N’TIC Magazine n°152 fév/mar 2020
N’TIC Magazine n°152 fév/mar 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°152 de fév/mar 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Med&Com

  • Format : (212 x 291) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 5,6 Mo

  • Dans ce numéro : coronavirus, les nouvelles technologies pour faire face à la pandémie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ENTRETIEN DU MOIS pas un business model. Le troisième critère, qui est très important, c’est le mode de financement. Le financement d’une startup est permanent et suppose énormément de risques. Le quantième critère est qu’une startup doit être en croissance permanente. « Définir » l’innovation, faire la nomenclature des business models existants, décider du genre de croissance qu’on attend d’une startup (à un chiffre ou à deux chiffres) et arrêter une fourchette en matière de financements, ce sont là les prérogatives du ministère en charge des startups qui est sûrement en train de travailler à l’élaboration d’un modèle précis. Cependant, il est important de ne pas s’atteler à encadrer et à réglementer tout cela, parce qu’importer des modèles peut ne pas être bon pour nous. Il serait mieux d’essayer de réguler sur la base de ce qui existe chez nous. N’TIC Magazine  : S’agissant justement des financements, n’est-ce pas là le plus grand problème auquel les startups auront à faire face ? Djaoued Salim Allal : Les financements tels qu’envisagés actuellement, sont voués à l’échec. Ce qu’il nous faut, ce n’est pas un fond dédié aux startups, mais des capitaux-risqueurs. Il faut absolument laisser le privé investir sur les idées. Un fond de garantie pour financer des startups, avec des banques existantes, lesquelles ont le même comportement depuis des années, est un non-sens. Déjà, les banques sont frileuses. Il est tout simplement impossible de leur demander d’investir sur 18 N’TIC Magazine Fév/Mar 2020 des startups, puisque, encore une fois, on ne connaît pas leur business models. Une startup peut, entre autres, être boulimique en financements. Donc, en la matière, il nous faut des modes agiles. Or, les anciens modèles et mécanismes ne sont pas adaptés à ce genre d’entreprises. N’TIC Magazine  : Il ne serait pas justement temps de procéder à la réforme bancaire qui est la mère de toutes les réformes économiques ? Djaoued Salim Allal : Effectivement. À l’heure actuelle, toutes les réformes auxquelles on peut procéder vont se heurter à un vrai barrage qui est la banque. Sans un système bancaire répondant aux nouvelles exigences économiques et, aussi, sans la convertibilité du dinar, il nous sera difficile, voire impossible, d’avancer. Prenons un exemple  : partout dans le monde, on applique un taux d’intérêt de 1% pour les crédits d’exploitation, et, chez nous, on tourne à 7 et à 8%, ce qui est vraiment exagéré. Il faut donc qu’il y ait une profonde réforme à même de libérer les énergies et de réaliser de la croissance. N’TIC Magazine  : Et pour la convertibilité du dinar, n’est-elle pas la condition sine qua non pour une startup qui peut se vendre ailleurs ? Djaoued Salim Allal : Bien évidemment ! Aujourd’hui, une startup doit être complètement ouverte. D’autant qu’elle utilise le digital et l’économie numérique, son e-paiement doit être libre et elle doit pouvoir recevoir
ENTRETIEN DU MOIS N’TIC Magazine Fév/Mar 2020 de l’argent de l’extérieur et aussi pouvoir en verser. Je connais une startup, dont je ne citerai pas le nom, qui voulait investir dans 12 pays africains, mais, à cause des contraintes bancaires, elle s’est installée en France. Cela veut dit que les dividendes vont aller vers ce pays. Les promoteurs sont pourtant des Algériens et la startup est algérienne. Malheureusement, l’écosystème financier ne lui permet pas de s’épanouir chez nous. On campe sur des reflexes socialistes. On pense que l’Algérien est là pour dépenser des euros, alors que normalement lui aussi devrait en gagner et en faire gagner à son pays. Il y a des jeunes qui montent leurs sociétés virtuelles ailleurs, ils ont leurs comptes bancaires, ils font du développement pour le compte de Google ou autre, ils font des bénéfices… et l’argent ne vient même pas ici, parce que si jamais ils s’amusent à transférer un peu de leurs gains dans leur pays, ils seront « matraqués ». N’TIC Magazine  : Un autre concept qu’on a du mal à saisir  : incubateur. Comment ça marche ? Djaoued Salim Allal : Pour faire simple, un incubateur, c’est une sorte de boite qui reçoit des intrants (les idées) et d’où sortent des entreprises créatrices de richesses. C’est tout un écosystème à l’intérieur. Il offre une ambiance et un climat qui permettent que l’idée germe convenablement. Je dirais qu’un incubateur, c’est comme une mère qui accompagne son bébé jusqu’à ce qu’il puisse marcher et voler de ses propres ailes. N’TIC Magazine  : Là aussi, on sent que l’État joue au « papa protecteur » en voulant procéder lui-même à la création et au financement des incubateurs… Djaoued Salim Allal : C’est bien le cas. L’initiative « étatique » de créer des incubateurs a été déjà prise à travers la construction de la fameuse ville intelligente de Sidi Abdallah. Encore une fois, on revient au problème initial  : on prend une initiative, mais on néglige le volet évaluation. Le cyberparc de Sidi Abdallah a produit combien de startups ? Il en a incubé combien ? Combien de réussites a-t-on enregistré ? Combien d’échecs ?... Toutes ces informations, non-disponibles malheureusement, auraient été très importantes pour avoir une meilleure idée quant à l’écosystème. Aussi, faut-il le noter, il y a des écosystèmes qui ont tendance à se spécialiser. Sidi Abdallah, en guise d’exemple, s’est spécialisé dans les technologies de l’information et de la communication. Il nous faut donc d’autres incubateurs qui seront spécialisés dans d’autres métiers, d’autant que la startup est transverse et touche à tous les domaines d’activité. Ce n’est pas parce que c’est une startup qu’elle est forcément dans les TIC. N’TIC Magazine  : Donc le ministère de l’Agriculture, par exemple, peut créer luimême ses propres incubateurs ? Djaoued Salim Allal : Mais bien sûr ! Ce qui est aussi le cas des autres secteurs. Les incubateurs peuvent être spécialisés dans un domaine ou un dans ensemble de domaines. Il y a même des pays entiers qui ont fait le choix de la spécialisation, à l’instar des États-Unis qui excellent dans la finetech et l’Angleterre dans l’agritech. N’TIC Magazine  : Et puisque le rêve est toujours permis, l’Algérie peut-elle prétendre à une quelconque spécialisation en vue d’aller vers l’excellence ? Djaoued Salim Allal : Les potentialités de l’Algérie sont vraiment immenses, à condition qu’on encourage les incubateurs privés. Il faut absolument respecter la règle des 20/80 (20% d’étatique et 80% de privé). Car une start-up est d’abord une action économique qui va avoir une croissance, qui va générer de la valeur ajoutée, qui va s’exporter. Une startup est loin d’être une action politique et moins encore une action sociale, sinon on va rééditer l’Ansej. La startup, étant d’abord de l’innovation, il faut l’éloigner de toute démagogie et de toute complaisance. C’est ainsi qu’on peut réaliser les résultats escomptés. 19



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