Nouvelle-vague n°136 janvier 2008
Nouvelle-vague n°136 janvier 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°136 de janvier 2008

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : La Plage

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : Massilia Sound System.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
#136 THE DO A mouthful (Get Døwn ! /Cinq7/Wagram) Duo composé de Dan Levy et de la franco-finlandaise Olivia B. Merilahti, The Do est clairement le groupe qui déchaîne le plus de buzz en ce moment. Tout le monde en parle depuis des semaines alors que leur album ne sortira que dans le courant du mois de janvier. Pourtant, le battement est amplement mérité. Rencontrés alors qu'ils travaillaient sur la bande originale du navet L'empire des loups, les deux acolytes ont continué à collaborer sur deux autres B.O. : The passenger et Camping sauvage. Mais l'évidence est vite là et les pousse à travailler sur un premier album. Ce petit bijou est un vrai melting-pot composé par les talents de Dan, jazzman de formation et bidouilleur sonore devant l'éternel. En résultent des chansons alternant ambiances pop, folk, rock, hip hop (Queen dot kong, un des grand moments de l'album) voire même tribales (Unissasi laulelet). Un hétéroclisme qui pourrait nuire à n'importe quelle formation bas de gamme, mais qui se voit là complètement gommé par la voix hors du commun d'Olivia, fil rouge de l'opus. On n'avait pas entendu un tel timbre depuis Björk ou Beth Gibbons. Mais la comparaison s'arrête toutefois là, tant Olivia officie dans un registre propre à elle-même. Si on peut reprocher à l'album sa longueur (15 chansons pour 52 minutes) qui le rend parfois indigeste, force est de reconnaître qu'il fallait bien ça à The Do pour exprimer toute la richesse qui les anime. On espère encore pour très longtemps. ✍ Jean-Sébastien Zanchi ★★★★ JONI MITCHELL Shine (Hearmusic) Après un album de reprises jazzy et la relecture orchestrale de ses titres fétiches (le sublime Travelogue), la dame avait tiré sa révérence en crachant sur le showbiz. Elle revient par la petite porte nous offrir un 17 ème (dernier ?) bouquet de nouvelles compositions, les premières depuis 98 (Taming the tiger). Et ce sur le label de Starbucks où se trouve Macca : soit tous deux sont séniles, soit quelque chose est en train de se passer… De fait, l'album est la suite logique du précédent. Voix suave, mélodies qui s'insinuent, toujours plus puissantes, arrangements souples et fins. Sa guitare et son piano si particuliers, ses accords de voix, tous ces ingrédients sont toujours miraculeusement au rendez-vous. Les textes aussi, qui ont créé il y a 40 ans ce monde à la fois onirique, politique et concret : elle se paie le luxe de contourner l'objet de son dégoût, ne nommant jamais ceux qui défigurent son pays et notre monde. Et elle se permet de reprendre Big yellow taxi et de mettre en mélodie le If de Kipling sans une once de ringardise. Et si Joni Mitchell était tout simplement la plus grande songwriter du siècle dernier ? En tout cas, au vu de son influence, sûrement plus qu'une trace de craie après l'averse. ✍ Jean-Jacques Massé ★★★★ THIÉFAINE/PERSONNE Amicalement blues (RCA/Sony BMG) Deux géants de la chanson française, et une rencontre artistique totalement inattendue, mais néanmoins incroyable. Amicalement blues est né d'un heureux hasard et de la collaboration de Hubert-Félix Thiéfaine et de Paul Personne, 2 écorchés, 2 carrières… Le poète Hubert-Félix s'est pris dans les cordes de Paul… Force des textes, pureté du son, intimité et complicité résument bien l'histoire de cet album. L'errance nostalgique se mêle à l'amour utopique et aux blessures du temps. Le blues chaloupant berce l'auditeur en de longues ballades mélancoliques, comme dans les titres Avenue de l'amour (charnière de l'album) et Amant sous contrôle. Ce qui saute aux oreilles, c'est avant tout le son très travaillé et très cohérent de cette musique aux accents intensément rock, que Paul Personne délie d'ailleurs dans des solos mélodiques et formidables, pendant que Thiéfaine illustre le propos par un texte toujours juste, toujours drôle, piquant par ses associations de mots inattendues (le très beau Distance). On retrouve à la fois l'âme du blues, profonde, souveraine, mais on a aussi conscience ici de la concrétisation d'une très longue amitié, pour notre plus grand plaisir. ✍ Justine Sirkis ★★★ TÊTES RAIDES Banco (Warner) Un 10 ème album pour les Têtes Raides ? Banco ! Après un précédent album plus brut et électrique (Fragile, 2005), les indétrônables et inclassables Têtes Raides reviennent avec un opus plus intimiste, personnel et acoustique : Banco. Un disque sur fond d'accordéon et de guitare chaleureusement retrouvés, une savoureuse et touchante alchimie de confessions (J'ai menti), de révolte face à l'inacceptable (Expulsez-moi), de burlesque décalé (Plus haut avec Olivia Ruiz), et, surprise !, de poésie suédoise (Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, texte de 1952 de Stig Dagerman). Un vrai petit concentré de bonheur en galette, preuve s'il en faut de l'intarissable envie des Têtes Raides de créer toujours, de se renouveler sans cesse, et d'offrir à chaque nouvelle création un laissez-passer pour une nouvelle aventure poético-réaliste. Avec son credo « Tous au galop, faut qu'on se réveille bientôt », Banco n'est autre que le dixième album studio d'une formation qui fêtera bientôt ses 20 années discographiques. Chapeau ! ✍ Céline Rastello ★★★★ L’OEUF RAIDE Are you eggs perienced ? (Jarring Effects/Discograph) À l'image du nom de baptême donné à chacun de ses albums — On/Œuf, A la coque, Gobez l'œuf !, Hop là !, Treize à la douzaine, Dans le même panier — L'Œuf Raide (« Le Fred », fondateur de ce drôle d'objet musical) aime s'amuser avec son pseudonyme. Alors, pour une fois, on ne va pas se priver pour user de jeux de mots tirés par les plumes : la dernière ovulation de la basse-cour Jarring FX est féconde mais ne sera sûrement pas garantie bio, encore moins élevée en plein air. Car à force d'eggspérimentation en tout genre, l'électromelette, con-coqueté à base de sonorités électroniquement modifiées, se révèle très egglectique, et finalement pas si raide que ça. Pondre des œupus aux ingrédients variés, mélanger blanc et jaune pour mieux brouiller les œureilles, c'est un peu la recette de prédilection de ce drôle d'oiseau : la coquille est en grande partie constituée d'un abstract hip hop monté voire battu en jungle/breakbeat. L'intérieur, sorte de croisement entre Wax Tailor et Cinematic Orchestra est d'une subtilité insoupçonnée : la créature de laboratoire finit par voler de ses propres ailes, dans les plumes de séquences funk, jazz ou slam. On découvre alors un travail ultra soigné au niveau du grain, une composition complexe mais finalement aérée, grâce à une orchestration sensible, plus mature qu'auparavant. Seul regret : les poules pondent toujours des œufs de poules et la patte JFX reste donc très perceptible. Mais n'est-ce pas là le propre d'un label aux choix artistiques cohérents ? ✍ Yan Degorce-Dumas ★★★ Légende (exclamative) ★ ! ★ Bô ! ★★ Bömuf ! ! ★★★ Muuumm !!! ★★★★ Aaaahhh !!! ! ! HUSHPUPPIES Silence is golden (Diamondtraxx/Discograph) Vous en connaissez beaucoup des groupes (français en plus) qui sont capables de sortir un disque de pop rock (en anglais) qui dès la deuxième écoute ne vous parait constitué que de tubes imparables. Et bien les HushPuppies, qui nous avaient déjà bluffé avec leur premier album (The trap), viennent de re-éditer l'exploit avec ce Silence is golden, parfait de bout en bout. S'ils ont visiblement été marqués par les Beatles (surtout la période l'm the walrus cette fois), on trouve aussi chez eux des traces ou des accents (en vrac) à la Blur, Tripping Daisy, voire même a la Gomm (Fiction in the facts), Dionysos (Hoy shot) ou encore aux Little Rabbits. Au final, on se retrouve avec 11 titres, ballades (jamais mielleuses) ou morceaux ultra entraînants qu'on a l'impression de connaître depuis toujours. Avec leur orgue/piano très en avant, leurs mélodies divines, et cette facilité à écrire des morceaux qui sonnent déjà comme des « classiques «, on peut les rapprocher des new yorkais de Robbers on a High Street, mais en beaucoup plus pêchus/garage ! Car c'est bien de cela qu'il s'agit ici : de garage pop (comme chez les marseillais de LO, mais en encore plus dansant/pop) qui sur disque, et encore plus sur scène, emporte tout sur son passage. Voilà un groupe français qui semble avoir tous les atouts pour casser la baraque, même au niveau international. Et ce ne sont pas des titres comme Bad taste and gold on the doors et son « I want my kaaaaaaate mo-o-o-o-o-o-o-oss » ou Moloko sound club qui s'y opposeront. ✍ Pirlouiiiit ★★★★ HERBIE HANCOCK River : The Joni letters (Verve) Pour ceux qui regrettent l'absence de Wayne Shorter sur le dernier Joni Mitchell (une première en 30 ans), ils auront le plaisir de l'entendre sur cet hommage à la Canadienne. Hancock propose ici le versant jazz de son monde. Ceux qui s'intéressent de près à elle ne seront pas étonnés : son carnet d'adresses est aussi rempli en jazz qu'en rock, le folk en fait en est le parent pauvre. Ici, attention pointures : le groupe compte Colaiuta et Holland, plus un Béninois à la six cordes, Lionel Loueke. Jazz de haute volée donc, sur des instrumentaux au choix parfois étonnant (Nefertiti, Solitude…) et sur des versions chantées par des élèves de la dame. Si Norah Jones est aussi fade que d'habitude (l'autre Jones est symptomatiquement absente) et si la jeune Corinne Bailey Rae et Luciana Souza s'en sortent plutôt bien sur des classiques (River et Amelia), on peut apprécier plus modérément le plat talk over de Leonard Cohen sur la tapisserie du piano hancockien. Le bonheur vient de Mitchell elle-même qui réinterprète Tea leaf prophecy et la surprise de la voix chaude, soul, retenue, magnifique, de la retraitée braillarde Tina Turner. Oui, c'est bien elle qui nous liquéfie sur Edith and the kingpin. À écouter de toute urgence. ✍ Jean-Jacques Massé ★★★ COMPILATION Music Maker - Slavery, prison, women, god and... whiskey (Dixiefrog/Harmonia Mundi) Depuis plus de vingt ans la fondation Music Maker soutient les vieux bluesmen du sud des Etats- Unis en les enregistrant, en produisant leur musique. Pas plus que le rock, le blues n'est pas mort, on peut s'en rendre compte ici avec onze musiciens de grand talent. S'il est vrai que le blues évoque souvent l'esclavage, la prison, les femmes qui s'en vont, dieu et son compère le diable, ce blues n'est pourtant pas triste ou sinistre, bien au contraire, c'est plutôt une bonne humeur générale qui ressort de l'écoute de ce disque. Chacun y
va de son couplet sur la drogue, le bourbon, s'appuyant sur les accords de sa guitare pour nous raconter un bout de la vie pénible des pauvres, des noirs du Sud. Les grands pionniers du genre que sont Leadbelly, Robert Jonhson, Blind Lemon Jefferson, Sonny Boy Williamson peuvent se reposer en paix, la relève est assurée. Une mention particulière à Adolphus Bell et son Alabama women de toute beauté. ✍ Jacques Lerognon ★★★★ VICTORIA ABRIL Ô lala ! (Sony BMG) Oh là là, mais quelle voix suave se cache derrière ce nouvel album de la plus séduisante des Espagnoles ? Une amoureuse transie, une amante sensuelle, une chanteuse délicieuse ? La pochette laisse entrevoir une jeune femme épanouie et divine. Le contenu en est tout naturellement le prolongement. Victoria Abril nous livre ici un très bel album de reprises des plus grands classiques de la chanson française. Mais, lorsque c'est Victoria qui chante messieurs, elle vous parle d'amour comme personne. La belle s'approprie les chansons à sa manière qui deviennent, par sa bouche, volupté et douceur. À l'écoute d'Ô lala !, c'est le cœur et l'âme de l'auditeur qui s'ouvrent. Comment résister à cet appel musical qui donne tout simplement envie d'être amoureux ? Pour les titres à proprement dit, on y retrouve « Jolie môme, La javanaise, La vie en rose ou encore Histoire d'un amour et Le jazz et la java. À n'en pas douter, ce premier album en français de la plus incroyable des latines, rencontrera son public dans un geste d'amour… ✍ Justine Sirkis ★★★★ COMPILATION COFFRET Coffret livredisque Treasure Isle (Jahslams) Ce n'est pas un scoop, les fêtes de fin d'année sont traditionnellement propice à la sortie de coffret et autres best of en tout genre. Mais force est de reconnaître que si le Père Noël emmène dans sa hotte quelques disques sans grand intérêt, dépoussiérés à grands renforts d'outils marketing, certains méritent néanmoins un peu d'attention. C'est le cas de ce coffret où l'on retrouve une soixantaine des titres phares du label mythique Treasure Isle, accompagné d'un livre illustré, histoire de bien cerner les principales phases et courants fondateurs de la musique jamaïcaine. De la « guerre des sound system « — lutte intestine entre le Trojan Sound d'Arthur « Duke « Reid, fondateur de Treasure Isle, et le Sir Coxsone Downbeat — à l'émergence du courant rastafari, l'apparition décisive des 45 tours, ou l'influence des labels nord américains (Stax et Motown), le livret retrace l'évolution progressive du son jamaïcain avec une plongée synthétique dans le mento, le ska, le rocksteady puis le reggae, qui va à l'essentiel. Mais si le plus féru d'histoire jamaïcaine ne trouvera pas de grande révélation, le moins initié aura lui la possibilité d'allier lecture et son, pour une compréhension on ne peut plus concrète. Côté illustrations musicales, on retrouve les indispensables avec 4 disques au son inimitable qui alternent entre ska (The Skatalites & Don Drummond, Justin Hinds & the Dominoes, Derick & Patsy…), rocksteady (Alton Ellis, The Techniques, The Paragons…), et reggae-soul (Phillys Dillon, Tommy Mc Cook…). Stevenson n'a qu'à bien se tenir, pas besoin de carte pour dénicher cette île aux trésors et le coffre(t) qu'elle abrite. Merci Père Noël. ✍ Matthieu Bescond ★★★★ B.O. I’m not there (Sony BMG) Les Biopics sont très à la mode (Johnny Cash, Ian Curtis...) et l'année 2008 ne devrait pas contredire la tendance. C'est l'occasion de ressortir quasiment à chaque fois un album où des artistes actuels rendent hommage à un artiste culte. L'exercice n'est pas aussi facile qu'il y parait car les puristes ont tendance à dénigrer l'album considéré comme un remake d'une œuvre intouchable. Todd Haynes qui avait déjà fait une incursion remarquée dans le genre avec le très bon Velvet goldmine s'attaque à un artiste complexe. L'œuvre de Dylan, véritable poète revendicatif, est ici revisitée par la crème de la musique alternative « intelligente «, de Sonic Youth à Mark Lanegan, de Yo la Tengo à Cat Power. Le résultat est à la hauteur de l'affiche et même si tous les artistes prennent peu de liberté par rapport à l'œuvre originale, c'est un plaisir de pouvoir entendre les nouvelles versions de Ballad of a thin man ou Allalong the watchtower et de s'apercevoir que son message n'a pas perdu de sa force avec les années. Traité avec circonspection, le vieux troubadour montre que contrairement au titre du film, sa présence n'a jamais été aussi prépondérante qu'en cette période de modes éphémères. Véritable monument qui a traversé quatre décennies (avec plus ou moins de talent c'est vrai) il reste au final la clé de voûte de toute la musique folk actuelle. Indispensable afin de se rendre compte de l'héritage qu'il a su transmettre et qui fera de lui l'un des artistes majeurs du vingtième siècle. ✍ J.P. Boyer ★★★★ LA GAILLARDE Les choses cons (autoproduit) Un zeste d'insolence et des textes bien ficelés font de La Gaillarde un groupe 100% pur rock. La voix de Steph et son interprétation y sont pour beaucoup, laquelle colle parfaitement à la musique du groupe. Avec un nom comme celui-ci, (sorti tout droit d'un roman de Maupassant), difficile de cacher ses origines parisiennes. Avec cet EP Les choses cons, La Gaillarde annonce la couleur dans un savant cocktail, entre Louise Attaque, Les Têtes Raides et Noir Désir… Les compos sont dynamiques et rythmées, le chant est vibrant et les paroles engagées. À retenir, les excellents titres A la fête et L'intrus mental sont une invitation à bouger son corps. Chacun des musiciens parvient à tirer son épingle du jeu, tout y est : la guitare, la basse, la batterie et l'omniprésence de l'harmonica, arrivent à nous faire partager aisément leurs émotions et leur dynamisme. Une vraie personnalité se dégage de ce CD qui cache, cerise sur le gâteau, une vidéo live ! Ce jeune groupe parisien s'illustre donc avec brio et pêche dans le paysage rock français. On en redemande… ✍ Justine Sirkis ★★★★ SORTIE ALBUM « SAISON 1 » www.myspace.com/paalmer



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :