Multiprise n°9 mar/avr/mai 2008
Multiprise n°9 mar/avr/mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de mar/avr/mai 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 20,5 Mo

  • Dans ce numéro : Workshop Cyril Hatt.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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8 n « Peut-on classer L'immense végétation des objets comme une flore ou une faune avec ses espèces tropicales, glaciaires, ses mutations brusques, ses espèces en voie de disparition ... L.:homme (dans L'Encyclopédie) a pu recenser, donner un tableau exhaustif des objets pratiques et techniques dont il est environné. Depuis, L'équilibre est rompu, Les objets quotidiens prolifèrent, Les besoins se multiplient, La production en accélère La naissance et la mort, Le vocabulaire manque pour les nommer... ». Ainsi Baudrillard dans Système des objets comprenait déjà La foisonnante effervescence matérielle qui saisit soudain nos sociétés à L'ère industrielle. Loin des théologies du recyclage de La chimie des Lumières de Lavoisier - «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme» - Le sociologue intégrait déjà dans ce jeu d'apparition/disparition Les enjeux de notre boulimie de consommation et de notre insatiable appétit de formes nouvelles. La vitesse fut Le vecteur de La modernité et garantissait par sa fulgurance La force des avant-gardes : couper le lien, s'affranchir de La glaise des racines pour s'émanciper des Laideurs du passé. De cette rupture, naquit ce que L'on appelle le design. Certes, Les origines furent multiples et parfois contradictoires. L.:union des arts et de !"industrie, fille des expositions universelles, promouvait des processus de fabrication moderne alors qu'elle maintenait des références esthétiques à un historicisme bon teint. Premières césures : Arts and Crafts, école de Glasgow, Art nouveau, Wiener Werkstatte, Deutscher Werkbund, chacun de ces mouvements tour à tour cherche à hisser Le champ des arts mineurs à la hauteur des Beaux-arts; tous pêle-mêle vantent La grandeur des artisans qui, associés aux artistes, font progresser le goût du plus grand nombre en leur offrant une esthétique simple et stylisée, débarrassé des lourdeurs ornemanistes. Art pour tous donc, auquel s'ajoute Le concept d'art total; mettant à bas La hiérarchie des genres, La colonie de Darmstadt offrait déjà la matrice d'une Hochet , chef d'oeuvre de maîtrise, argent doré Montpellier, XVIIIe siècle ~ Musée Fabre, Montpellier Agglomération, photo Fnédéric Jaulmes esthétisation toujours croissante qui ne néglige pas plus La petite cuillère que la forme du toit. Déjà se posait La question de conjuguer La qualité artistique à une diffusion la plus large possible. Il fallut donc maîtriser la machine, standardiser la forme pour ramener l'essence du concept à La matérialité de l'objet, trouver des solutions techniques et industrielles sans perdre son âme : une question contemporaine en somme qui illustrait L'ambiguïté fondamentale qui habite Le progrès, tour à tour désirable et repoussant, objet d'inspiration ou de rejet. Se reporter aux interrogations et aux réponses apportées par les pionniers est une première clé pour comprendre les enjeux. Se pencher sur La manière dont aujourd'hui nous interprétons Le mot design en est une deuxième. Le terme même, Design, porte en lui sa référence au dessin- La marque, La trace, La Ligne - et à son homonyme, Le dessein -
1 _.._ «Mobilier nomade»: catalogue Manufrance, Cl Droits réservés le projet, l'intention. Il est aussi l'heureux anglicisme qui renvoie à une modernité pop et branchée : en quelque sorte un mélange entre La « Causa mentale » chère aux humanistes et la posture chic des victimes de la branchitude. Pour Le designer, Les questions de production et devale ur esthétique se conjuguent dans Les processus de conception et de transformation, mettant l'économie et L'industrie au service d'objets fonctionnels, économiques et beaux. Les grands ordonnateurs de ce cercle vertueux font varier Le thème depuis un siècle. IL y eut L'ère des maîtres - Mies van der Rohe, Le Corbusier, Aalto - l'ère des gourous - Panton, Colombo, Sottsass, Pesee - aujourd'hui l'ère des stars - Starck, Ora lto. Quelque soit L'époque, la question est la même : optimiser Le rapport entre forme et fonction, une fonction conditionnée par L'utilisateur c'est à dire Le consommateur de L'objet. Une fois L'adéquation trouvée, ces outils de notre quotidien deviennent aussi vecteurs de sens. De La même manière que Le vestige archéologique révèle une civilisation passée, l'objet, par Les valeurs esthétiques qu'il porte, opère comme un révélateur de notre société. A chaque génération, une nouvelle strate de valeurs : pureté fonctionnaliste du « Less is more », foi en la société de consommation, en L'industrialisation et au consumérisme d'après guerre, contre culture pop, réaction Libertaire et antidesign critique des années 70 et 80. Enfin, Le design aujourd'hui est virtuel et interactif, technologique et écologique; il nous propose un choix d'attitudes que chacun doit investir de son propre vécu au-delà du pur aspect formel des choses. Désormais, il s'agirait donc de parler hospitalité, intimité et poésie, comme le font Matali Grasset ou Les Droog Design, pour participer à une esthétique relationnelle et nomade dont tous seraient maître et acteur. Mais à bien y regarder, cette nouvelle posture exprime Le paradoxe d'une discipline où chaque jour les médias, Le marketing et les communicants labellisent meubles et pressecitrons comme de nouvelles icônes, sanctifient le nom de Leurs créateurs alors que pour ces derniers il s'agirait de s'affranchir des matières et des formes qu'ils proposent. Il y eut naguère un temps heureux où meubles et objets n'étaient que Les outils ordinaires du quotidien. Prolongations naturelles de l'humain, ils venaient avec une modeste et placide docilité témoigner des industrieuses avancées du progrès. Seule l'utilité comptait, sans aucune autre forme de supplément d'âme. Certes, Le désir des princes venait parfois placer ça et Là volutes, coquilles, palmettes ou protomées afin d'apporter sa contribution à La formidable histoire des styles : ère bienheureuse des « arts décoratifs » où l'ornement était investi de toutes Les vertus propices à magnifier La grandeur des trônes ou La Lascivité des alcôves, une ère où les formes s'épanouissaient, Libres de tout fonctionnalisme ou théorie dogmatique; une légèreté en somme qu'il reste à retrouver. Jérôme Farigoule 9



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