Nouvelle-vague n°145 novembre 2008
Nouvelle-vague n°145 novembre 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°145 de novembre 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : La Plage

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 3,9 Mo

  • Dans ce numéro : Kéziah Jones.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Keziah Jones Cinq ans après son anthologique et magique Black orpheus, Keziah Jones revient avec Nigerian wood, véritable retour aux sources de son atypique « blufunk «. Woo, ooo, ooo, ooo…. « J'ai toujours en mémoire l'image du film Hail ! Hail ! R ock'n'roll où Chuck Berry traverse un hall d'aéroport avec, comme seul bagage à enregistrer, sa guitare ». Une guitare, rien d'autre — ou si peu — il n'en faut pas plus à Olufemi Sanyaolu, alias K eziah J ones, pour être heureux. Heureux comme le nomade, cosmopolite et non moins sympathique bluesman, né à Lagos, au Nigéria, le 1er octobre 1 96 8. Pour lui, tout commença un matin de 1 991, dans le métro parisien, quand son chemin croisa celui d'un directeur artistique. C'est donc le plus naturellement du monde que celui qui s'est notamment laissé bercé par les envoû tantes mélodies de son compatriote Fela K uti — un maître — et les indescriptibles riffs de J imi Hendrix a fait son come-back, 1 7 ans plus tard, en septembre, dans les mêmes couloirs du même métropolitain parisien, pour présenter son petit dernier, Nigerian wood, un album franc, pur, intimiste, qu'il dit « accessible et plus pop », et qui vient de loin. D'où ? De son enfance, durant laquelle, à 1 3 ans, il préféra, un temps — 3 ans — le piano à la guitare. De son inoubliable album-manifeste Blufunk is a fact, en 1 993, savant mélange de blues, soul, afrobeat et funk, porté par le planétaire succès de son indétrônable R hythm is love, l'évidence même de la création d'un style affirmé et assumé : le fameux « blufunk «. Du modeste succès de son African space craft, en 1 995, suivi de son Liquid sunshine, 4 ans plus tard. De son intime, sublime et divin hommage à Fela K uti, Black orpheus en 2003, d'une beauté transcendante... Et de sa surprenante collaboration avec U2, en 2008, sur l'album « In the name of love : Africa celebrates U2 ». D'un peu tout ça, donc, et, surtout, de lui. Lui, qui jamais n'oublie d'où il vient, et le confirme, on ne peut plus explicitement, dans son Nigerian wood, véritable invitation à faire un tour à la maison, tout en détournant, non sans amusement, le célèbre Norwegian wood (1 96 6) des non moins célèbres Beatles... « Ils n'ont jamais rien compris » n'hésite d'ailleurs pas à clamer le dandy, leur reprochant, au passage, leur manque de créativité et de reconnaissance aux artistes noirs dont ils se seraient — trop — copieusement inspirés... S'il a été enregistré entre New York, Los Angeles et Londres — Lagos vs New York — c'est ostensiblement au Niger que se trouve, en effet, l'â me de cet opus. My kinda girl le porte vers une trompeuse légèreté, rapidement rattrapée par l'essentielle essence de son œuvre : l'Afrique. Avec Beautifulblackbutterfly, My brother, et le magnifique African android, K eziah J ones évoque son continent, son pays, ses racines, déjà explorées, entre autres, à travers son hymne à la négritude Black orpheus. Avec L'Oke ati petele et Idupe 2, entonnés en yoruba, on y est, chez K eziah. L'identité, les repères, la place dans la société, les relations humaines, l'économie et la politique — 1 97 3, J okers R eparations — qui parle sans détour de la violence militaire et financière au Nigeria… Autant de thèmes abordés avec simplicité et amour, beaucoup d'amour. Un amour omniprésent, enveloppant, In love forever, qui transpire de chaque titre, sur fond de percussions et de cuivres qui savent se faire discrets pour laisser tout l'honneur à une voix des plus sensuelles... Ses amis ne sont pas loin : K anye West, Madlib, et Erykah Badu, dont un des collaborateurs n'est autre que le très bon producteur jazz de la scène « nu soul » new-yorkaise, K arriem R iggins. C'est lui, qui, avec R ussel Elevado, a produit Nigerian wood. K eziah l'a sorti de son chapeau un jour de septembre. Un bien joli cadeau… ✍ Céline Rastello Nouvel album « Nigerian wood » (Because Music) En concert le 04/1 1 au R ockstore - Montpellier (34) et le 31/01 au Dock des Suds - Marseille (1 3). Web : http://www.keziahjones.com.
Sébastien Tellier Avec les paroles de Sexuality basées sur le sexe, cherches-tu à faire passer un message ? J e ne cherche pas la vérité. J e cherche à comprendre pourquoi on agit de telle ou telle sorte ; comment on exprime notre sexualité à travers notre apparence et nos actes. J e ne suis finalement qu'un troubadour. Tu trouves que la musique électronique suit une bonne évolution ? Oui, elle est en prise directe avec la technologie qui elle évolue tout le temps. La musique électronique est devenue un style essentiel, au même titre que le folk ou le reggae. Ce sera très difficile de révolutionner le rock avec une guitare électrique, une basse, un ampli, tout a été dit. Désormais on ne peut plus rien faire de neuf. Le rôle de l'artiste n'est plus de créer, mais de faire des mélanges, d'essayer de nouvelles recettes. Alors que dans la musique électronique, tout reste à faire, c'est illimité. Tant que la technologie ira de l'avant la musique électronique ira de l'avant. Quand tu as écrit La ritournelle, est-ce que tu as senti que ce serait un tube ? Cette chanson est sur Politics, un album de réflexion sur le système. C'est la seule chanson de l'album que j'ai écrite sans réfléchir. C'est sorti d'un coup naturellement. Ce morceau a beaucoup marché mais ça ne me fait pas peur, je suis très confiant en moi, je sais que je vais faire mieux plus tard. Sur Sexuality, il y a une chanson L'amour et la violence qui pour moi a le même pouvoir émotionnel. La ritournelle m'a permis de comprendre qu'il fallait que j'arrête de me poser des questions, c'est ça qui m'a emmené à Sexuality. La ritournelle, c'est le point de départ de ma nouvelle carrière, de ma nouvelle philosophie. R écemment, en concert, je m'y suis repris à 3 fois pour jouer La ritournelle. J'aime bien le fait de casser l'image du chanteur dominant. Il y a peu à Bruxelles, il y a eu un concert où je n'ai pas joué, je me suis assis et j'ai attendu sans jouer aucune note, bon ok c'était parce que j'étais fou de rage devant l'acoustique pourrie de la salle qui ne permettait pas de faire des trucs doux alors que j'aime bien jouer là-dessus. Tu as des liens forts avec le cinéma. Tu as quelquefois été acteur, tu as fait des musiques de films. J'aime bien les musiciens qui font un disque comme un film, un début, une fin, quand il y a des surprises dans l'album. À l'inverse, pour faire un bon film il faut les qualités d'une bonne musique, du feeling, de l'instinct, de l'énergie. J e trouve que c'est bien de faire son art avec les règles d'une autre discipline, ça donne toujours quelque chose de drôle. Intervertir les rôles ça donne toujours quelque chose de bien. Ta compagne vient du cinéma ! C'est le côté romantique du truc, j'aime bien intégrer mes petites amies à mon travail. J'essaye de ne pas faire de différence entre ma vie d'artiste et ma vie privée. Tant que je suis lié à ma musique, à mon travail, je reste dans mon rêve, mon dessin animé. Si jamais je décroche, ou que je redescends trop sur Terre, je déprime. Et puis j'essaye aussi de briser l'image du chanteur à l'ancienne, l'artiste Pour une fois que la France présentait un artiste intéressant au concours de l'Eurovision, c'est raté. Pourtant Sébastien Tellier aurait mérité un bien meilleur accueil, cet artiste est véritablement hors norme, à chaque album, il change d'univers. Le dernier né Sexuality est un concept album basé sur le sexe, accompagné d'une musique électronique souple et douce. En plus d'un musicien accompli, Sébastien Tellier est un personnage haut en couleur autant physiquement qu'intellectuellement. Après l'interview, une question nous tarabiscotait l'esprit qui est le plus barré : Katerine ou lui ? intouchable. Les chanteurs ne sont pas des gens mieux que les autres. J'aimerais pouvoir créer un monde à mon image, par exemple, j'aimerais pouvoir acheter une île où tout le monde vivrait comme moi, ensuite je créerai un grand parc d'attraction pour adultes, où il y aurait des crashs d'avions sécurisés, on pourrait détruire des pharmacies, on pourrait aller dans des maisons closes sans attraper des maladies. Que gardes-tu de ton passage a l'Eurovision ? J e n'ai jamais eu l'impression d'en faire partie. J e suis arrivé les mains dans les poches. Ç a ne change pas ma vie. Néanmoins, c'est vrai que je me suis fait une bonne pub. Le monde de la pop est finalement plus simple que celui de l'underground. La polémique sur le fait que je ne chante pas en français m'a fait marrer car je n'ai pas écrit cette chanson exprès pour l'Eurovision on est venu me la réclamer Tu as participé au tribute Daho ? Les mecs que je vénère le plus sont mi-hommes mi-femmes (J agger, Bowie, J ackson, Prince, Daho, Polnareff, Christophe). Pour moi ils mêlent la sensibilité des deux sexes. Daho, je le trouve formidable. À l'inverse je n'aime pas les disques de filles quand il y a trop de masculinité. Tu viens de citer Christophe, je trouve qu'il y a beaucoup de liens entre vous dans le sens où votre musique n'est pas linéaire, il y a chez vous quelque chose de magique. J e voulais dire Christophe Willem (rires). Christophe et moi, on fait une espèce de musique des étoiles du ciel. Il est dans le rêve à fond. J'ai composé Sexuality tout à la main, quand j'écrivais j'avais l'impression que Christophe était avec moi. Il incarne le lovers, le cœ ur brisé, une espèce de séducteur brisé. J'adore ce mec. J e trouve que ce qu'il fait est tout simplement beau. J e lui ai un peu volé son personnage pendant l'écriture de l'album. Pour moi c'est un Dieu. Il dépasse même G ainsbourg. G ainsbourg c'est une poésie de la rue alors que Christophe ça s'échappe, il laisse son esprit divaguer et on le ressent dans sa musique. Ton look ? La barbe, c'est pour le mystère. Les cheveux longs pour le côté féminin. Les lunettes noires pour le côté sophistiqué. C'est aussi pour avoir une image différente. Ce serait très facile pour moi de me raser la barbe et de faire parler de moi. Cauet me ré-inviterait, j'imagine son lancement « Sébastien Tellier nous montre son nouveau visage sans la barbe ». Ç a me servira certainement un jour de me raser. Tu ressembles au rugbyman Sébastien Chabal. Quand j'étais ado, je faisais beaucoup de muscu, maintenant j'ai totalement arrêté. Quand je me vois et que je le vois, je me trouve très liquide, alors que lui putain il est beau il a un physique de grec. J e suis assez jaloux de lui ! ✍ Simon Pégurier & Alain Hamila. Une interview www.loreillequigratte.com. En concert le 02/1 1 au Palais Nikaï a - Nice (06), et le 22/1 1 à L'Espace J ulien - Marseille (1 3).



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