Néoplanète n°20 avril 2011
Néoplanète n°20 avril 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°20 de avril 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Kel Epok Epik

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 26,2 Mo

  • Dans ce numéro : Francis Cabrel, on l'aime à mourir.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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[S’ENGAGER] DR Des Roses et des Orties, un album empreint de poésie et de tendresse. Toulouse, par exemple, s’agrandissent chaque année de façon considérable. Je constate de ma fenêtre que la campagne se rétrécit, ce qui m’inquiète beaucoup. Même au niveau de mon village, je vois des lotissements par-ci, des permis de construire par-là. Tout ça, c’est la terre agricole qui recule, ça semble malheureusement inéluctable. Certains vous reprocheront une vision nostalgique des choses alors qu’il faut « aller de l’avant » ? Ce genre de raisonnement est toujours à utiliser avec précaution. C’est vrai qu’il faut aller de l’avant, mais pas de façon aveugle et bornée. Les paysans autour de chez moi, par exemple, commencent à intégrer l’idée d’utiliser moins de chimie pour leurs cultures. Leurs terres se rétrécissent, mais ils les cultivent de façon plus intelligente. Aller de l’avant, bien sûr, mais de façon réfléchie. Au quotidien, vous êtes attentif à chaque geste ? C’est important, mais pas primordial. Je trie mes déchets, bien sûr, mais je ne suis pas encore convaincu par la voiture électrique. Cette façon de vivre plus écologique est très compliquée à gérer. Je cultive un peu de vigne, elle est 100% bio maintenant, mais ce n’était pas une décision évidente au départ. Éliminer les engrais, les pesticides, ça complique la vie au quotidien. Tout est plus délicat avec le bio, mais en faisant un effort on y arrive. NÉOPLANÈTE 20 - AVRIL 2011 [12] Vous aidez de nombreuses associations, c’est important d’être un artiste engagé ? C’est le moins que l’on puisse faire pour restituer ce « trop » de bonheur qui nous arrive, ce « trop » de confort aussi. Être chanteur est une chance formidable. Il faut donner un peu de son temps, donner aux autres pour rééquilibrer la situation, sinon c’est insupportable. Pourtant les « people », comme les autres, se plaignent souvent. Paparazzis, impôts, pressions... Vous, vous parlez de bonheur, c’est tellement rare en France ! La France est un pays que j’aime. Compliqué c’est sûr, mais cela vaut le coup de faire l’effort d’y vivre, plutôt que de s’enfuir pour cacher son argent ou payer moins d’impôts, c’est lâche. C’est difficile de gérer sa générosité et l’image que cela renvoie ? On peut penser que ce n’est que du marketing. Il faut faire fi de ce genre de réflexion, il y a toujours des mal embouchés qui pensent que c’est pour la gloriole, l’exposition médiatique. Moi, je pense qu’il faut être généreux sans arrière-pensées. Je me suis engagé dans de nombreuses actions, notamment celles du Secours populaire, des Restos du cœur, la lutte contre le sida ou encore Médecins du monde. Pour tous ces gens qui partent travailler bénévolement pour les autres. Je suis très sensible à ce genre d’actions, mais je n’ai jamais réfléchi à ce que les autres en pensent. Je suis en accord avec ma conscience, ça me suffit. Vous travaillez aussi avec des jeunes ? Oui, je réunis plusieurs fois par an de jeunes auteurs compositeurs dans mon village et je travaille avec eux. Récemment, nous avons écrit un conte musical collectivement et c’est très intéressant. On va le jouer régulièrement, j’aime bien aider ces jeunes à se faire connaître. Votre chanson La Corrida date de 1994, une époque où quasiment personne n’en parlait. Vous suivez toujours cette cause ? Cela m’intéresse beaucoup et je suis ça de près, notamment depuis que la Catalogne a décidé de l’interdire sur son territoire. C’est la preuve que l’Espagne, grand pourvoyeur de taureaux morts, commence à y réfléchir. En revanche, dans le Sud de la France, malheureusement, la corrida se porte bien. De nombreuses petites villes s’inventent des clubs
JEAN SCHEIJEN - WWW.SXC.HU taurins ressuscités. Une espèce de tradition qu’on va chercher au fond des cartons. Mais quelques députés français commencent à s’en émouvoir. Un jour, de toute façon, il y aura une décision brutale à prendre, malheureusement politique, pour arrêter ce genre de torture publique. Ça paraît inévitable. Vous chantez « J’ai bien connu l’animal mort dans votre assiette ». Vous êtes végétarien ou sensible à la souffrance animale ? Non, je ne suis pas végétarien. De temps en temps, je fais des cures sans viande, mais je ne tiens pas longtemps, par habitude, parce que j’ai eu une éducation très braquée sur la viande. Mes parents faisaient des efforts terribles pour nous en servir tous les jours, j’ai dû être tatoué à ce genre d’alimentation ! Parfois, j’y réfléchis et ça m’écœure, mais je finis par m’y remettre. Vous analysez notre époque dans vos chansons, mais comment avoir une vision pointue de ses contemporains quand on vit retiré à la campagne ? C’est le grand paradoxe, il faut ne jamais quitter la société des yeux, sachant qu’on est soi-même un observateur privilégié par rapport à la moyenne. Rester toujours concerné, concentré, au courant de tout. L’actualité voyage à une vitesse folle. Mais ce n’est pas parce que on est loin géographiquement qu’on est absent de la vie sociale ou politique. Il suffit d’avoir un sens de l’observation et de l’analyse. Grâce à la télévision, Internet, les journaux. Je suis assez fan de journaux. J’aime bien l’idée de lire, de tourner les pages, de sentir le papier, c’est le même contact qu’avec les livres. [13] [S’ENGAGER] Dans Ouest France vous avez déclaré : « Je m’interroge beaucoup sur le sens de la vie, sur les religions, je n’en ai pas trouvées qui m’apportent des certitudes absolues », qu’en est-il aujourd’hui ? Toujours pareil. Je me demande même, parfois, si les grands caciques des religions, le pape, les grands prêtres, les imams… sont absolument certains de ce qu’ils racontent. Sur quoi s’appuie-t-on pour avoir des certitudes dans ce domaine ? C’est ce qui m’interroge le plus. Il n’y a rien de solide. Et je doute toujours. Mais l’athéisme ne me satisfait pas non plus, il y a dans ce monde une telle beauté… On se demande quand même si, derrière cette création soit-disant divine, il n’y a pas quelque chose de vrai. Donc, je refuse d’être athée, mais je refuse aussi d’être un véritable croyant. Ça vous angoisse ? Pas du tout. Pour moi, l’important c’est plutôt le présent, bien gérer et harmoniser sa vie plutôt que de penser à ce qui se passera ensuite. Je ne suis pas angoissé par la mort. Vous êtes plutôt optimiste sur notre époque ? Oui. Dans mes chansons, ça ne se devine peut-être pas, mais je crois vraiment que l’être humain a une part de lui qui recèle la bonté, la gentillesse, la compréhension, le respect des différences et des opinions. Cela me semble la base de ce que l’on pourra peut-être un jour appeler « l’Harmonie ». Bien sûr, éviter de laisser le robinet ouvert quand on se lave les dents, c’est important aussi. On passe du détail infime à une notion un peu plus philosophique, mais au fond, ça relève un peu toujours du même chemin. Extraits des titres et références albums : - Elle écoute pousser les fleurs (Fragile-Columbia-1980/CBS) - Carte postale (Carte postale-Columbia/CBS, 1981) - Des Roses et des Orties (Columbia-2008) « Goudronnées les pierres des chemins tranquilles, relevées les herbes des endroits fragiles, désertées les places des belles foraines, asséchées les traces de l’eau des fontaines. » Carte postale NÉOPLANÈTE 20 - AVRIL 2011



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