Nos'Arts n°2 jui/aoû 2009
Nos'Arts n°2 jui/aoû 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de jui/aoû 2009

  • Périodicité : irrégulier

  • Editeur : Arts Connection SAS

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 14,4 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Das, peintre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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37 Nouvelle Je suis rentré ce soir là en longeant le canal. J’avais pris le temps de ramasser et de mettre dans ma poche quelques petits éclats d’ardoise tombés des toits. Nous reviendrons dimanche faire des ricochets sur l’eau pensai-je. Puis j’avais plongé jusqu’aux maisons fantômes de la rue d’Arpin. On les avait appelées ainsi parce que quand le soir nous surprenait elles formaient un linge blanc suspendu dans l’espace. La terre était froide et le ciel gonflé de moutons bleus pâles. Arrivé en bas de l’immeuble, j’ai remarqué le manque de lumières mais j’ai cru à une facétie de ta maman. J’ai pris l’ascenseur. Je ne le prenais qu’avec toi habituellement. J’avais hâte de vous rejoindre, de t’embrasser. Mais j’ai eu beau frapper à la porte, appeler, hurler dans toutes les pièces ; il ne me revenait que l’écho du silence. Sur la table du salon là ou s’égayaient encore quelques miettes, il y avait une lettre. Sa lettre ! Des mots d’adieux sans appel, gant de crin sur le cœur... « Nous étions de loin en loin ces derniers temps, devenus de simples amis. Il vaut mieux en rester là. En bons amis. Je prendrais plaisir à te revoir dans quelques temps. Entre amis. Il n’y a plus le fil tendu des sentiments amoureux. Ca me rend triste et malheureuse mais c’est ainsi. Conserve-toi bien et ouvre toi à la vie. Il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux ! Isabelle » Je me suis précipité dans la chambre d’angle où trônaient encore tes jouets. Sur ton lit très bas encombré de couleurs et d’habits, il n’y avait plus le nounours que je t’avais offert au Noël passé et que tu transportais avec toi comme un trophée. Vous aviez dû partir avec une simple valise... Le lendemain, Isabelle est revenue accompagnée de déménageurs qui ont dévalisé l’appartement. www.photo-libre.fr - Ca va ? m’a-t-elle dit. Bien sûr que ça allait. J’avais l’impression que l’on m’amputait une partie de ma vie. Disparus le tableau au soleil couchant, la chaîne-hifi, la moitié de la discothèque, l’ordinateur portable, la comptoise de l’entrée... et toi ! À jamais ! Les premiers temps pour ne pas ressentir le manque ou l’absence, je me suis noyé dans le travail et le tourbillon de l’existence. Et puis au fil du temps Ce fut comme un renoncement de tout vacarme, je me suis recroquevillé, emmuré sur moi-même et le mal de toi s’est fait ressentir. Tu m’avais rempli l’esprit de longs mois et je devenais incapable de penser à autre chose qu’à toi. Je te voyais te réfugier dans mes bras en cage et me submerger de tendresse et de baisers. J’avais beau vouloir te garder le plus longtemps possible contre moi, tu trouvais toujours l’ouverture. C’était devenu une obsession comme une migraine qui s’engage, comme une odeur qui colle à la peau... J’ai voulu guérir. J’ai multiplié les conquêtes. Des sublimes à des plus pâlichonnes. Jusqu’à la dernière, une petite bien grasse avec des seins chocolat. Je ne voulais pas vieillir, m’abandonner au chagrin. Pourtant, dès que je me retrouvais seul, j’étais perdu dans un territoire inconnu, livré sans mode d’emploi ! Je regardais autour de moi, à l’intérieur de moi et j’avais froid, j’avais peur. Je t’avais en tête et dans le cœur. Tu grandissais et tes images étaient des coutures dans le temps. Je n’étais pas ton père biologique. Lui avait été nomade et s’était payé de mots et de sexe, un hors sujet de ta vie. Moi, j’avais veillé sur ta petite enfance et tu m’avais choisi. Cela fait trop longtemps qu’un voile glacé s’est abattu sur mes souvenirs. J’observe souvent les autres enfants, ceux des voisins, des anonymes et j’y cherche ton sourire malicieux. La première fois que je t’ai vu, rappelle-toi, on s’est mesuré du regard mais aucun de nous a essayé de s’emparer ou de dominer l’autre. C’était une force attractive qui n’a fait que s’épanouir jusqu’à ton départ. Isabelle m’a quitté mais c’est toi qui m’as manqué. Elle m’avait demandé de me séparer de tout. Ne rien laisser en moi de notre histoire. De rester les mains vides... Mais mon cœur s’est figé comme un mort. - On rebondit comme une balle, avait prévenu ta mère. Elle parlait pour elle. Peut être même pour toi qui nourris d’autres vies aujourd’hui. Moi, j’ai jeté l’ancre dans des criques improbables Par-dessus un ciel clinquant.
Georges Grard L’enfant d’un autre Contact : grrrart@wanadoo.fr Je sais que le cœur est orphelin si la tête est ailleurs. J’ai connu des douleurs jusqu’à crier aux flammes mais, là, j’ai l’impression de chavirer. Chavirer des nuits entières, m’égarer dans des labyrinthes... Au fond de moi, chaque jour ressemblait à l’autre. L’absence de tes rires dans mon cou, de tes larmes dans ma gorge creusaient mon existence et la ridaient. Depuis toi, la fête de la vie ne battait plus son plein. Il y a peu, j’ai revu Isabelle, par hasard. Elle était pressée. Elle avait vieilli, j’avais blanchi et n’avais rien à lui dire. Juste parler de toi. Mais.. - Il a grandi. C’est un géant ! Tu ne le reconnaîtrais pas ! - Tu crois qu’il me reconnaîtrait ? Ai-je avancé. - Voyons, mais il n’avait que trois ans ! Je suis soudain tombé dans un puits profond... Nostalgique, inconsolable ! Te souviens-tu de nos promenades, de nos jeux, de notre complicité intense, de ces moments où nos cœurs n’ont jamais été aussi rouge ardent ? Comment expliquer à ta mère que www.photo-libre.fr ma tristesse est lourde, que je me réveille chaque matin comme si j’étais en apnée, qu’un poids incroyable écrase mes poumons. Les pages du calendrier ont volé, les saisons ont jauni.. Bêtement, les larmes me montèrent jusqu’aux yeux et j’avais beau tenter de les étouffer, elles se fixèrent sur mes joues. - Tu es bête ! - Non, je suis un bloc de tristesse... - Mais nous avions atteint la fin de notre histoire et il valait mieux arrêter que de se déchirer, non ? Mais c’est toi qui me manques et quand le jour et la nuit unissent leur lumières, je te revois et je fonds. Ton nez doux, tes yeux sombres et rieurs, ton épi dru sur tes cheveux noirs plantés au-dessus de sa tête, tes grains de beauté, constellation d’étoiles sur ta poitrine, tes mains roses croisées sur ton ventre rebondi, ton petit air froissé qui éconduisait ta mère pour te réfugier dans mes bras, tes pas libres et aériens qui déliaient le monde en une danse féconde... C’est bien simple, quand je rentre dans ton ancienne chambre un carrousel tourbillonne dans ma tête... Ce n’est pas la vieillesse en elle-même qui me fait peur mais mon corps et mon cœur qui portent le désordre, la solitude et ton absence. Isabelle a ri et m’a jeté son rire dans les yeux. Elle m’en éclaboussait le visage. J’étais accablé d’une mélancolie sans fin... Je suis retourné dans ma maison borgne sans même lui abandonner un adieu. J’étais tombé d’amour pour une boule de chair et de sang fébrile, chaude, insolente, animale et généreuse et c’est moi qui étais orphelin. Il avait suffi que tu trempes ton regard dans le mien pour que je sois irradié. Un enfant est capable de faire du bonheur avec tout. Encore aujourd’hui, je me plante devant la porte de ta chambre d’où j’ai retiré les traces de tes sourires serpentins. La main sur la poignée, je reste de longues secondes le cœur battant. J’ai essayé de t’oublier, mettre fin à ce supplice, me passer une bonne fois pour toute de ta vie chancelante. Je n’y suis jamais arrivé. Ce n’était pas ta faute. Tu ne m’avais pas jeté comme on jette un jouet par bravade ou colère. Tu avais subi le monde des adultes. Un monde qui avait explosé devant toi et tu avais dû payer ta part de peines sans que personne n’en sache le prix. J’ai disparu du jour au lendemain de ton horizon et si ta vie est devenue un grand désordre, je ne peux pas t’aider à en reconstruire le puzzle... Mais pourquoi ce torrent amoureux s’est tari par la loi des hommes et du temps ? Nos sociétés ont un cœur en béton armé. Le mien était de porcelaine et il se sent devenir vieux... J’ai beau fouiller dans mes poches, je n’y trouve plus d’éclats d’ardoise... et mes ricochets se meurent en eaux troubles dans des clapotis disgracieux. 38 Littérature - Nouvelle



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