Nice-Matin n°2015-11-29 dimanche
Nice-Matin n°2015-11-29 dimanche
  • Prix facial : 1,50 €

  • Parution : n°2015-11-29 de dimanche

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 70,8 Mo

  • Dans ce numéro : Ben Arfa et les autres Niçois sont tombés à Toulouse (2-0),

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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L’interview Berling : « La culture c’est aussi un combat » Après les sanglants attentats du 13 novembre àParis, le comédien estime « qu’il faut faire la guerre, mais ne faisons pas que la guerre ». Un appel àlaréflexion pour éviter l’escalade C harles Berling est un homme de son temps, un artiste accompli qui n’a pas profité du succès pour s’isoler dans sa tour d’ivoire. Né à Saint-Mandé mais Toulonnais d’adoption, il passe régulièrement du cinéma populaire (3,3 millions d’entrées pour Le Prénom) au théâtre le plus exigeant. De l’aveu de la critique parisienne, réputée pour son absence de complaisance, il excelle dans Vu du pont, la pièce d’Arthur Miller qui vient de tenir plus d’un mois l’affiche àl’Odéon. Il est aussi le codirecteur du théâtre Liberté à Toulon. Quelssentiments provoquent en vous ces attentats ? Tellement de sentiments terribles, violents,contradictoires. D’abord une profonde tristesse et comme chez beaucoup de gens,une grande solidarité, une grande compassion. Avez-vous des proches parmi les victimes ? Des gens que je connais ont été touchés. Même de façon indirecte,je suis surpris du nombredepersonnes que je croise et qui ont un lien avec l’une des 500 victimes,morts et blessés. Tout le monde se sent proche de ce qui s’est passé. À Paris, ce soirlà, beaucoup auraient pu prendre une balle. C’est arrivé de manière très aléatoire. Moi, je jouais au théâtre. Les terroristes auraient pu venir àl’Odéon, parce que c’est aussi un symbole de culture, de liberté de penser.Je n’ai appris ce qui s’est passé qu’à la fin du spectacle. L’Odéon nous a demandé de ne pas rester sur place. Vous rentrez à vélo c’est un peu inconscient ? Ce n’est pas inconscient du tout. Ce terrorisme,c’est de la loterie. Je ne veux pas changer ma vie, mes habitudes,pour donner raison àdes gens qui veulent imposer leur point de vue par la force, par la négation totale de l’autre. Je suis choqué, mais ce soir-là comme les autres soirs,je prends mon vélo parce que c’est ce que je fais normalement. Vous revenez du Maroc. La réaction est la même ? C’est un choc pour eux aussi. Le 11 janvier,après les attentats de Charlie,j’étais aussi au Maroc,les gens étaient tout aussi bouleversés. J’ai bien sûr beaucoup de compassion pour ce qui s’est passé à Paris. J’en éprouvebeaucoup de peine. C’est d’autant plus fort quand on est tout près. Mais la démocratie et la laïcité ont aussi été attaquées ‘‘ La laïcité attaquée dans plusieurs pays. » dans d’autres pays de la Méditerranée. La défense de la démocratie,des valeurs de civilisation face àuntotalitarisme « Jecrains l’élection du FN » Dans une semaine,les élections régionales. Allez-vous vous impliquer ? Je ne suis pas pour le Front national.Jenevoudrais pas ce que l‘on a vécu à Toulon pour la région Paca.Cette jeune femme [Marion Maréchal-LePen,ndlr] a un visage avenant, mais elle véhicule des idées extrêmes et passéistes qui ne font pas confiance à la diversité de notre pays. En montant les gens les uns contre les autres,elle risque de fomenter des conditions de guerre civile. Je suis un artiste, je ne veux pas m’impliquer trop directement dans le jeu politique,mais il y aune chose que je crains par-dessus tout, c‘est l’élection de Le Pen. terrible,neselimitepas àla France intramuros.En Tunisie,je connais par exemple des femmes qui se battent, elles aussi, depuis longtemps pour l‘égalité hommes-femmes. Cettenuit-là, par-delà les vies humaines,qu’est-ce que les terroristes visaient ? Comme partout dans le monde,la musique,les grands rassemblements populaires comme le football,les cafés, les gens qui prennent du bon temps. Au-delà de la mort de ceux qu’ils ont tués,c’est une atteinteàla liberté de vivre, de penser,à la liberté de se cultiver,à l’art,à la musique,à la religion. La marque d’une sorte de nouveau fascisme. C’étaient des jeunes qui tiraient, tuant d’autres jeunes comme si la vien’avait aucune valeur : c’est quoi le problème ? La question est très vaste. Le problème est qu’un capitalisme mafieux règne dans le monde. Beaucoup d’argent circule. Les circuits financiers sont une autoroute. Les terroristes peuvent puiser dedans pour mener leur guerre. Face àces gens avec qui le dialogue est plus que rompu, il ya une réponse armée,que je comprends et qui est nécessaire. Ça s’appelle la guerre. Mais il n’est pas forcément habile de faire comme les États-Unis après 2001, de répliquer à chaud, trop rapidement. Il faut savoir faire la guerre, mais ne faisons pas que la guerre. Continuons à défendre nos valeurs de civilisation, notre culture parce que leur stratégie, c’est fomenter des guerres civiles, nous monter les uns contre les autres. Il y a un devoir profond de continuer à vivre comme des démocraties,ànepas fairede nous des républiques guerrières à leur image. Et ce n’est pas le moment en France d’attaquer la religion musulmane qui n’arien à voir avec ces attentats. La cultureest la solution ? Un jeune en déshérencepeut se tourner vers des radicaux religieux. Il peut aussi se tourner vers l’art ! Nous sommes actuellement dans une phase de sidération, de tristesse,mais il y a beaucoup de choses positives dont il faudrait parler.Parlons de ce travail extraordinaire, depuis Malraux, soutenu par de Gaulle, en faveur de la culture pour tous ! De tous ces gens merveilleux qui travaillent en Franceàrassembler les publics comme nous par exemple,au théâtre Liberté [à Toulon,ndlr]. Si on ne fait pas ces ponts-là, c’est la guerre. La pensée, la culture, la liberté, c’est aussi un combat. Le Liberté que vous dirigez à Toulon est un théâtre mais pas seulement. Hubert Falco est un maire qui ne se dit pas seulement « Toulon doit grandir économiquement » mais aussi que la ville grandit parce que sa culture grandit. Il fait partie nice-matin Dimanche 29 novembre 2015 des politiques qui comprennent cetenjeu. Depuis une dizaine d’années,il y a ici un véritable renouveauauniveaudela culture. Lesgens sont derrière nous,ils ont envie d’y aller.Le Liberté nous voudrions que ce ne ‘‘ (Photo Luc Boutria) Une atteinte àlaliberté de vivre. » soit pas qu’un théâtre, mais aussi un lieu où tout le monde se sente chez soi au niveau de l’art,de la pensée,delaculture. Au sortir de cettedureséquence, restez-vous optimiste sur la capacitédenotrepaysàrétablir le vivre-ensemble ? Oui, je restetrès optimiste, parce que j’ai autour de moi, des jeunes gens de 20 -25ans,detoutes origines qui en ont fondamentalement envie.Il faut plus les écouter.C’est par notre jeunesse que l‘on pourra reconstruirecepays. Comme disait Ferré avec la poésie. « A l’école de la poésie, on n’apprend pas,onsebat. » C’est aussi valable pour la laïcité,la civilisation, la démocratie. Je resteoptimiste parce que la capacité de cette jeunesse àprendreenmain son destin dans les conditions qui sont celles d’aujourd’hui, elle existe. PATRICE MAGGIO pmaggio@nicematin.fr
MA PLANÈTE Environnement COP 21 MA RÉGION Climat&météo : le bulletin de la semaine La navigatrice Isabelle Autissier,présidente de l’association WWF-France, est dès demain, parmi les ONG invitées au sommet sur le climat àParis. Le Niçois qui rêvait d’une voiture électrique Quel est, selon vous l’enjeu de la COP21 ? Le réchauffement climatique, c’est la paix ou la guerre. Il faut arriver à le contenir à +2°C. Audelà, il n’y aura plus assez d’eau pour tout le monde sur la planète. Vous vous rendez compte du pouvoir explosif de ces 2°C.Les entreprises –mis à part les marchands d’armes –ne vendront plus rien, même pas du Coca-Cola. Elles ont besoin de paix pour travailler. ‘‘ Il faut que les États s’engagent à stopper leurs subventions aux énergies fossiles. » Les États vont-ils yparvenir ? Pour l’instant, quand on fait la somme des efforts de tous les pays,onest entre+2,7 et 3°C. Il faut voir ce qu’ils sont prêts à accepter en plus. Forcément, il y aura dans le texte final,des choses bien et moins bien. Mais il faut qu’un vrai chemin soit tracé. Il faut un vrai signal politique. Quel peut être ce signal ? Il faut que les États s’engagent à stopper leurs subventions aux énergies fossiles à tel horizon. A ce moment-là, les entreprises s’orienteront vers les énergies renouvelables. Il faut sortir de ce système qui a été gavé de pétrole. On a construit des lobbies,celui des voitures par exemple.Ils veulent continuer leur business comme avant. Forcément, certains pays ne veulent pas que ça change,comme la Russie ou l’Arabie saoudite, et d’autres qui tirent profit de leurs ressources. Quel rôle va jouer l’association WWF-France dont vous êtes la présidente, durant la COP21 ? Nous ne participons pas aux négociations,bien sûr,mais nous allons fairepasser des messages aux « sherpas ». Ce sont les conseillers qui auront accès à la zone où se trouveront les représentants des pays.Nous, nous serons en zone bleue où seront rassemblés des syndicats, des entreprises,des ONG comme le WWF,etc.Environ 20 000 personnes. Il y a aussi les colloques sur un tas de thématiques,qui vont nous permettredefairedes focus sur un problème ou un autre. L’océana-t-il étéoublié des négociations ? L’océan n’est pas un pays,c’est pour cetteraison qu’il n’est pas à la table des négociations. Il ne va pas signer àlafin. Mais au Bourget, on a rattrapé les choses avec la coalition ClimatOcéan qui va permettre au WWF d’aborder ce sujet, lors de discussions et de réunions de travail.Et la France en tant que deuxième nation maritime du monde en terme d’espace, doit inclure des décisions sur l’océan. Pourquoi, c’est si primordial ? Si nous sommes là, c’est grâceà l’océan. Il apermis la vie, mais il n’est pas en bon état. Il est vidé de ses habitants àcause de la surpêche.Ildevient acide.Ilest pollué. Il se réchauffe. Mais c’est un allié extraordinaire:il fournit 50% de l’oxygène que l’on respire et absorbe 90% de la chaleur supplémentaire due à l’effet de serre. On vient de vivreles deux mois les plus chauds de l’année Les aventures de Zoé ne font que commencer Quand Zoésepromène sur la plage,Dino n’est pas très loin. Et quand elle s’aventuredans l’eau, d’autres animaux veillent sur elle. C’est le casdeValentin le dauphin. Il l’aviterepérée avec son maillot rayé de rouge et de blanc.Ils deviennent très vite des amis. Et Zoé découvrelavraie viedecechampion des cabrioles : comment il dortourespire ; cequ’il mange, etc. Impossible d’oublier Zoé, l’air de la comptine gravésur le La navigatrice Isabelle Autissier va faire une course autour du monde sans quitter Le Bourget, le temps de la COP 21etde faire passer des messages aux chefs d’Etat. (DR) depuis l’invention de la météo. On ne voit que l’augmentation de la températuredel’air,parce que ça nous touche mais il faut imaginer que dans la mer,c’est neuf fois pire. Votre livre Zoéetledauphin,est-il un moyen de défendre l’océan ? Un truc m’a toujours énervée quand on s’adresse aux enfants sur le thème de la mer : onleur raconten’importe quoi. Pourquoi ne pas dire la vérité ? La vie des animaux dans l’océanest magnifique : la façon dont ils se nourrissent, se déplacent, élèvent leurs petits. Racontons les vraies choses. Elles sont drôles. Il faut instruireles petits urbains qui ne CD qui accompagne le livre, est comme la chanson des vagues qui se posent sur le rivage : iltourne en boucle. « Gambade la baleine, quand la mer est pleine. Le dauphin se dandine, plouf fait la sardine », etc. Le crabe,lamouette, la méduse et Dino suiventdans la chanson. Zoéetledauphin ce n’est que le début. D’autres aventures se dessinent déjà. La suiteauprochain épisode. R.M. voient pas la natureplus loin que leur parc. L’État a réduit ses aides aux parcs naturels,comme celui de Port-Cros. Allez-vous réagir ? J’ai étéalertée. Ce n’est pas un bon signal et l’on va se pencher dessus. J’ai été administratrice du parc naturel de Port-Cros pendant cinq ans. Lesparcs nationaux sont un vrai outil de résilience pour la nature. Elle peut se défendre quand on la laisse tranquille. Ce n’est pas un sujet de COP21mais la question sera posée aux ministères concernés. PROPOS RECUEILLIS PARRÉGINE MEUNIERrmeunier@nicematin.fr dauphin Isabelle AUTISSIER Avec Zoé (ci-contre) Isabelle Autissier raconte lavraie vie des océans. (DR) Collection Isabelle Autissier raconte.Éditions 2pies tant mieux. 11,90 €. nice-matin Dimanche 29 novembre 2015 Le combat d’un Niçois pour une prise électrique Thierry M. est infirmier libéral. Âgé de 50 ans, il veut « vivre avec son temps ». Sauf qu’un obstacle insurmontable barre la route du véhicule électrique qu’il aimerait acheter. Du coup, la COP 21 lui fait l’effet de poil à gratter. « J’ai pris connaissance devotre dossier Spécial COP 21, paru jeudi. Je voudrais vous faire part dequelques réflexions. En France, nos politiques parlent beaucoup et agissent peu. Ils nous distribuent beaucoup de grandes idées et nous culpabilisent sans que l’on ait de solutions viables àmettre enœuvre. Prenons l’automobile. Nous avons un discours de plus en plus autophobe. Aujourd’hui, on veut « manger » dudiesel, surtout depuis le scandale Volkswagen. Ce carburant qui avait toutes les vertus il ya quelques années, doit être éradiqué le plus possible. Je suis infirmier libéral et je parcours 30 à40000 kilomètres annuellement dans Nice intra muros. En « bon citoyen »,j’ai voulu acheter un véhicule électrique pour moins polluer. J’ai fait une demande auprès de ma copropriété pour installer une prise électrique dans mon garage, àmes frais. Le conseil syndical ainsi que l’assemblée générale ont refusé sous prétexte qu’il faut mettre l’électricité des parties communes aux normes et que personne d’autre n’est intéressé. Je me suis battu pendant trois ans avant derenoncer àvouloir faire avancer un dossier enfermé dans des turpitudes partisanes et éculées. Résultat j’ai racheté un diesel, sans savoir si demain, je pourrais circuler pour aller voir mes patients, encas de pic de pollution. J’ai demandé l’aide d’un avocat. Il m’a simplement dit que cela pourrait durer des années avant d’avoir une décision en notre faveur. Jesuis particulièrement remonté contre un système qui nous propose des demi-mesures sans que l’on puisse les mettre enœuvre. »



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