Nouvelle-vague n°138 mars 2008
Nouvelle-vague n°138 mars 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°138 de mars 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : La Plage

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,9 Mo

  • Dans ce numéro : Thomas Dutronc.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Rodolphe Burger est un artiste qui force l'admiration. Ne se laissant pas cloisonner par une créativité débordante, il s'est même donné les moyens pour exploiter au mieux cette « tare « (propre studio, propre label). Toujours gracieux et posé, formidable conteur et passionné de la vie, ses albums sont autant de surprises, de découvertes envers des endroits inexplorés de son spectre musical. Bref, Burger est un chanteur présent, dans un paysage qui ne saurait dire, s'il est la belle ou la bête aux yeux de certains. Rencontre avec ce touche-à-tout de génie, cet artisan de la musique. Rodolphe Burger « No sport » ? C'est une réponse de Churchillau secret sur sa longévité. Alors cette citation est barrée… mais à peine. Ce n'est pas une citation de guerre au sport. Je ne voulais pas d'un angle avec un paquet de cigarette sur la pochette ou des émissions de télé pour défendre le tabac. Cela ne veut pas dire plus que ça. Mais c'est un ton, un détachement, une prise de distance face aux choses lourdes qui nous assaillent dans la vie. C'est juste un slogan amusant. Je trouve de plus qu'il y a beaucoup de similitudes entre le sport et la musique, ce sentiment de performance, de travail d'équipe et de résultat. Faut-il être un athlète pour chanter ? Spontanément en tournée nous avons tendance à utiliser un langage sportif. Nous en prenons même des métaphores de manière comique. Il faudrait en parler à Fred Poulet. Grâce à lui j'ai croisé Vikash Dhorasso qui est un vrai sportif, et cependant dans une extrême prise de distance sur l'idéologie du sport. Les vrais sportifs ont peut-être la même difficulté dans le monde du sport que les musiciens face au monde du spectacle : à la fois, on aime beaucoup ça car c'est notre passion, mais on se sent toutefois pris au piège dans un système qui ne nous convient pas. Pour en revenir au nouvel album, il me semble construit comme un concert classique, le titre Avance en mise en bouche, pour ensuite se plonger dans votre univers ? Comme très souvent, ce fut une vraie prise de tête l'ordre des titres. C'est ça qui est marrant avec les disques, c'est comment à la fin : le produit proposé semble maîtrisé alors que dans la construction il y a eu plein de doutes. C'est se retrouver à analyser soi-même l'interprétation du résultat. C'est la même idée qu'avec le live : il doit y avoir une balance entre ce qui est prémédité, calculé et réfléchi avec l'imprévu, le risque et l'accident. La sensibilité à l'accident, c'est un mélange de chance et d'occasion. La carte du monde musical de Rodolphe Burger peut tracer un parcours qui va d'Europe, vers l'Amérique et l'Afrique pour ses racines, est-ce facile à concilier dans sa tête un si long chemin ? Parfois ça siffle (rire). Il y a de la circulation dans ma musique, ça je le conviens. Dans ce disque, j'ai laissé poindre des choses que j'aime beaucoup, mais que j'avais laissées par modestie. Des petits traits à la Farka Touré. On peut aussi parler de l'Ouzbékistan que j'ai découvert par Yves Dormoy, et je constate à mon émerveillement qu'on peut être de plein pied avec des musiciens de ce pays. Nous ne parlons pas la même langue, mais on trouve pourtant des zones de connexion. C'est la magie absolue de la musique ! Une connexion des âmes qui passe la barrière de la langue. Cela devient psychédélique (rire). C'est plutôt bon signe dans cette société protectionniste ? Absolument, les musiciens sont cosmopolites. La liberté de circulation que défend le GISTI est extrêmement concrète pour les musiciens. Mais de la même manière, il y a aussi de la musique réactionnaire, de la musique qui joue le repli sur le territoire, la tradition et le folklore. Je trouve le climat sonore en France très étouffant. Il y a une grande tradition d'accueil de la musique ici et pourtant ce qui domine les médias lourds ne reflète pas ça. C'est la chanson française, la nouvelle chanson française, l'accordéon : ça me terrifie ! Cela me glace ! Non pas que l'on ne peut pas faire quelque chose avec ça : les Rita-Mitsouko, par exemple, jouent avec ces codes. Fred Chichin à créé certes un titi parisien, mais transporté vers les autres, avec toutes ces influences étrangères. Tu collabores avec beaucoup d'artistes différents, est-ce encore un réflexe de groupe ? Le contraire plutôt. Une des choses intéressante quand il n'y a pas de groupe, c'est qu'on peut aller beaucoup plus facilement à la rencontre des autres. En groupe on vit en vase clôt, dans une assez grande solitude. C'est à partir des années 90 que j'ai pu m'ouvrir aux autres artistes. Ton éclectisme musical, le retrouves-tu dans ta vie quotidienne ? Oui, on peut parler d'un appétit pour l'altérité ! (rire) C'est un émerveillement de l'autre que décrivent très bien les auteurs voyageurs. J'adore le sentiment d'être perdu. Cela m'arrive facilement lorsque je vais au Japon. De Dernière Bande, ton propre label, à Capitol, il y a beaucoup de différences ? Disons que cela aurait été impossible que je produise moi-même No sport, simplement car j'avais besoin de temps. Dans le cadre de Dernière Bande, j'ai pu faire beaucoup d'albums, j'en fais encore, cela offre une liberté artistique extraordinaire, surtout en ayant son propre studio, mais c'est une histoire difficile à tenir économiquement, surtout aujourd'hui. Les projets eux-mêmes étaient liés à des circonstances ou des rencontres. Transformer une résidence en production d'album : c'est formidable, mais ça ne te laisse pas le temps d'aller à la mine. Tu remets tout à plat sur tes questions fondamentales. Je n'ai aucune idée de rien sauf de ne pas refaire. Je ne voulais pas proposer à Capitol un album expérimental que j'aurais pu faire moi-même en 3 jours. L'enjeu, c'était de faire un album communicant sans baisser l'exigence. ✍ Pierre Derensy Nouvel album « No sport » (Capitol/EMI) En concert le 07/03 à La Victoire 2 - St Jean de Vedas (34), le 27/03 au Cabaret Aléatoire - Marseille (13), et le 25/04 au Cargo de Nuit - Arles (13).
Thomas Dutronc Thomas au pays des manouches Il joue entre baleines et moutons dans un environnement en noir et blanc fait de buildings, d'une Corse et d'une tour Eiffel que séparent des rails de trains. Un arc-en-ciel coloré se dégage de sa silhouette et semble tracté par un ballon gonflable. Nous sommes dans l'univers de Thomas Dutronc, retranscrit comme une carte au trésor sur la pochette de son 1er album. Difficile d'obtenir un rendezvous avec celui qui les veut toutes. Sa tournée est un succès, tout comme les ventes de son disque. La réponse est négative, il n'y aura pas d'interview. Alors je prépare mes questions sur une feuille de papier aussi grosse qu'une boîte d'allumettes et je guette le moment opportun où je pourrai la glisser à l'un de ses musiciens, contribuant pour beaucoup à rendre flou le monde de ce manouche, au moins jusqu'à demain. Mais pour l'heure, le concert démarre. Un titre de Django Reinhardt pour début et un autre pour fin. Pas la peine de lui demander qui est son mentor. Un voile avec son effigie flotte entre lumières et instruments. Du militantisme pacifique manouche ? Une reprise édulcorée des yeux noirs complétera cette démonstration. Les titres phares sont chantés par un public d'avance conquis. Une reprise d'un des titres de son ami d'enfance, Mathieu Chedid, retiendra l'attention. C'est avec un tour dans le public, ravi, battant des mains mécaniquement et ponctuant ses phrases de substituts flatteurs, que le spectacle prend fin. Mon papier est glissé dans les poches d'un de ses guitaristes et je m'introduis dans la loge de Thomas, surpris de ce procédé. Le temps d'apprendre qu'il a signé pour 3 albums avec sa maison de disque, qu'il n'a pas commencé directement par le jazz manouche mais a toujours été attiré par les « guitares héros « et c'est déjà l'heure de quitter celui qui n'aime plus Paris. Si ta bulle n'a pas forcément assez d'helium pour monter en haut de la tour Eiffel ou jusqu'à ta Corse chère, sa trajectoire zigzagante procure un instant éphémère d'ivresse, un coup dans l'aile qui nous laisse tzigane. ✍ Marie Dufour Thomas Dutrons « Comme un manouche sans guitare » (Podis) En concert le 28/03 au Moulin - Marseille (13), le 29/03 au Théâtre Lino Ventura - Nice (06), le 09/04 au Cinéma Théâtre Empire - Ajaccio (20) et le 08/07 au Théâtre de la Mer - Sète (34).



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