Multiprise n°6 jun/jui/aoû 2007
Multiprise n°6 jun/jui/aoû 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jun/jui/aoû 2007

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 16,6 Mo

  • Dans ce numéro : Unité de production Koulechov, société de propagande.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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22 La Grainerie Louis Calaferte savait à peine lire quand, il écrivit dans la merde des urinoirs, une majeure partie de son œuvre, pendant ses pauses Je suis une usagée » de la Gramene, Je viens de le lire dans le dossier de la Grainerie que c'est comme ça qu'on nous appelle : des usagers », ils.auraient. pu mettre. : utilisateurs ou adherents, 1ls ont m1s « usagers » parce que implicitement dans c mot, y'a des odeurs.L."odeu des crps qu1 suent leur sel l'odeur bleutee de l essence qui gicle lorsq'on la transbahute du camin au réservoir du chauffage, l'odeur des tap1s qui sèchent mal dans l"humidité des matinées d'hiver, l'odeur de ces affamés de l'impossible qui, jours après jours, réptent, et réètent encore mon corps, encore, l odeur du C1rque. Oui la Grainerie c'est chez moi, c'est mon mo lin, ma bulle, tous mes après- midi... Chaque jour, je fais ce trajet imperturbable : bus numéro 10 métro arrêt Balma Gramont à ma droite « Partouche » sur l'angle, pu1s'. « Bioasis »,archer encore, c'est pas à côté, les graviers roulent péniblement sous les pieds, les voitures me frôlent et frelatent, me voilà arrivée. Très vite, je claque la bise à tous ceux avec salle d'ent1'8inemenr photo : Eva Ferns qui je mentraîne, des gens que je ne vois plus parce que je les vois trop. J'entre enfin dans l'effort routinier, seule et j'en sors seule, quelques heures plus tard, omme hébété. Ma solitude reste la me1lleure garant1e d'un entraînement efficace. Nos spécialités sont comme pourrait l'être des parallèles qui s'effleurent et jamais ne se cr:oisent : l'acrobatie est au sol, le funambul1sme sur l'horizon et le trapèze à la cime. Parfois, j'ai envie de cancaner un pu, est humain alors je frappe à la porte del algecobureau...,..L."équipe de la Grainerie est logee proviSOIrement » en algeco, alors que nous autres batifolons sous chapiteau, et l'on ne sait pas pour combien de temps exactement, 16 mois peut-être Actuellement, nous sommes tous en attente d'une salle d'entraînement haut standing, lum i nuse, islée. et e bn:aux insonorisés ; d une Gramene cmq eto1les, dédiée aux arts du cirque et au spectacle vivant ! (et l'espoir, ça fait tenir, surtout au milieu d'un terrain vague, traversé de tractopelles et de grues infatigables !) Dans l'algeco-bureau, il fait bien chaud, et il y a toujours quelqu'un pour discuter... Des fois, y'a Geo (le big boss), alors on discute de notre projet, celui qui nous tient aux tipes, on est battant, enthousiaste... Geo a touJours l'air un peu las, mais il reste confiant, et
souriant derrière ses lunettes. Souvent y'alsa (le bras droit de Geo), on se laisse aller alors, on se plaint que c'est dur et qu'on n'y arrivera jamais, il y a tellement de douceur sous fair un peu revêche d'lsa, lorsqu'elle vous offre une cigarette ou tente de vous remplumer. Tous les jours ou presque, on potine, on radote avec Flo (le nez de Geo] ou Céline (les oreilles de Geo), on s'amuse de la dernière « Jeanmarquerie » du Sacha Guitry de la Grainerie : Jean-Marc (le bras gauche de Geo.]. Constamment, Olivier (les jambes de Geo] est là, avec nous sous le chap., et s'emploie à adoucir nos conditions de travail, en améliorant le lieu touche par touche, jours après jours. Sur la vague du terrain, y'a d'autres bureaux. Y'a ceux des artistes permanents, « associés au projet » : les acrostiches, le point d'Ariès, l'Agit... Qu'on ne croise qu'assez rarement, et y'a celui des « Acolytes » (ils sont tous sobres dans ce bureau, ne faites pas d'amalgame entre alcoolique, la colique et la chanson « acolytes dans Les prés... ». Ah ! les Acolytes ! Entrer dans ce bureau est synonyme d'ascension sociale et de réussite, comme si d'un seul coup, on fleurait bon le colchique. C'est un bureau de diffusion qui s'emploie à faire « tourner » les artistes que nous sommes, Chapiteau jaune photo : li ne Jean en bref à les sortir de leurs misères. Peu d'élus et tant de convoitise : nous mourrons tous les jours pour avoir tenté d'en franchir le seuil, poignardé par un bide désastreux, ou trahi par un public incompréhensif ! Ça a l'air terrible, mais cela ne l'est pas, être artiste c'est aussi surmonter ce genre de chose. Si je devais vous inviter à la Graine rie ; (vous n'avez plus d'excuses maintenant car vous savez où c'est !] je vous inviterais à venir voir un spectacle, car toute L'année des compagnies posent leur chapiteau à Balma, pour jouer dans l'enceinte de ce lieu. Je vous convierais à « une étape de travail », qu'une des nombreuses compagnies accueillie par la Grainerie, propose généralement, après avoir séjourné ici, en amont de la création future d'un spectacle. Personnellement, c'est ce que je préfère aller voir : ces carcasses de spectacle, ébauches si fragiles, si éphémères, m'émeuvent souvent plus que le spectacle final. J'aimerais aussi vous promettre un apéro offert par La Grainerie sur présentation de ce texte, Lors de votre venue, je ne peux vous promettre qu'un sourire... Usagé. Une M'usager d'la Grainerie 23



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