Nouvelle-vague n°139 avril 2008
Nouvelle-vague n°139 avril 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°139 de avril 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : La Plage

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : Chinaski.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Pourquoi avoir intitulé ce 10 ème album Banco ? Le mot me plaît bien. Un titre d'album, c'est comme un prénom, et tous les albums des Têtes Raides en ont un. Chacun raconte quelque chose. Dans la chanson du même nom, des gamins chantent avec nous le refrain « Tous au galop, faut qu'on se réveille bientôt » : le leitmotiv de l'album, en somme. Comme définissez-vous ce 10 ème album studio ? C'est avant tout une nouvelle aventure. Après le précédent album, Fragile, on s'est demandés s'il y avait toujours la matière et l'énergie collective pour continuer. À l'évidence, oui. Fragile était assez électrique, jeté, brut (cf. morceau avec The Ex). Cette fois, je me suis remis à écrire avec un accordéon, une guitare acoustique. Et naturellement, on s'est tournés à nouveau vers ces sonorités. Qu'est-ce qui a motivé ce retour vers l'intime ? Ce n'est pas réfléchi, les textes et les mélodies s'invitent d'ellesmêmes. Ce qui nous importe est de faire avancer l'histoire, le contenu, la musique, et de tenter de les enrichir. Expulsez-moi, le 3 ème morceau de l'album, traite de la problématique des sanspapiers. Comment est-il né ? Quand on fait de la musique, même si on peut évoquer des sujets intemporels, on est toujours lié d'une manière ou d'une autre à son époque. La liberté de circulation, les sans-papiers et l'exclusion sont des sujets qui nous ont toujours tenu à cœur. C'est un sentiment de révolte qui m'a poussé à écrire ce titre. J'ai voulu mettre le doigt sur l'histoire de ces gamins scolarisés renvoyés dans leur pays parce que leurs parents n'ont pas de papiers. Ça dépasse la politique, c'est tout simplement humain. On ne peut pas accepter que des enfants soient privés d'éducation. D'autant plus quand on voit de quelle manière c'est fait : les parents menottés devant leurs enfants, les familles envoyées à droite à gauche. Je me mets à la place du gamin en train d'apprendre dans un pays. Si du jour au lendemain on m'éjectait comme ça, je trouverai ça bizarre. Vous parvenez à garder espoir ? Bien sûr, il faut. Encore une fois, c'est l'humain qui compte. Les gens du RESF (Réseau Education Sans Frontières) soutiennent ces enfants et ces familles. On essaie de faire des liens avec eux. Dans un premier temps, on va mettre des images sur ce morceau sur notre site, pour faire connaître davantage l'action du RESF. Quel regard portez-vous sur l'évolution de la société française ? « Tous au galop, faut qu'on se réveille bientôt ». Il faut continuer à faire de la musique et défendre la culture au sens large, c'est par là que les choses peuvent bouger. N'est-il pas de plus en plus difficile de défendre la culture ? Ça l'a toujours été, même si la donne est différente aujourd'hui. Dans un autre registre, pourquoi avoir invité Olivia Ruiz sur le titre Plus haut ? Elle est venue pousser un cri avec Edith et notre amie Sara Mondiano. Avec Olivia, ça s'est fait naturellement : on s'est croisés, on s'aime bien dans la vie et en musique, on ne se pose pas de question : ça se fait et c'est super. Ça donne un morceau plutôt comique et décalé. Banco comporte une véritable surprise : la mise en musique du texte Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de l'auteur suédois Stig Dagerman. Où l'avez-vous déniché ? C'est une copine qui m'a prêté le bouquin, il y a plus d'un an. Ce texte m'a beaucoup frappé et interrogé. Et comme on aime bien inviter des auteurs (cf Boris Vian, Joyce Mansour), j'ai eu envie d'essayer de le mettre en musique. La notion de temps est ici encore importante : ce texte de 1952 est d'actualité. L'entendre aujourd'hui me semble intéressant : le contenu est fort, c'est un beau texte, et il permet de faire une respiration dans un concert ou sur un disque. Le texte est plutôt long, la chanson dure 20 mns. Je Quelques mois avant leur 20 ème anniversaire, les Têtes Raides ont sorti leur 10 ème album studio : Banco. Une création où l'intime reprend sa place, mêle personnel et universel, acoustique et énergie, poésie et coup de gueule. Rencontre avec le chanteur Christian Olivier au studio Ferber. l'ai pris tel quel. Tel un hymne à la liberté, avec des phrases clés, des moments d'image, de poésie, de philo. Ça ne fait pas de mal. On a réussi à trouver un équilibre entre une musique assez légère, drôle, et un texte très dense. Les Têtes Raides ont récemment eu 20 ans. Le bel âge ? C'est vrai qu'on a eu 20 ans discographiques en fin d'année dernière. La première galette qu'on avait autoproduite (25 cm) était sortie en 1988. Mais on travaillait ensemble depuis déjà 3-4 ans avant. On a appris la musique en faisant ce groupe. Les années passent et le public reste. Quelle est votre potion magique ? L'envie, sans doute. Si on est encore là aujourd'hui, c'est avant tout parce qu'on a encore quelque chose à raconter et que l'envie demeure. Lorsque l'envie ne sera plus là, on passera à autre chose. Quel est le quotidien des Têtes Raides aujourd'hui ? On bosse ! Une fois le studio passé, on entre dans une nouvelle phase : travailler les morceaux, leur donner une autre vie. Nous pensons à la manière dont nous allons les présenter, physiquement surtout. C'est une charge de travail importante ? Oui, à chaque album, on réinvente tout. On refouille. On a l'ossature : l'album. Reste ensuite à définir ce qui vient autour. On va remettre des anciens morceaux au goût du jour. À chaque fois, on refait un tour de la discographie, on réécoute des morceaux, on sélectionne. On a aussi très envie de bosser le son. Sur Banco, le son a évolué et on a envie de pousser dans ce sens : techniquement et musicalement, pour l'optimiser. Nous devons également travailler les lumières. Avant une nouvelle tournée, c'est à la fois une continuité et quelque chose de complètement nouveau. Comment appréhendez-vous une nouvelle tournée ? C'est un mélange de trac, de joie, de plaisir, et d'envie, surtout, de partager une nouvelle histoire. ✍ Céline Rastello Nouvel album Banco (Jamais J'Dégueule/Warner) En concert le 10/04 au théâtre Sortie Ouest - Béziers (34), le 25/04 à l'Espace Malraux, et le 26/04 à l'Usine - Istres (13).
Chinaski Troisième album pour Jean-Louis Rougier — le pilier de bar romantique — et ses trois copains mystérieux… Puisque leur musique possède un foutu caractère, il est hors de question de planquer les niçois dans le rayon « nouvelle chanson française «. C'est du Chinaski, un point c'est tout ! C'est plus qu'efficace : ça va droit au cœur. Pas de doute, c'est un sourire sur le visage de Jean-Louis Chinaski ! Le grand bonhomme de la chanson niçoise vient de passer la barre des dix ans de carrière (ainsi que celle des quarante piges), avec le sourire. On a pu l'imaginer trop saoul ou trop ému pour garder son fragile équilibre, et s'écrouler, fendre son crâne de légende sur le rebord d'un comptoir… La scène a peut-être eu lieu, mais le fait est que J.L. est debout, vivant et, surtout, chantant ! Mieux : Chinaski — le groupe — sort son meilleur album. Seul survivant de la formation d'origine, le chanteur a porté le projet à travers une décennie ponctuée par de multiples remaniements. « Le groupe a commencé en 97 » raconte-t-il. « À la base, Chinaski est un duo. Il n'y avait que moi et un guitariste. J'utilisais beaucoup de samples, beaucoup plus que maintenant. Pour certains, c'était du trip hop, pour d'autres du rockélectro ». Le succès est d'office au rendez-vous, mais de nombreux changements de line-up freinent l'épanouissement du groupe et rendent vital le bricolage. Cela s'avère un mal pour un bien puisque Chinaski ne cessera de se réinventer, tout en gardant le cap sur le plaisir. Noces de zinc est plus étoffé, plus arrangé que les albums précédents. « Ça s'est fait comme ça. Chacun compose chez soi et amène ses morceaux. On trouve notre style dans la variété de ce que chacun apporte. Dans ce sens, on peut dire qu'on fait de la variété ! ». Jean-Louis rie, avant d'ajouter : « On essaye juste de faire quelque chose d'original avec des choses simples… La musique, c'est censé être agréable, non ? ». Crâne luisant, chauve brillant Noces de zinc est le premier album rendu par le quatuor depuis 2003. En d'autres termes, chacune des quatorze chansons a eu le temps de mûrir. Jean-Louis tisse une poésie douceamère au fil de jeux de maux amoureux et de mélodrames lubriques. Les récits chantés sont tantôt pittoresques et rafraîchissants, tantôt sombres et malsains. Mais, avec de l'humour, le charismatique Comte de la folie ordinaire sait prendre à contre-pied les petites misères sentimentales. Du côté des instrumentistes, Antoine Todaro, ténébreux guitariste au feeling félin, adapte merveilleusement son jeu polymorphe à l'humeur changeante du chanteur. En habit de curé sur la pochette, il semblerait que le démon lui ait appris ses premiers accords… La basse de Seb Vonner, charnue, chaude comme une entrecuisse, donne un caractère pulpeux aux ambiances électroniques diffusées par le clavier de Morgan Manzi (l'autre chauve de la bande, que Jean-Louis décrit comme « un grand passionné de musique qui écoute aussi bien Mike Patton que Michel Polnareff »). Le carré de musiciens fait le nécessaire pour porter au plus haut ses ambitieuses inspirations. C'est grandeur, décadence, volupté musicale : violons poignants sur Les rides, rock bondissant pour Boum badaboum madame, insolence latine pour Supermarché, mélopée prog pour Poupée russe, clin d'œil jazzy sur Les plaisirs simples, électro érotique pour Plaquée or… « J'aime bien aller chercher des idées un peu partout. On retrouve dans l'album une sorte de tango, des violons, des ambiances russes… J'espère qu'on retrouve aussi une certaine homogénéité ». L'auditeur ne peut qu'être aspiré par le tourbillon de ce patchwork grandiose. Ce track list « sans étiquette « déroute, d'autant plus que les arrangements sont habiles, sans la moindre approximation. C'est le résultat de l'impeccable travail de production réalisé par Morgan, sorcier des machines. Après des années d'hésitations artistiques, il semble que Chinaski se soit enfin trouvé une formation éternelle. Quand quatre solitaires font équipe pour servir une musique, celle-ci vaut bien plus qu'un détour dans une vie. Gardons un instantané de ce Chinaski 2008, comme si l'on pouvait l'oublier… ✍ Jean-Philippe Blanchard Nouvel album Noces de zinc (autoproduit) ✉ Chinaski - 9, rue Barla 06300 Nice. Mail : hank.chinaski@wanadoo.fr. Web : www.chinaskiweb.com. ✆ 06 16 99 40 74. En concert le 26/04 à la Salle 700 Nikaïa - Nice (06).



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