Multiprise n°9 mar/avr/mai 2008
Multiprise n°9 mar/avr/mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°9 de mar/avr/mai 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 20,5 Mo

  • Dans ce numéro : Workshop Cyril Hatt.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 Retrousser 'el ... Les temps sont confus. Pour les humains en général, et pour les artistes en particulier, qui sont des humains comme les autres, à ceci près que leur activité consiste, entre autres choses, à recueillir la pulsation du monde pour la mieux donner à voir, et à se méfier de leur toujours possible dilution dans la tiédeur feutrée et lisse du consensus mollasson. La synergie cruciale entre les artistes, les spectateurs et les curateurs semble s"être émoussée à force d'avoir été frottée aux parois acérées du marché de l'art et de ses prérogatives; si bien qu'entre la tentation de la séduction pour les premiers, la légère paranoïa des seconds quant à une vaste supercherie organisée (méfiance patinée au pragmatisme de la ménagère, certes, mais méfiance sans doute pas systématiquement infondée), et les récurrentes tentatives de corruption des derniers à l'endroit des suscités, on assiste ces temps à d'étranges et pittoresques régressions, pour l'instant discursives, écloses au cœur des plus prestigieuses institutions. C'est ainsi qu'un petit cénacle de concernés entend réhabiliter le Beau, label officiel et garantie infalsifiable de la qualité artistique d'une œuvre. Ce Beau qui aurait été trivialisé, violenté, vulgarisé par la pléthore inconséquente des plaisantins conceptuels, minimalistes, postceci, post-cela ... c'est dire si la situation est préoccupante; l'idée d'un art dégénéré frôle à nouveau l'air du temps, et si l'on n'y prête garde, nous pourrions bien nous réveiller un matin en Kakanie, détestable territoire en faillite, saturé de poncifs crasses et de tautologies lénifiantes. Loin des débats de mauvaise foi, certains artistes tentent l'intégrité et la nécessité du « faire » pour poursuivre leurs investigations, animés par la toute simple certitude que, depuis toujours, «fond cherche forme » ... Rencontre avec Bertrand Parinet, plasticien, co-auteur avec Rachel Garcia de l'exposition« j3i=ùlo !ç », visible à l'Espace Ill Croix-Baragnon, à partir du 06 février. Peux-tu expliciter le titre quelque peu sibyllin de cette exposition? BP : Ne voulant pas produire un travail illustratif, le choix du titre ne pouvait être que descriptif, c'est à dire évoquant la structure, la forme qu'allait prendre le projet, ou faussement absent, ce fameux« sans-titre » récurrent dans l'histoire de l'art contemporain. D'où ce titre aléatoire, résultat d'un pianotage à l'aveugle sur le clavier de l'ordinateur, puisqu 'il fallait bien en trouver un ... Tu travailles d'ordinaire tout seul, cette foisci, tu as invité Rachel Garcia, danseuse et chorégraphe, mais aussi plasticienne formée aux Beaux-Arts de Toulouse. Pourquoi l'avoir choisie, comment se déroule cette collaboration ? BP : Je connais Rachel depuis une dizaine d'années, et nous n'avons jamais cessé cette discussion entamée depuis notre rencontre autour de nos travaux et de nos recherches artistiques. L.:inviter sur ce projet était donc
plutôt naturel. Si nos champs d'intervention ne sont pas les mêmes, nos problématiques en revanche s'articulent autour des mêmes questions et préoccupations ... Nous avons d'entrée posé l'exigence d'un« authentique» travail commun, pas juste une exposition de groupe où se côtoient tant bien que mal des univers singuliers. L.:enjeu était pour nous de parvenir à créer un univers inédit, fruit de la confrontation de nos pratiques et de nos expériences. IL y'a quelque chose de très Ludique, presque enfantin, dans ce projet où se métissent Le design, l'architecture, La sculpture et la peinture ... Comment qualifierais-tu ce « dispositif » conçu sur-mesure pour l'Espace Ill ? BP: Nous avions envie de générer un principe de construction ouvert, et donc suffisamment rigoureux et systématique pour permettre le déploiement de différents possibles, de multiples formes. La première idée qui s'est imposée était de produire des séries de 1 Vue d'exposition espace Ill, Croix Barag non, 2008 formes comme autant de variations autour du mobilier urbain et de ses codes et usages, la signalétique et La circulation qu'elle induit, La façon dont Le corps s'intègre au sein de ce dispositif. Il s'agissait d'explorer tout Le vocabulaire lié à l'espace urbain : La notion d'échelle, les proportions, le déplacement, Les distances. Pour cette résidence à L'Espace Ill, nous ne voulions pas concevoir un « objet abouti », définitif, mais plutôt réfléchir à comment inclure le processus d'élaboration et de construction à L'ensemble du projet de manière à ce qu'il reste visible. C'est un travail qui reste donc en évolution permanente, susceptible d'être modifié à chaque instant. Il nous fallait un matériau relativement souple, d'où Les chevrons de bois organisés en une ligne qui se module en résonance avec l'architecture du lieu et ses codes de construction. Tout se joue donc autour de l'horizontalité et de La verticalité ... Pour en revenir à l'intitulé de l'exposition, La conception et la construction de ce travail sont inextricablement liées, le dispositif ne raconte pas autre chose que ce qu'il est, à savoir une possible transcription d'une expérience, celle de La résidence, en temps et lieux. C'est une Ligne de temps qui se déroule en un espace donné. Est-ce à dire que vous invitez le spectateur à une expérience, prendre possession de L'exposition, comme vous vous êtes emparés de l'espace qui vous était offert? BP : La structure finie ne sera qu'un possible parmi une infinité d'autres. Son achèvement n'est tributaire que du cadre temporel de La résidence, en l'occurrence le 06 février! Cette ligne de chevrons de bois est une lecture du lieu, de La circulation du corps et du regard dans ce lieu. Le spectateur sera donc à même de s'approprier une architecture, parle simple jeu de son regard et de son déplacement, chose qu'il fait quotidiennement, et pour Laquelle nous Lui proposons de prendre un peu de distance. Restituer au spectateur son potentiel d'expérimentation reste l'une de mes problématiques favorites ... Lucie Gayon 11



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