Natation Magazine n°132 février 2012
Natation Magazine n°132 février 2012
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°132 de février 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Fédération Française de Natation

  • Format : (209 x 296) mm

  • Nombre de pages : 50

  • Taille du fichier PDF : 7,3 Mo

  • Dans ce numéro : Sara Labrousse et Chloé Willhelm, objectif Londres.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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(Fotolia) 34 » > Natation Magazine | Février 2012 | N°132 ses angoisses, ses pleurs, son mal-être. Elle explique qu’elle a du mal à se passer de la natation : « C’est une priorité pour moi. Les proches me disent de me méfier, de ralentir, mais je ne peux pas. Dans l’eau, je me sens bien. Parfois, je suis fatigué, mais je vais quand même nager. Je fais tout en fonction de mes entraînements ». Elle monte sur la balance : 35 kg. Et des grosses carences. Le médecin lui lance alors : « Valérie, soit tu stoppes le sport, soit tu finis en fauteuil roulant ». La nageuse prend alors conscience de ses problèmes et entre dans un parcours de soin classique à l’hôpital, remboursé par l’Assurance Maladie. « C’est une priorité pour moi. Les proches me disent de me méfier, de ralentir, mais je ne peux pas. Dans l’eau, je me sens bien. Parfois, je suis fatigué, mais je vais quand même nager. Je fais tout en fonction de mes entraînements. » (Valérie)• Des champions olympiques A Bordeaux, la psychiatre qui prend Valérie en charge s’appelle Sabine Afflelou. Dans son bureau, elle en a vu passer des vies brisées, des bleus à l’âme, des athlètes au fond du trou. Elle reçoit des sportifs amateurs, des joggers du dimanche, mais aussi des sportifs professionnels. « Certains sont connus, on les voit à la télé ». Evidemment, elle ne citera pas de noms. Peu importe d’ailleurs. Au fil de la discussion, on apprend simplement qu’elle a déjà soigné des champions olympiques ou des joueurs étrangers qui évoluent dans des clubs français. Ils sont Anglais, Tchèques, Russes, Espagnols ou Brésiliens. Addict au sport ? Bêtement, au départ, on a envie d’en rire. Et de se dire que tout ça n’est pas sérieux. Le sport, c’est bon pour la santé, nous répète-t-on à longueur de temps. Et là, le sport nuirait donc à notre corps ? Eh bien oui.
• Anorexie athlétique Parfois on débarque par hasard au centre pour sportifs addicts de Bordeaux. Comme ce patient qui avait rendez-vous avec son chirurgien pour une blessure à la cheville et qui s’est retrouvé dans le bureau d’un psychologue. « On peut venir pour un simple bobo à la jambe et ressortir avec un bobo à la tête », résume habilement Sabine Afflelou. Elle prend l’exemple de la natation : « Chez les nageurs, la blessure classique c’est la tendinite à l’épaule. Certains vont cacher cette blessure et continuer à nager comme si de rien n’était. C’est dangereux, ils prennent le risque de se blesser plus gravement ! » S’ils cachent cette blessure, c’est pour plusieurs raisons. Il y a la peur de perdre sa place, de ne pas retrouver son niveau. Mais pas seulement. « En natation, l’esthétique compte beaucoup. Certaines nageuses surveillent leur poids au gramme près. Grossir est synonyme de perte de performance. » En médecine, on appelle cela l’anorexie athlétique. Comme Valérie, ils sont des dizaines de sportifs à en souffrir. Tous ces témoignages nous renvoient à une seule et même question : comment en arrive-t-on là ? Il y a plusieurs explications. Premièrement, l’explication chimique : le sport entraîne la libération d’endorphines, qui provoquent un Il se soigne seul… C’est l’histoire d’un gars mordu de course à pied. Fabrice galope dix heures par semaine, soit une soixantaine de bornes hebdomadaires. Matin, midi et soir. Et encore, il trouve qu’il n’en fait pas assez. Lui dit que c’est du plaisir. Mais ce Parisien reconnaît que « c’est parfois éprouvant pour le corps ». Parfois, donc, ça casse. C’est justement lors d’une blessure que Fabrice se rend compte qu’il a un problème. « Quand je ne peux plus courir, je me sens triste. Je suis de mauvaise humeur. Il m’arrive de boire de l’alcool, tout seul. » Le problème, c’est qu’il ne supporte pas d’être en arrêt « pour un rien ». Il raconte : « Quand un coureur se blesse, on lui demande systématiquement d’arrêter le sport quelques temps ». Du coup, ça lui arrive de jouer au docteur : « Je lis des bouquins de médecine pour comprendre comment le corps fonctionne. J’essaie de contrôler la douleur pour pouvoir continuer de m’entraîner. Lorsqu’il s’agit de douleurs musculosquelettiques, je me fais un bandage. Je fais aussi des soins standards comme la glace, le massage… ». Ce qu’il fait est risqué. Il le sait. Il dit que « c’est personnel ». bien-être physique. On pourrait comparer ces endorphines à des produits type morphine qui déclenchent le désir de rechercher sans cesse une sensation agréable, jusqu’à une tendance compulsive. Une personne qui en souffre ne peut plus se passer de sport et se sent mal quand elle est obligée de s’abstenir. Ensuite, il y a l’explication psychologique : certains spécialistes disent qu’un sportif addict a une grande estime de soi, qu’il a conscience de ses capacités physiques, de son endurance. D’autres spécialistes expliquent qu’ils veulent combler un vide affectif. L’explication esthétique enfin : « Certains sportifs compulsifs ne supportent pas leur corps », analyse Sabine Afflelou. « Ceux-là cherchent à modifier leur apparence corporelle. » • Tentatives de suicide C’est bien sur le plan social que l’addiction au sport fait le plus de dégâts. Irritabilité, nervosité, vulnérabilité, impatience, problèmes de sommeil, violence, vitesse au volant, instabilité sentimentale... Les cas les plus dramatiques mènent à la désocialisation et tout ce qui s’en suit : dépression, alcoolisme et, parfois, tentatives de suicides. Encore faut-il se rendre compte qu’on est malade. Dans son bureau du CHU de Nantes, le docteur Stéphane Prétagut assure 250 consultations par an. Il reçoit des patients « au bout du rouleau, prêts à en finir. Mais c’est rare », « Certains sportifs compulsifs ne supportent pas leur corps. Ceux-là cherchent à modifier leur apparence corporelle. (Sabine Afflelou) » (suite page 36) 35 Natation Magazine | Février 2012 | N°132



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