Néoplanète n°9 jui/aoû 2009
Néoplanète n°9 jui/aoû 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de jui/aoû 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Kel Epok Epik

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 78,8 Mo

  • Dans ce numéro : Bixente Lizarazu planche sur l'écologie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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[participer] Espace : la guerre des déchets Les débris en tout genre s’accumulent autour de la Terre. À tel point qu’ils pourraient un jour rendre inutilisables certaines orbites. Pour préserver la planète bleue, il faudrait donc aussi dépolluer l’espace. Par Vincent Rondreux Ce n’est pas la guerre des étoiles, mais ça y ressemble. Le 10 février 2009, le futur… est arrivé ! Sibérie du Nord, altitude 800 kilomètres environ : le satellite commercial américain Iridium-33 et le satellite russe usagé Kosmos-2251 se percutent. La collision a lieu à la vitesse de près de 12 kilomètres par seconde, générant des centaines de déchets supplémentaires dans l’espace. Un tel accident est le premier du genre, même si plusieurs autres collisions orbitales ont été répertoriées par le CNES (Centre national d’études Des Débris fonçanT À 10 km Par seConDe… Certes, bon nombre parmi les plus proches finissent par retomber sur la planète, éventuellement en se désintégrant totalement dans l’atmosspatiales) : satellites contre débris, étage de lanceur contre débris… Surtout, au rythme auquel les déchets s’accumulent, ces collisions pourraient se développer comme lors d’une réaction en chaîne : un accident multiplie les nouveaux débris et augmente donc la probabilité de nouvelles collisions. Avec, au final, un espace rendu inutilisable. Car là-haut, cela ressemble parfois au périphérique parisien : ça tourne dans tous les sens. Normal : avec les quelque 4 600 lancements effectués depuis plus de cinquante ans, le CNES fait état [8] de 12 600 objets volants sans utilité et d’une taille de plus de 10 cm. Ils sont souvent concentrés sur des orbites très utiles, donc très fréquentées, comme les orbites basses, à quelques centaines de kilomètres, ou l’orbite géostationnaire, à 36 000 km.
illustration : christophe besse - photos : neil gould/www.sxc.hu - michael lorenzo phère, mais leur durée de vie dans l’espace peut également être très longue. Sur Terre comme dans l’espace, on se soucie suffisamment de ces objets volants indésirables mais répertoriés, pour suivre constamment leur pérégrination. Et ordonner, au besoin, des manœuvres d’évitement… Certains pointant en plus du doigt les déchets nucléaires de moteurs qui se promènent à vive allure. Mais surtout, les déchets de l’espace ne sont généralement pas répertoriés. On compte en centaines de milliers les objets de 1 à 10 cm (300 000, selon le CNES) et en dizaines de millions les particules de 0,1 à 1 cm (135 millions, estime le CNES). Ces petits objets vont du boulon à la brosse à dents, en passant par les fragments de panneaux solaires usés… Soit. Mais un millimètre, ce n’est rien, direz-vous ! Oui, sauf qu’une sphère en aluminium de 1 mm qui fonce à 10 km par seconde (soit 36 000 km/h) peut perforer une paroi d’aluminium de 4 mm d’épaisseur, toujours selon le CNES. Cette minuscule bille possède alors la même énergie cinétique qu’une boule de pétanque lancée à 100 km/h. On a ainsi repéré des milliers d’impacts sur les panneaux hors-service du télescope Hubble. sateLLites éboueurs De manière générale, les spécialistes estiment qu’il existe des dommages « significatifs » (débris de 0,1 à 1 cm) et « très importants » (objets de 1 à 10 cm). Pire : si l’on peut éviter les plus gros objets répertoriés et se protéger contre les plus petits (blindage, conception des engins…), la taille 1-10 cm pose un vrai problème, car dangereuse et non maîtrisée. L’enjeu est donc à la fois d’éliminer ces objets - à quand un satellite éboueur ? - et d’éviter d’en ajouter. Comment ? Entre autres possibilités : renvoyer satellites usagés et morceaux de lanceurs vers la Terre ou, au contraire, les diriger vers des cimetières de l’espace, sur des orbites qui ne gênent pas l’activité humaine. « Il faudrait pouvoir enlever plusieurs gros objets par an pour stabiliser la population. Il faut donc démarrer les études dès maintenant pour essayer de trouver une solution au plus vite », souligne Fernand Alby, ingénieur responsable de l’activité « débris spatiaux » au CNES. Question : était-ce donc bien utile de partir à la conquête du ciel pour, finalement, en faire une poubelle géante et incontrôlée ? Même pour l’environnement et sa protection, la réponse est… oui ! L’investigation scientifique via l’espace a permis de faire des progrès décisifs concernant la couche d’ozone, les températures à la surface du globe ou encore le fonctionnement de l’océan et de la machine climatique. De là-haut, on voit tout : le recul des glaces, la défores- [9] tation, les incendies, les bassins hydrographiques, les mouvements d’air et d’eau… On arrive même à étudier le plancton dans les océans. On détecte les liens intimes entre la mer, l’air et la terre, et on met toutes ces informations en réseau. L’espace, c’est un peu le macroscope (1) de la Terre. Ce n’est pas un hasard si des personnes issues de milieux liés à l’espace sont devenues, à l’instar du Britannique James Lovelock, ancien collaborateur de la Nasa et théoricien du fonctionnement de la planète, des voix de l’écologie. Le cieL, futur gendarme pLanétaire ? « Je pense que les données issues de satellites comme Envisat et de toute la filière permettent de comprendre de grands mécanismes fondamentaux de la planète », confirme Anne Bondiou-Clergerie, à la direction des affaires recherche et développement et espace, au Gifas (2). Et d’ajouter : « Pourquoi ne pas imaginer dans l’avenir des missions de surveillance pour l’application de traités de type Kyoto ? ». L’espace pourrait donc bien un jour servir de gendarme mondial pour veiller au respect des engagements des États dans leur lutte contre le dérèglement climatique. Comme quoi sa dépollution est d’autant plus urgente qu’elle peut nous aider à lutter contre nos propres maux terrestres. En évitant au passage de faire de cet espace circumterrestre un vaste tapis de billard explosif ! 1- D’après « Le Macroscope », de Joël de Rosnay, éditions Point Essais. 2- Gifas : Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales. et pan dans Le hubLot ! selon le cnes (centre national d’études spatiales), la navette spatiale américaine a déjà effectué des manœuvres pour éviter des déchets spatiaux qui arrivaient à grande vitesse. et elle change en moyenne un hublot par mission, à cause d’impacts de météorites ou de débris. en un an, un satellite se trouvant sur une orbite d’environ 825 km d’altitude a une chance sur deux d’être touché par un débris de plus de 1 mm, 3 chances sur 1000 d’être atteint par un objet de plus de 1 cm et 2 chances sur 10 000 d’être percuté par un objet de plus de 10 cm. (source : http://debris-spatiaux.cnes.fr)



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