N’TIC Magazine n°145 avril 2019
N’TIC Magazine n°145 avril 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°145 de avril 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Med&Com

  • Format : (210 x 287) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,2 Mo

  • Dans ce numéro : des initiatives 2.0 montrent le cap de l'Algérie de demain.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 24 - 25  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
24 25
DOSSIER Mabrouk Aib, membre du think-tank Nabni, « Grâce aux TIC, les Algériens peuvent participer davantage à la gouvernance publique » Mabrouk Aib, enseignant universitaire à l’Ecole Nationale Polytechnique et responsable régional d’une grande compagnie, est aussi membre du think-tank NABNI (Notre Algérie Bâtie sur de Nouvelles Idées). Dans cet entretien, accordé à N’TIC Magazine, il aborde le rôle que peuvent jouer les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (N’TIC), dans l’instauration d’une démocratie participative. R. K Mabrouk Aib, membre du think-tank Nabni, NTIC Magazine  : Quel rôle peuvent jouer Internet et les NTIC dans le processus de démocratisation ? Mabrouk Aib  : Lorsqu’on parle de ce sujet, on a souvent tendance à penser au rôle de Facebook et des médias sociaux dans les printemps arabes et les différentes révolutions colorées. Certes, bon ou mauvais, l’impact est spectaculaire. Mais en réalité, Internet peut avoir des effets beaucoup plus profonds et ancrés dans une échelle de temps beaucoup plus longue sur la démocratie. Plusieurs études scientifiques récentes ont montré qu’il existe une forte corrélation entre le niveau d’éducation, l’expansion des TIC et la liberté. Etant enseignant universitaire, j’ai personnellement pu observer, depuis quelques années, que les dernières générations d’étudiants algériens ont développé des aptitudes très largement supérieures à ce que nous avons connu dans le passé en termes d’organisation individuelle et collective  : clubs étudiants très actifs, ouverture sur le monde, organisation d’évènement à des standards internationaux (type TEDx, Wikistage, etc.), voyages d’échange dans des pays éloignés (Russie, USA, Chine, Turquie, etc.) – sans parler de leur excellente maitrise de l’anglais. Ce qui est vrai pour les étudiants, l’est également pour les lycéens et, dans une certaine mesure, pour tous les autres citoyens. En effet, la possibilité d’accéder à des sources d’information diverses, notamment les médias libres et alternatifs, permet de développer un esprit critique tout en acquérant plus de connaissances. Enfin, les débats, mêmes houleux, sur les réseaux sociaux font partie de l’apprentissage démocratique. C’est ainsi qu’Internet joue un rôle de catalyseur pour le processus de démocratisation. Pour étayer ce constat, des analyses empiriques effectuées sur les pays du Moyen-Orient, dans les années 2000, montrent qu’il existe une association forte entre libertés civiles, droits politiques d’une part et le déploiement d’Internet et de la téléphonie mobile d’autre part. La capacité des Etats, autoritaires ou non, à encadrer les activités sociales et politiques s’érode depuis que les citoyens et les acteurs non gouvernementaux sont capables, grâce à Internet et aux TIC, de créer et de diffuser de l’information. Il n’est pas encore prouvé que le développement des TIC a permis d’effectuer des changements en termes de démocratie institutionnelle mais l’extension de leur usage a démontré qu’il pouvait façonner efficacement le changement démocratique sur les plans culturel, social et politique. NTIC  : Quelle est la place d’Internet et des NTIC dans la démocratie participative ? MA  : Tout d’abord, essayons de préciser ce que nous entendons par démocratie participative. En fait, ce concept est né suite à la remise en cause du modèle de démocratie représentative basé essentiellement sur l’élection de représentants censés exprimer la voix du peuple. Ainsi élus, les représentants vont établir des lois (pouvoir législatif) et les faire appliquer (pouvoir exécutif). En P.24 N’TIC Magazine Avril/Mai 2019
réalité, la déconnexion entre l’élite politique et le peuple ainsi que les nombreuses dérives dans la sphère politique ont fortement décrédibilisé ce modèle. La démocratie participative est conçue comme une alternative possible à cette crise de confiance qui touche la sphère politique. Il s’agit de recréer des liens entre la société civile et les institutions. Pour y arriver, il s’agit de mettre à la disposition des citoyens les moyens de débattre, d’exprimer leur avis et de peser dans les décisions qui les concernent. Dans la plupart des pays démocratiques, on relève que les insuffisances de la démocratie représentative sont dues d’une part au désintérêt des citoyens vis-à-vis des élections et à la non-représentativité des instances législatives, d’autre part. En Algérie, le cas est plutôt édifiant. Aux dernières législatives de 2017, le taux de participation officiel communiqué par l’APS s’élève à 35,37%. C’est-à-dire que près des 2/3 de la population des électeurs n’y ont pas participé. Ceci pour le désintérêt. En ce qui concerne la non représentativité dans les pays aux démocraties bien établies, on pense généralement à la sous-représentation de certaines catégories socio-professionnelles ou encore les jeunes, les femmes, et les minorités. Chez nous, cela va bien plus loin. En effet, l’Assemblée Nationale Populaire est actuellement dirigée par l’Alliance Présidentielle (FLN – RND – TAJ– MPA) grâce aux 295 sièges qui leurs ont été attribués (sur un total de 462 sièges soit environ 63%) alors qu’ils n’ont obtenu que 3,04 millions de voix sur un électorat total de 23,25 millions d’électeurs (soit seulement 13,1% du total). Le pouvoir législatif du pays est donc aujourd’hui confié à des personnes qui représentent une partie très N’TIC Magazine Avril/Mai 2019 minoritaire de la population. Et cela, sans même débattre de la question de la transparence et de l’équité du scrutin électoral… On comprend donc tout l’intérêt de développer la démocratie participative chez nous. Et c’est là qu’Internet et les TIC peuvent jouer un rôle central en permettant aux citoyens d’être informé de manière opportune sur les décisions qui vont être prises par les instances législatives et exécutives, d’en débattre et donner leur opinion. De plus, la facilité d’usage des nouveaux outils et leur disponibilité (presque) n’importe où et n’importe quand permettrait d’améliorer significativement l’engagement et la participation du citoyen dans la chose publique. NTIC  : Comment redonner le pouvoir aux citoyens grâce aux nouvelles technologies ? MA  : Dans le modèle traditionnel, les citoyens fournissent occasionnellement des inputs (notamment lors des élections) puis les décideurs politiques élus définissent la législation et les priorités en matière de politiques publiques. La répartition du budget de l’Etat s’effectue sur la base de ces priorités et des programmes existants. Les barrières bureaucratiques et la déconnexion des leaders politiques avec les citoyens font que les besoins et les priorités réelles de ces derniers sont de plus en plus délaissés. Dans un contexte de forte centralisation comme en Algérie, les effets sont d’autant plus dommageables. A l’ère de l’information, Internet et les différentes technologies de l’information et de la communication sont en train de changer la société. Il est possible d’en tirer avantage pour la gouvernance publique. On parle d’e-governance ou d’edemocracy. Il s’agit d’utiliser les TIC dans les processus politiques à l’échelle nationale ou locale en intégrant les principaux acteurs  : le gouvernement et les élus, les médias, les partis politiques, les organisations de la société civile, et bien sûr les citoyens qui doivent être placé au centre de la décision. Grâce aux plateformes d’échange électronique, le Gouvernement doit donner un large accès à l’information aux citoyens qui pourront interagir. Les médias et les portails d’information jouent également un rôle crucial. On parle de e-participation et d’eempowerment. Les TIC permettent ainsi de diffuser largement les informations des différents agendas démocratiques en cours et permettent l’implication de la masse populaire du pays dans la prise de décision. Ceci étant, pour s’assurer d’une véritable démocratie, il est fondamental d’assurer l’inclusion la plus large possible des citoyens et l’égalité d’accès. Dans le cadre du rapport NABNI 2020, nous avions proposé la publication en lignes des projets de lois à débattre au sein de l’Assemblée Populaire Nationale afin de solliciter l’avis des citoyens et de l’expertise nationale. Nous avons récemment proposé une plateforme web pour la fiabilisation des élections via la participation des citoyens. J’y reviendrai plus tard. NTIC  : Quels sont les prérequis pour que les NTIC puissent être un véritable outil de participation des citoyens à la vie politique ? MA  : Plusieurs aspects sont à prendre en compte pour permettre aux TIC de promouvoir la démocratie. En particulier, en P.25 MI



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :