Nos'Arts n°6 avr/mai/jun 2010
Nos'Arts n°6 avr/mai/jun 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de avr/mai/jun 2010

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Arts Connection SAS

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 100

  • Taille du fichier PDF : 9,2 Mo

  • Dans ce numéro : Jean-Pierre Mas, parrain du numéro.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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CINÉMA A 59 PROPOS DE... Etre costumier au fil du temps Respecter l’histoire du vêtement dans une fiction n’est pas une mince affaire. C’est la difficile tâche du costumier, qu’il s’agisse pour lui de remonter aux temps des cavernes (La guerre du feu de Jean Jacques Annaud -1981 ; Penny Rose, John Hay) ou d’évoquer l’élégance de Versailles (Vatel de Roland Joffé - 2000 ; Yvonne Sassinot de Nesle). Pour la première société de location de costumes, fondée en 1862, les couleurs "rouge cramoisi ou bleu d’enfer", les mots "fraise, engageantes…" 1 étaient encore familiers. Autant de termes tombés en désuétude pourtant, depuis qu’Alfred de Musset évoquait pour s’en moquer la mode du vertugadin 1 dans les jardins de Versailles (Sur trois marches de marbre rose - Poésies nouvelles ; 1850). Pierre-Jean Larroque, passionné d’histoire, dont les créations pour les films d’époque sont souvent remarquées, savait à 10 ans qu’il serait costumier. Mais, le moment venu, ses parents furent bien en peine de lui trouver une école. Seule existait alors l'ENSATT (Ecole nationale supérieure des Arts et techniques du théâtre). Installée rue Blanche à Paris, l’école n’acceptait que 8 élèves par an. C’est là qu’il obtint son diplôme après des études aux Beaux-Arts de Toulouse, avant de devenir, en 1990, assistant sur Cyrano de Jean-Paul Rappeneau. Cinq ans après, il remportait le César du Meilleur Costume pour le film Lautrec de Roger Planchon. Il se souvient de l’époque où l’ouvrage de François Boucher (Histoire du costume en Occident-1965) ne se trouvait que sur commande et s’étonne de la prolifération des écoles qui se sont développées depuis les années 1980. La marque Dior, rappelle-t-il, faisait alors l’actualité de la haute couture et favorisait un engouement pour la mode et le vêtement qui ne s’est plus démenti. Mais, dit-il encore, « nous ne faisons pas le même métier, et quand je cherche une coiffe provençale de 1830, elle ne s’inspire pas de Christian Lacroix. »
Un savoir-faire à l’épreuve du temps Certains costumiers de talent ont suivi d’autres parcours pour entrer dans le métier, comme Yvonne Sassinot de Nesle, historienne de l’art, peintre et graveur. Elisabeth Tavernier s’admet volontiers plus autodidacte. Avant tout, il faut lire le scénario, écouter le réalisateur entre deux repérages, anticiper les plans, les scènes de groupe… puis vient le moment des croquis, de la recherche des tissus pas trop brillants pour la lumière, pas trop bruyants pour le son, susceptibles de se marier avec le décor, pas trop lourds, agréables comme une seconde peau… Pour E. Tavernier comme pour la plupart des costumiers, pas question de se contenter de louer ou de faire du shopping pour qu’apparaissent les marques au générique. P-J Larroque, que l’on retrouve auprès de Laurent Tirard pour Le Petit Nicolas, cherche parfois aux Puces de Saint-Ouen fripes ou modèles d’exception. Y. S. de Nesle allait même jusqu’aux soyeux de Lyon pour trouver une qualité de tissu qui tend à disparaître. Chaque création résulte d’un dialogue entre crayons et aiguilles, entre esquisses et essayages, avant d’étoffer un personnage. Mais comment ne pas se sentir un peu magicien quand on fait fondre, comme Yvonne, le Vincent Cassel de La Haine, en instituteur malingre dans L’élève (Olivier Schatzky 1996) ? Vaporiser d’un jus d’encre, teindre, patiner, c’est aussi métamorphoser le neuf en ancien. Pour le film de Roselyne Bosch, La Rafle (sortie le 10 mars 2010) P.J Larroque a dû dégrader couleurs et motifs des vêtements des déportés pour rendre visible plus que l’usure du temps, la réalité d’un vécu douloureux après la rafle du Vel d'Hiv, le 16 juillet 1942. Un métier d’équipe Mais un costumier est d’abord un intermittent du spectacle et selon le Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) son salaire brut débute à 1 600 €. Chargé de la conception et de la réalisation des costumes, il choisit son équipe de collaborateurs (assistants, couturiers, habilleurs, accessoiristes, etc.) en accord avec la production. Pour la réalisation des costumes d’un film d’époque, il faut prévoir entre 2 et 3% du budget global, soit entre 300 000 et 400 000 €. Etablir un budget et s’y tenir n’est pas le moindre de ses soucis. C’est d’ailleurs, à en croire Y. S. de Nesle, une des raisons pour lesquelles elle a fini par abandonner le métier, préférant peindre à l’aquarelle les calmes plages normandes qu’elle expose aujourd’hui. Elle évoque en effet les difficultés financières qui ralentissent les projets voire les stoppent comme en 1968, à la télévision, où elle avait été engagée et qu’elle quitta cette année-là, y revenant ponctuellement (Les Dames de la Côte de Nina Companéez, 1979). Alors tous les moyens sont bons pour faire des économies au profit de projets ambitieux. Pour Le retour de Casanova, (Edouard Niermans, 1992) Y. S. de Nesle abandonna à la production, pour le jabot d’Alain Delon, un coupon de l’exceptionnelle dentelle de Bruxelles au point d’Angleterre qu’elle conservait précieusement. Elle restaurait ou confectionnait elle-même les éventails dont deux se trouvent encore présentés au musée 3. Car ne nous y trompons pas, ces créations gardent de la valeur. L’Opéra Garnier n’a-t-il pas vendu en 2008, pour 320 000 €, près de 7000 pièces réalisées pour La Traviata, Roméo et Juliette, Faust… ? Aussi les costumiers tentent-ils aujourd’hui de se garantir la conservation des créations en privilégiant la constitution d’un atelier fixe de "première location" aux dépens de "l’atelier volant" qui permet à la production de rester propriétaire des costumes après chaque fin de tournage. Philippine Moranges 1- Col agrémenté de dentelle ; volants ornant les manches pièce destinée à faire bouffer les jupes. 2- Elle reçut le 1 er César de la profession en 1985 pour Un amour de Swannde Volker Schlöndorff. 3- Musée de l’éventail- 2, boulevard de Strasbourg 75010 Paris. 60 A propos de...



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