiment pas pour déplaire ; ce coté « vieux « fait plus ressentir de la jubilation que de la nostalgie. ✍ Adelhakim Abardi ★★★ HK119 Fast cheap and out of control (One Little Indian/PIAS) Avec une pochette aussi racoleuse voire vulgaire, on pouvait s'attendre au pire et hélas on avait raison ! La pochette : une blonde aux (beaux) seins moulés dans un tee-shirt rose, la musique : un mélange (insipide) de Blondie et Suzy Quatro qui aurait découvert l'électro au X X I ème siècle ! L'ensemble n'est pas complètement déplaisant, il y a même des compos qui tiennent la route mais noyées dans un imbroglio de sons, d'effets sans intérêt. Mais qui aurait vraiment envie d'entendre ça plusieurs fois ? Peut-être en boîte quand on n'écoute pas vraiment ? La jeune finnoise Heidi K ilpelmainen, responsable de cette œuvre, devrait bien revoir sa copie si elle veut revendiquer des influences telles que Bowie et K raftwerk. Bjö rk l’a paraît-il qualifiée de « the perfect blonde woman », pas sû r que cela fut un compliment ! ✍ Jacques Lerognon ★ JOHN MELLENCAMP Live death love and freedom (Hear Music/Universal) J ohn Mellencamp est un peu le Bruce Springsteen de l'Indiana, en mieux diront certains (j'en fais partie). Tout comme son compère du New J ersey, il a une veine rageuse du rock à grosses guitares et une veine apaisée, country-folk. Tous deux aiment tout autant les textes bien ciselés. Cet opus, 1 4 compos, fait la part belle aux ballades mélodieuses et aux rocks midtempo. De superbes arrangements, un orgue qui plane de temps en temps au fond, de belles guitares acoustiques, électriques dont celle délicate de T Bone Burnett et même un mélodica. Mais c'est la voix légèrement rocailleuse qui nous raconte des histoires de la vie là-bas qui fait le plus cet album. 57 ans et toujours la même envie, la même sincérité. Le type même du songwriter intègre que l'on aime aimer. ✍ Jacques Lerognon ★★★★ GECKO PALACE Tout va si bien (New Track Music/Anticraft) G ecko Palace se caractérise pas son ambiance et son atmosphère très folk et rock, non seulement par les instruments, mais aussi par les textes empreints de tranches de vie, et surtout par la voix du chanteur. La musique entraînante engendrée par ces instruments sent le road movie avec toute la poussière qui va avec, et plus encore avec les riffs de guitare qui accompagnent cet univers ; ils n'en mettent ni trop ni pas assez, c'est une sorte de limite imaginaire qui fait qu'il y a ce qu'il faut. Le morceau qui marque par l'union des instruments et des voix est 200 fois par jours. L'accord de la guitare manouche et du violon avec les voix du chanteur et un chœ ur féminin débouche sur un mélange où l'impression d'évasion est bien présente. Ce groupe va aller jusqu'à reprendre la chanson Il est libre max qui résume d'ailleurs assez bien l'univers de la formation, avec une ambiance folk/rock portée par cette voix envoû tante et intense. En fin de compte Tout va si bien dit ce qu'il y a à dire ; ça va même très bien. ✍ Abdelhakim Abardi ★★★★
KASSE MADY DIABATE Manden Djeli Kan (Universal Music J azz) Caste de griots mandingues appelés les Djelis, la dynastie Diabaté appartient depuis plus de 7 00 ans à cette famille gardienne des traditions maliennes. K assé Mady Diabaté est un de ces prophètes, son instrument est sa voix. Ayant reçu en hommage à son arrière grand-père le nom de « K assé Mady « — pleure Mohamed— il sait traduire à la perfection l'émotion et les pulsions d'un peuple par un chant libérateur qui allie la longue tradition classique mandingue à la musique populaire. En 35 ans, il n'a jamais cessé de toucher son auditoire et sans comprendre ni la langue, ni la culture, le profane se sent lui aussi submergé par d'étranges frissons car la musicalité de cet art est universelle. Dans ce dernier opus intitulé Manden Djeli K an, les larmes ne tardent pas à couler, les thèmes abordés par le griot se réfèrent en effet à l'homme et à sa condition d'être sensible et mortel. K assé Mady rend hommage, avertit et conseille, puis il évoque les seins des jeunes filles… histoire de confondre passé et présent dans un style pop arrangé avec des instruments traditionnels tels que le balafon, lengoni, le tama et autres percussions, sans oublier la cora avec les frères Diabaté : Toumani et Madou. Une citation remarquable de l'écrivain Amadou Ampaté Bah évoque l'importance de cette transmission orale des traditions, des contes et de l'histoire africaine : « En Afrique un vieillard qui meurt c'est une bibliothèque qui brû le » … A méditer… ✍ Nicolas Hillali ★★★★ ARNO Covers cocktail (Delabel) Il fallait bien s'attendre à ce que le filou d'Arno, plutôt que de travailler à un nouveau disque, fasse le tour du propriétaire de ce qu'il maîtrise depuis une bonne trentaine d'années : c'est-à-dire checker toutes les reprises qui parsèment pratiquement chacun de ses albums. Arno, un maître en la matière, qui, si l'envie lui en prenait, ferait une reprise de la Brabançonne ou de la Marseillaise sur un rythme totalement destroy pour en faire un cantique paï en à la diversité. Bien souvent, s'approprier l'œuvre d'un autre tourne à la catastrophe, avec le belge, vous avez plutôt l'impression que ces titres lui ont toujours appartenu. Il aime ça et cela s'entend. Son timbre de voix y joue pour beaucoup. J e suis sous de Nougaro a été inventé pour lui, idem pour Ils ont changé ma chanson qu'il partage avec Stephan Eicher. Et que dire de J ean Baltazaarr mix de Dutronc et de Bowie, qu'il chante avec Beverly J o Scott. 20 reprises bien à lui donc. Dans un mélange de moments tendres (là où l'artiste se transforme en ours en peluche) sur K nowing me, knowing you qu'on en oublie que ce titre original est l'œuvre d'Abba, jusqu'à I want to break free de guingois mais séduisant comme jamais. Puissant et puisant dans une réinterprétation totale les chansons les plus incongrues ou mythiques, Arno démontre qu'outre un interprète de talent, sa manière de mettre de la margarine sur des chansons variées qui vont de la variété pure et simple au rock pur et dur anglo-saxon, est une ripaille du diable. Voleur, crapule, le flamand tout comme son pays, est d'une ouverture d'esprit sans égal. En France, nous avons Pagny ou Bruel pour se faire laminer sur cette activité de recommencement, doisje rajouter des arguments pour vous faire naturaliser belge dans l'heure ? Même pour ceux qui auraient l'ensemble de sa discographie prolixe, ce disque est indispensable car mis bout à bout, ce cocktail se boit sans soif. ✍ Pierre Derensy ★★★★ ARIBO Rock de bois (lesindependants.com/Mosaic) Avec un nom pareil, on aurait pu penser à la douceur des fameux bonbons de la marque. Et, c'est bien le cas ! R ock de bois est un disque surprenant aux premiers abords entre acoustique, blues et folk. Le morceau Sunday sunshine, très mélodieux, ouvre l'album. Entre Brel et Brassens, les textes puisent leur source dans ces grands noms de la chanson française. Aribo ne se prend pas au sérieux et aime communiquer ses sentiments à l'auditeur. À noter une reprise du Petit cheval inédite et étonnante sur fond de guitare sèche et de xylophone. Leur univers, teinté de rythmes, de mélodies harmonieuses et de poésie nous transporte loin des tracas du quotidien. Au fur et à mesure de l'écoute, on se sent emporté par le ton léger des accords comme sur le titre Les marionnettes. Superstar, aux sonorités reggae, clôture ce R ock de bois, efficace et tonique. Un moment très agréable, à partager entre amis autour d'un bon apéro ! ✍ Justine Sirkis ★★★ MÉLISSA LAVEAUX Camphor & copper (No Format ! ) Il y a des voies plus difficiles que d'autres à emprunter, des destins parfois compliqués à entrevoir, des aptitudes qu'on peine à débusquer. Et puis il y a des « voix « presque toutes tracées à l'image de celle de Mélissa Laveaux ; une voix qui sonne comme l'évidence même tant le talent est criant. Mélissa devait chanter, c'était écrit. À la croisée de la soul, du folk et du blues, son univers minimaliste (guitare acoustique/basse, batterie et percussions discrètes) se veut subtilement arrangé. Chaque instrument trouve sa place, sans trop en faire, sans trop se mettre en retrait, laissant juste le bon espace à l'essentiel, à l'essence de ce miel, sucré et délectable, à cette voix profonde et suave. Le timbre chaud, doucement écorché, renforce le sens et la force aux mots, donne davantage de profondeur à des textes déclamés aussi bien en anglais, en créole qu'en français. On est conquis, subjugué par cette fraîcheur innée, bercé par un univers empli de légèreté qui déclenchera immanquablement quelques claquements de doigts et autres battements de pieds cadencés. Du haut de ses 23 ans, la jeune canadienne d'origine haï tienne signe un premier album à succès qui la propulse d'emblée et sans la moindre hésitation comme la révélation soul/folk du moment. ✍ Matthieu Bescond ★★★★ MALVILLE (F2M Planet) Non ! Le rock français n'est pas mort ! Après 7 ans d'existence, le groupe Malville revient sur le devant de la scène avec un EP de 6 titres du même nom. Six morceaux simples mais efficaces ! Des textes engagés comme sur le titre Levez la tête : « Ah quelle est belle cette France à venir ! Toutes les races, toutes les couleurs devaient s'unir ! » ou G arde haute : « J e brû lerais les ailes de tous ceux qui ont fait… un clonage annoncé ! ». Un disque qui se veut aussi intimiste, où les ambiances se mélangent à l'esprit rock. Laurent Poingt, le chanteur, pose sa voix suave sur des rythmiques rock et groove à la fois. Plus proche aujourd'hui de groupes comme No One is Innocent ou Mass Hysteria, Malville impose son style sans compromis. À noter l'excellent titre L'Unité, morceau très personnel, qui oscille entre constat d'un monde désolé et espoir d'un renouveau. Un album très soigné dans la réalisation, et un son très propre qui fait ressortir toute l'intensité mélodique. Malville s'est donc bonifié, sans rien perdre de sa hargne et de son énergie. ✍ Justine Sirkis ★★★★ SAEZ Varsovie-L'Alhambra-Paris (Cinq7/Wagram) Décidément, en ce moment, je suis dans le flou le plus total lorsque s'engage une conversation qui a un rapport à la musique, aux artistes qui sortent encore des disques. J e m'accroche souvent à des bribes de mots et je ne comprends pas le sens des phrases. Hier encore, mon ami me parlait de « 1 6 « et je me demandais bien qui était ce double 8 dont le dernier album n'était pas « gay «. Comme mon pote est homosexuel, je me suis mépris sur ce qualificatif en imaginant que les pédés étaient hermétiques aux mathématiques. J usqu'à ce que je pige, au bout de l'écoute de son triple album, qu'il me parlait de Saez et du chagrin qui suinte dans pratiquement tous les titres. Certes, Damien Saez ne sera jamais Bézu, il y aura toujours les pro et les anti, et j'imagine fort bien ce garçon se laisser le droit de détester même ceux qui l'aime, et apprécier ceux qui le déteste. Alors voilà, je suis partagé. Si j'écoute Paris, le côté écorché vif à hauteur de guitare sèche, la manière de poser des mots sur une mélodie froide, le single J eunesse lève-toi ou On a pas la thune, les orchestrations épurées : j'apprécie. J'aime les histoires d'amours sinueuses comme il les chante si justement ; exemple type « Toi tu dis que t'es bien sans moi » ou ses descriptions de l'être féminin via un piano qui file paresseusement. Par contre, si vous vous procurez le triple album Varsovie-L'Alhambra-Paris le voyage risque d'être long. 2 disques sur 3 qui sortent quasi en format maquette, c'est du cadeau, mais il est indispensable alors d'avoir la science de jeter ce qui est de trop. J e m'explique, j'ai l'impression d'avoir Brel ou Barbara sur quelques titres mais malheureusement aussi, les tics de Mylène Farmer sans le côté paillette. Sur le même principe que Tim Burton, on se demande, pour faire plaisir aux gothiques, ce qu'il serait prêt à inventer quitte à perdre une vraie personnalité. Pour les auditeurs un peu plus « pointus « parfois la folie d'Antonin Artaud résonne au fil de ces 29 chansons. Au final, cette impression de mutiler sciemment une carrière me plait fortement. À force de se planter des clous dans les poignets, je vais le protéger de toutes les vis. Mais ceci est une histoire de quincaillerie et je connais mon côté vieux punk qui crie « bravo « aux fous sans avenir. Désolé d'avoir parlé de choses et d'autres, d'avoir comparé l'artiste à d'autres, mais l'absence de livret dans le disque ne me permet pas de développer s'il y a des featurings ou des musiciens collaborateurs. Damien Saez « parole et musique « sur le CD me fait penser qu'il a tout réalisé lui-même, ce qui prouve une fois encore le talent du jeune homme. ✍ Pierre Derensy ★★ MOKSHA T.O.A. (Schizophrenia R ecords/Mosaic) Un trio atypique où se mélange les genres : humain (une fille, deux garçons) d'une part, et musicaux d'autre part. Leurs influences vont de Muse, comme sur le titre T.O.A aux riffs lancinants, alliant subtilement des chœurs à la Farinelli, ou à J eff Buckley sur le titre Algarade. La voix de J ean-Philippe n'est pas sans rappeler celle du chanteur de Luke sur les morceaux Les témoins et Dans ma nuit. On retrouve également les influences électro de Lina, la bassiste, sur G rande élégance. Une énergie débordante dans laquelle la guitare électrique est omniprésente. Les textes français sont écorchés, mélancoliques parfois, et réalistes, le tout avec beaucoup de poésie ! Une pointe de métal à la K orn vient agrémenter l'album avec le titre J eux de grands. Le dernier morceau Banlieue Nord finit le disque en apothéose, des rythmes électro… un piano classique, Lina posant les chœurs à la Evanescence, J ean-Philippe qui exploite sa voix au maximum tantôt violente, tantôt mélodieuse à la Vegastar. Moksha est un groupe inclassable, très prometteur, à suivre de très près ! ✍ Justine Sirkis ★★★★ FELIPECHA De fil en aiguille (At(h)ome/Wagram) Savoureux mélange pop, folk, posé sur une voix douce et féline, avec un soupçon de rock : voici les bases du duo de Felipecha. Lui, c'est Felipe et elle, c'est Charlotte. Ils se rencontrent en 2002 à la fac et depuis ne se quittent jamais très longtemps. Charlotte s'est exercée à la musique aux côtés de Wax Tailor et Felipe, c'est un globe-trotter qui réalise des documentaires artistico-politico ludiques. Un premier enregistrement est réalisé par Manuel Amstrong, également à la guitare, Felipe Monteiro à la contrebasse, la douceur angélique suave de Charlotte, et pour harmoniser tout ça Franck Armand à la batterie et aux percussions. Ils créeront petit à petit tel un travail d'orfèvre minutieux, ce premier album De fil en aiguille, sorti fin septembre. Harmonieux, complice, délicat, contraire mais indissociable l'un de l'autre, Felipecha forme un partenariat plein de légèreté grâ ce au timbre de voix de Charlotte (qui rappelle d'ailleurs celui d'Olivia Ruiz...) et la force et la masculinité de Felipe. Un réel moment de plaisir incontournable pour une découverte délicatement sucrésalé. ✍ Laure Rivaud-Pearce ★★★



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :