Néoplanète n°12 fév/mar 2010
Néoplanète n°12 fév/mar 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de fév/mar 2010

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Kel Epok Epik

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 69,3 Mo

  • Dans ce numéro : plémique de la viande, les grands chefs rebondissent.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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[la polémique] Le bonheur n’est plus dans le pré Loin des élevages traditionnels, l’animal est devenu une industrie source de mal-être et de pollution. Nous avons rencontré deux des meilleurs spécialistes de cette question, devenue fondamentale pour notre quotidien. Et notre avenir. Propos recueillis par Christopher Jauneau JOCELYNE PORCHER Chargée de recherches à l’INRA*, Jocelyne Porcher est une référence en matière de relations entre éleveurs et animaux. Que pensez-vous des problèmes écologiques et éthiques que soulève la production de viande ? C’est le système industriel qui produit de la souffrance pour les éleveurs et les animaux, notamment dans certains abattoirs, véritables usines de la mort. Il est urgent de réformer. L’élevage intensif a détruit le lien avec les animaux. Les éleveurs font ce métier pour être dans la nature avec des animaux qu’ils aiment, qu’ils souhaitent élever autrement et plus longtemps. C’est un paradoxe, mais l’élevage n’empêche pas les sentiments. La mort de l’animal, c’est la fin du travail, ce n’est pas le but. Avant, on tuait une vache à ses 10 ans, maintenant c’est moitié moins. Pour produire plus. Quelle serait la solution ? On devrait réinventer l’élevage artisanal qui ne considère pas l’animal comme de la « viande sur pattes » et établit avec lui une relation affective. Je peux témoigner de mon expérience dans l’élevage de brebis pour la fabrication de fromage. La production de lait n’est pas un drame si on s’y prend correctement, et mes animaux n’en étaient pas du tout traumatisés. Aujourd’hui, la production est la même partout dans le monde - animaux, bâtiments, organisation [12] du travail. Alors que l’élevage est différent en fonction des pays, des gens, des territoires, des animaux. Il faudrait des petits élevages disséminés sur tout le territoire. Que pensez-vous des conditions de travail des employés des abattoirs ? Il n’existe pas de reconnaissance sociale du métier. Les employés ne veulent pas maltraiter les animaux, mais ils sont pressés par le système qui demande de produire beaucoup et vite. J’ai mené une enquête auprès des transporteurs. Ces gens-là aiment les bêtes et essaient de bien faire leur travail. Mais il faut rentabiliser le camion, c’est comme ça pour tous les types de transports, faire
AN D R E A KRATZENBERG -C. WEBER - S XC.H U vite, pousser les bêtes… C’est bien le système industriel qu’il faut changer. Que conseillez-vous à ceux qui ne veulent pas manger de viande ? Le problème n’est pas la viande que nous consommons. Quand vous mangez du fromage ou du lait, des agneaux et des veaux sont élevés aussi pour l’abattoir. C’est un véritable déni de faire comme si ça n’existait pas. La mort des animaux nous attriste car, à travers elle, c’est le reflet de notre propre mort que nous voyons et ça nous fait peur. Mieux vaut la voir en face et changer l’élevage pour que ce soit acceptable et respectueux des animaux et des éleveurs. Il devient Préconisez-vous de devenir végétarien d’un point de vue écologique ? Non. Le végétarisme est un choix éthique. Sur le plan de la santé, une petite quantité de viande n’est pas négative. Il faut de toute façon des animaux d’élevage pour entretenir la nature. Les prairies ont un intérêt écologique au moins aussi important que les forêts. Elles stockent le CO 2 dans le sol, la forêt, elle, dans la végétation. Ces deux milieux ont une capacité de 500 kg de carbone par hectare et par an. Il y a plus de carbone dans les prairies que dans les zones cultivées. Si l’on supprime l’élevage pour diminuer le CO 2, le bénéfice serait annulé par le carbone libéré du sol. Comment faire alors ? Il faut distinguer les herbivores des porcs et des volailles. On a besoin des ruminants, mais il faudrait les nourrir d’herbe, ce qui n’est pas le cas. Et éviter ces grains concentrés issus de cultures intensives qui participent à la déforestation de l’Amazonie. Cependant, si on donne à une vache moins d’herbe et plus de concentré, elle produit moins de méthane. Les trois quarts des émissions de méthane de l’élevage proviennent de l’éructation des ruminants, le reste provient des déjections. On émet de toute façon moins de gaz à effet de serre avec les porcs et les volailles. Si on veut continuer à manger de la viande, que peuton faire pour aider la planète ? Il faut manger moins de viande en général, surtout du bœuf, impératif de modifier notre approche afin de ne pas impacter notre avenir. Comment réagissent les autres éleveurs ? Beaucoup sont d’accord avec moi, mais ils sont coincés par le système industriel. Ils voudraient faire marche arrière, revenir à l’élevage traditionnel, mais ne peuvent pas. Il faudrait un porte-parole différent, qui s’exprime vraiment en leur nom. * Institut scientifique de recherche agronomique. À lire de Jocelyne Porcher : Éleveurs et animaux, réinventer le lien (PUF), Bien-être animal et travail en élevage (Quae), Une vie de cochon avecC. Tribondeau (La Découverte). CLAUDE AUBERT Ingénieur agronome, pionnier de l'agriculture biologique en France, Claude Aubert est l’un des premiers à avoir travaillé sur les problématiques de notre alimentation. du mouton et de l’agneau. Et privilégier les élevages bio, plus respectueux des animaux. Il est nécessaire aussi de diminuer la part des produits laitiers dans notre alimentation. Ils contribuent moins à l’effet de serre par kilo de protéines que la viande rouge, mais plus que le porc et la volaille. La campagne des « trois produits laitiers par jour », c’est faux. Les gens absorbent un litre de lait par jour, surtout pour le calcium, mais il y a beaucoup d’autres sources comme l’eau et les légumes. L’idéal serait donc de revenir à un élevage de petite dimension et biologique. Si la consommation de viande était raisonnable, ces exploitations pourraient-elles nourrir sept milliards d’humains ? Aucun système n’est plus productif que les jardins de case : de petites parcelles d’un hectare maximum où le paysan produit tout ce qu’il lui faut, sauf des céréales. Mais un élevage familial peut être intensif. On pourrait nourrir sept milliards d’humains si on mangeait moins de viande. Il vaut mieux en consommer souvent mais en petite quantité. La viande ne doit pas être l’élément central des repas. Le vrai couscous par exemple, c’est une montagne de graines, beaucoup de légumes et un peu de mouton. En France, c’est le contraire. À lire de Claude Aubert : Faut-il être végétarien pour la santé et la planète ? avec Nicolas Le Berre et Pierre Rabhi, Il est bon mon poisson ! Guide d’achat écologique et recettes avec Lionel Goumy, et en septembre dernier Manger sain pour 3 fois rien : avec 150 recettes bio. (Terre Vivante). [13] LA SUÈDE CONTRE LE CO 2 DES ALIMENTS Combien de taux de CO 2 a été émis pour produire le steak ou le yaourt que vous souhaitez acheter ? En Suède, une expérience est menée actuellement pour pouvoir le lire sur l’étiquette. En effet, 25% des émissions des pays développés proviennent de la nourriture consommée par la population. Si les clients suivaient les recommandations à la lettre, il serait possible de réduire les émissions du secteur alimentaire de 50%. Il s’agit d’accepter de changer nos habitudes, à moins que nous y soyons rapidement contraints par une taxe sur les produits polluants.



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