Nice-Matin n°2015-03-08 dimanche
Nice-Matin n°2015-03-08 dimanche
  • Prix facial : 1,50 €

  • Parution : n°2015-03-08 de dimanche

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : SCIC Nice-Matin

  • Format : (277 x 395) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 72,6 Mo

  • Dans ce numéro : coup d’envoi de la Foire internationale de Nice.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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l’Histoire Dimanche 8 mars 2015 RÉCIT La crise économique fait des ravages. Insurmontable. Implacable. La France n’a d’autresolution que de changer de régime. En 1848, le roi Louis- Philippe abdique, la Deuxième République est instaurée. Louis- Napoléon, neveu de Napoléon 1er se présente au suffrage universel –suffrage universel masculin, bien sûr, car seuls les hommes peuvent voter àl’époque. Il est élu. En 1851, comme son mandat de président n’est que de trois ans et qu’il veut rester au pouvoir,ilorganise un coup d’état et devient empereur sous le nom de Napoléon III. Le nom de Napoléon II n’est pas utilisable, ayant été porté quinze jours, en 1851, par le fils de Napoléon 1 er, âgé de 4ans, surnommé l’Aiglon, et mortà21ans. Le coup d’état alieu le 2décembre 1851. Tout est réglé en trois jours, au prix de cinq cents morts àParis. La province ne bouge guère. Apart dans le Var où monte une insurrection dans laquelle va s’illustrer notre héroïne du jour, Césarine Ferrier. Les premiers rassemblements ont lieu àToulon le 3décembre. Le même jour, lamairie du Luc est prise d’assaut. Le 4arrive à Toulon un nouveau préfet, Théodore Pastoureau. Cuers, Brignoles, Vidauban, La Garde- Freinet tombent aux mains des Républicains ce jour-là. Le 5 décembre, l’armée entreprend sa répression àToulon et à Hyères. Le 6, Vidauban devient le quartier général de l’insurrection. Des manifestants arrivent de toutes parts. Mais c’est la colonne d’insurgés en provenance de la Garde-Freinet et de Grimaud qui attire l’attention. Elle est en effet conduite par une femme brandissant un drapeau, coiffée d’un bonnet phrygien, drapée d’un long manteau bleu et rouge. Cette Jeanne d’Arc varoise s’appelle Césarine Ferrier. Une Dracénoise prend la tête Césarine Ferrier a défendu la République contre Louis-Napoléon qui fait un coup d’État pour rester au pouvoir. Arrêtée, elle s’évade et émigre aux États-Unis L’écrivain Eugène Ténot, cité par René Merle, historien spécialiste de l’insurrection du Var, décrit son apparition : « Lorsqu’elle arriva ainsi vêtue à Vidauban, la foule provençale applaudit à outrance la nouvelle déesse de la liberté. » La Dracénoise devient « LaDéesse de la liberté » « LaDéesse de la liberté » ! Le nom est lancé. Il restera dans l’histoire. Il fait référence à l’image de ces femmes qui, tout Zola dans notre région Émile Zola apassé son enfance etune partie de sa jeunesse àLorgues et àAix-en-Provence. Il est évident que la ville imaginaire dePlassans dans laquelle il situe l’action des « Rougon Maquart » est inspirée par ces deux localités –et en particulier par Lorgues pour la description de l’insurrection du Varqui adirectement touché ce village. ŒUVRES ŒIMPLETES ILLUSTRÉES VOILE ZOLA UMM LES ROUGON-MACQUART smssnse 4074 LA FORTUNE DES ROUGON PARIS BIBLIOSIMOOE.C112111.01,61t MW mss. OMM j eue'417'=teçt e>4 IIISE EiN ET-1T. HE SIÈGE, DU DÉPARTEDIENT. Nous, t'in,.r.. fo du népureeineul du Vnrt4C..,I,lutr,I,n. j.11,%.1,11oj...a1,1..d.,1,7,.,0frl..4:1,4, !.,14.tr2nt,z. du riulUritur., er dule du Y drreuder Mil :.,, h. !..y., r\ku,%, r,i.i ; :i1..i,.,z‘u.e,..,u lr.14. IleI77. 1.ned/. : d.0 d,ri, 11.1ilItal, un.l.., i uneoUl-l.11eur7, nul eaili,liped plu bi.orle', ‘iduall Oui Aillé, du di. :. ion, u`l lieur. 11,rrruu. ploe ru Cure, leu mrgiuruu. a tu...gr. dr le% 40 Vlintntil. (0.433 truLlique élui.. tilbnrcleen.,1,16. et'Wh/61W I V.11. anal gros. : rye'SnnS. praé. dr Merle : rylerrie- tint né robiel Je ; de tesenonter,Rt Ch, dru nraiss à Selo anse ans li. r dà n'Anna de s> los Ille, rz puluelpui 1'17.r717114lruratn ! 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Un tableau de Césarine Ferrier arrivant au pied du clocher de la Garde-Freinet avec son cortège d’insurgés a été peint par Paul Preireetsetrouveaujourd’hui dans la salle du conseil municipal de cette cité. Il évoque l’insurrection varoise de 1851, qui avait entraîné la mise en état de siège du département (photoci-dessus) et le soulèvement d’émeutes dans beaucoup de villages,comme ci-dessus àTourtour. (DR) en n’ayant pas le droit de voter, incarnent la République depuis la Révolution, et sont représentées dans maints tableaux ou sculptures comme la « Liberté guidant le peuple » de Delacroix (datant de 1830) ou la statue de la Liberté, inaugurée en 1889, àToulon dont la place du même nom est créée en 1852. Qui est cette Césarienne Ferrier ? Repasseuse de métier, elle est née àDraguignan en 1830. Elle s’appelait Icard. Elle s’est mariée en juin 1848 avec Joseph Ferrier, charron de son état qui, à la faveur de l’insurrection du Var, s’est Le 7décembre,entraînée par Césarine Ferrier, sa Déesse de la Liberté, le bataillon des insurgés se dirige vers les Arcs, Lorgues, Salernes. Les roulements de tambours, les cris de « Vive la République » accompagnent leur progression Les « Rougon Maquart » Les « Rougon-Maquart » de Zola sont un ensemble de vingt romans célèbres écrits àpartir de 1871 : « LaFortune des Rougon », « Lacurée », « LeventredeParis », « Laconquête dePlassans », « Lafautedel’abbé Mouret », « Son Excellence Eugène Rougon », « L’assommoir », « Une page d’amour », « Nana », « Pot bouille », « Aubonheur des dames », « Lajoie de vivre », « Germinal », « L’œuvre », « Laterre », « Le rêve », « La bête humaine », « L’argent », « La débâcle », « Ledocteur Pascal ».t.
l’Histoire Dimanche 8 mars 2015 de l’insurrection varoise de 1851 L’acte d’accusation de Césarine Ferrier Lors du procès le 16 février 1852 à Draguignan, a été rédigé à l’encontre de Césarine Ferrier cet acte d’accusation : « Partie de Grimaud pour la Garde-Freinet. Là le chef Arambide lui remet une écharpe rouge, elle se met en marche pour encourager les autres femmes. Elle a été ensuite coiffée d’un bonnet phrygien rouge, elle est allée jusqu’à Aups, elle apassé la nuit dans la maison de Monsieur de Saint André deGrasse. Le mercredi le sergent Chanot du 50 e régiment trouva dans un lit le bonnetphrygien et l’écharpe rouge. Très exaltée, elle ajoué dans la colonne le rôle de la déesse de la liberté. Femme de mœurs suspectes. Le bruit public l’accuse d’avoir été pendant l’insurrection la maîtresse du sieur Campdoras, insurgé, chirurgien du bateau àvapeur de l’état « Lepingouin ». Elle se faisait remarquer par son exaltation, par ses propos séditieux. Elle aurait dit àVidauban qu’elle laverait ses mains dans le sang des blancs. Elle était armée d’un fusil et portait un bancal en bandoulière. Elle excitait les femmes àmarcher, elle disait : « Je ne suis qu’une femme, mais après la victoire jeferai comme les autres, j’assouvirai ma vengeance sur les blancs ». À Salernes, elle se présenta chez le curé avec quatre femmes de la Garde-Freinet qu’elle conduisait et exigea qu’il lui livrât des liqueurs pour les distribuer àlacolonne -cequi eut lieu. » 11 MI Ill IMPLE F411(11S. riLE PRÉNIDEIT DE LI 11ÉPHILIOSE htnenenni top:0 OCCRETE : 111. I. Itillihmar mit ri.xoette, Art,4. rétnIAL Lit bef do 8l nufietl.ray, Arl, 8. 11, Peopid, 4,1t.1 mn, Oomilhoo jneinail n 21 d bügllèbre °gué Itte.iii 1.1.im1 a,.r fait nommer maire de Grimaud par ses concitoyens le 4 décembre 1851. Elle va connaître la gloire, sous un autre nom, grâce àlalittérature. L’écrivain Émile Zola s’inspirera en effet de son personnage dans la série des « Rougon-Maquart ».Il l’appellera Miette Chantegreil. Voici comment est décrit l’épisode de Vidauban, dans le premier roman de la série, « Lafortune des Rougon » : « À côté d’elle se tenait l’insurgé qui portait le drapeau ; elle dit d’une voix suppliante : « Donnez le moi, je le porterai ! » Les ouvriers, simples d’esprit, comprirent le côté naïvement sublime de sa demande : « C’est cela, crièrent-ils, la Chantegreil portera le drapeau ! ». Un bûcheron fit remarquer qu’elle se fatiguerait vite, qu’elle ne pourrait aller loin. « Oh, je suis forte », dit-elle C’est le coup d’état du 2décembre 1851 par le futur Napoléon III (ci-contre) qui amis le feu aux poudres. (DR) th,o.d.gt,/hm, drElmlf Trot 440., mrcIr lil'Tir in 1 dlohiun fl. "qiebionro, ont dooroi 110 1111111.111.41r 11101Lh` do roserldinndn peyt 1111 Pl1i1li% d. rett.`1.. dereneefir, 1.0l./ei-N,41.0tEON Mb% t RTE. derrr.ermi.e. De « 41/1,1 Le sortdeMietteChantegreil Dans les « Rougon Maquart »,lesort deMiette Chantegreil n’est pas semblable àcelui de Césarine Ferrier puisque, dans l’assaut contre l’armée, Miette est tuée alors que Césarine arrive às’enfuir. Avant d’expirer, elle soupire son regret de mourir avant d’être devenue femme. Son amoureux, Silvère, l’embrasse avant qu’elle n’agonise. L’image de femmes défendant la République aété reprise dans foule de tableaux ou de sculptures comme la « Liberté guidant lepeuple » de Delacroix, la statue de la place dela Liberté àToulon, la « Marseillaise » de Rude àParis ou, ici, par un peintre inconnu du nom de Girennerie. (DR) Louis- Napoléon, alors Président de la République, décrète la dissolution de l’Assemblée nationale et du Conseil d’État ainsi que l’état de siège (ci-contre). (DR) L’écrivain Émile Zola s’inspirera de Césarine Ferrier dans la série des « Rougon-Maquart ». Il l’appellera Miette Chantegreil. orgueilleusement en retroussant ses manches, et en montrant ses bras ronds, aussi gros déjà que ceux d’une femme faite. Et comme on lui tendait le drapeau : « Attendez, reprit-elle ! » Elle retira vivement sa pelisse, qu’elle remit ensuite, après l’avoir tournée du côté de la doublure rouge. Alors elle apparut, dans la blanche clarté de la lune, drapée d’un large manteau de pourpre qui lui tombait jusqu’aux pieds. Le capuchon, arrêté sur le bord de son chignon, la coiffait d’une sorte de bonnet phrygien. Elle prit le drapeau, en serra la hampe contre sa poitrine, et se tint droite, dans les plis de cette bannière sanglante qui flottait derrière elle. Sa tête d’enfant exaltée, avec ses cheveux crépus, ses grands yeux humides, ses lèvres entr’ouvertes par un sourire, eut un élan d’énergique fierté, en se levant àdemi vers le ciel. Àcemoment, elle fut la vierge Liberté. Les insurgés éclatèrent en applaudissements. Ces Méridionaux, à l’imagination vive, étaient saisis et enthousiasmés par la brusque apparition de cette grande fille toute rouge qui serrait si nerveusement leur drapeau sur son sein. Des cris partirent du groupe : « Bravo, la Chantegreil ! Vive la Chantegreil ! Elle restera avec nous, elle nous portera bonheur ! » … Affrontement àAups Le 7 décembre, entraînée par sa Déesse de la Liberté, le bataillon des insurgés se dirige vers les Arcs, Lorgues, Salernes. Les roulements de tambours, les cris de « Vive la République » accompagnent leur progression. Ils souhaitent rejoindre une armée de volontaires qui s’est levée dans les Alpes-de-Haute-Provence. Césarine en tête, la révolte bouillonne dans les terres varoises. On rassemble des partisans dans les villages, emportés par le tourbillon des chants et slogans patriotiques. Le mouvement tiendra-t-il longtemps ? Tout s’effondre à Aups, le 10 décembre. Ce jour-là a lieu l’affrontement redouté avec l’armée du préfet Pastoureau. Les coups de feu jaillissent de tous côtés. Le combat est inégal. Les insurgés luttent en désordre. De nombreux morts tombent à terre. L’insurrection est matée. Le préfet Pastoureau déclare, le 11 décembre : « Leparti de l’anarchieetdes Nne.1 VI NA S RUORI SRE TION 1851 Le soulèvement du Var a donné lieu à une littérature abondante, dont l’ouvrage « L’insurrection varoise de 1851 contre le coup d’ÉtatdeLouis- Napoléon Bonaparte » (Marseille,Éditions Gaussen, 2013) par l’historien de notre région René Merle, agrégé d’Histoire. (DR) brigands est écrasé, celui des lois, du travail, de l’ordre, de la justice, de la paix, celui du pays honnête triomphe ! » Césarine aréussi àfuir. Elle est arrêtée quelques jours plus tard à Riez. Un procès alieu en 1852 àDraguignan. Elle est officiellement présentée comme « couturière, connue sous le nom de la déesse, femme sans pudeur et sans moralité ». Sa condition de femme est bassement salie. Elle est condamnée àdix ans de prison en Algérie. Lors du procès, six autres femmes que Catherine Ferrier a entraînées derrière elle sont également condamnées àla prison en Algérie : Catherine Truc, épouse d’un cordonnier, Solange Lonjon, boulangère duLuc, Angélique Bérenguier, Julie Isnard, Joséphine Massé, Appoline Lonjon, bouchonnières à la Garde-Freinet. Les peines de toutes ces femmes, Césarine Ferrier comprise, seront commuées en avril 1852 en surveillance à domicile. Par la suite, Césarine s’évada et émigra aux États-Unis avec son mari. Ce pays n’avait pas encore sa Statue de la Liberté mais déjà sa déesse. Et ils ne le savaient pas… ANDRÉ PEYREGNE Lors de la reconstitution du parcours de Césarine Ferrier, en2001, les villageois de la Garde-Freinet s’étaient largement mobilisés. On voit ici Aline Rocchia dans le rôle de Césarine. (DR) Une célébration orchestrée par Gérard Rocchia En 2001, le Conseil général du Varacélébré les 150 ans de l’insurrection et de l’action de Césarine Ferrier. Une reconstitution historique aété faite àl’époque par l’écrivain Gérard Rocchia, auteur du roman historique « L’histoire oubliée », qui évoque largement les événements de 1851. (550 pages). On peut se produire l’ouvrage par internet : www.rocchiagerard@yahoo.fr.



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