Multiprise n°5 mar/avr/mai 2007
Multiprise n°5 mar/avr/mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de mar/avr/mai 2007

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (170 x 240) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 15,2 Mo

  • Dans ce numéro : Rouge Jaune, nouveau label de qualité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Anonymes : Le partage de l'incertitude Le collectif Anonymes se compose de trois artistes réunis par un champ d'expérimentation commun : Internet. Mais leurs productions se démarquent d'un bon nombre de poncifs habituels de ce qu'il faudrait nommer le « net-art ». En effet, la plupart des œuvres en ligne sur Internet ont pour sujet Internet lui-même, à travers des logiques de réseau hypertextuelles qui en constituent une approche autoréflexive, une sorte de formalisme virtuel. Certains créateurs voient aussi dans Internet un simple outil de diffusion pour un art intégrant les logiques globales de l'information, avec une visée souvent militante. A ces deux approches, Anonymes préfère une autre alternative, qui s'attache aux effets plutôt qu'aux supports : puisque Internet sert à créer du lien, que Le multimédia est un art de la connexion, c'est le thème de la relation amoureuse et de La transmission entre individus qui revient de façon récurrente au centre de créations fictionnelles qui mettent en œuvre une dialectique du rapprochement et de La distance. Rien de très révolutionnaire donc, si tout ceci n'était pas servi par quelques aspects singuliers, qui produisent ensemble un résultat surprenant. Explications. Le partage de l'incertitude, réalisation toute récente, est un film interactif visible sur le site http://anonymes.arte.tv. Il s'agit là de L'aboutissement des recherches déjà engagées dans des productions visuelles en Ligne depuis plusieurs années sur anonymes.net. Quatre personnages - une fillette, un couple et un homme plus âgé - sont mis en scène dans des lieux de vie indéterminés : une maison, une plage, etc. Le film se décline en courtes séquences vidéo, à travers deux écrans qui n'occupent que partiellement la page Web accueillant le site. En rapprochant ces écrans, Le spectateur déclenche de nouvelles scènes où Les personnages se rencontrent et où les histoires se croisent, sans qu'aucun récit ne soit jamais énoncé explicitement. Le couple s'éloigne et se retrouve ; Les membres de la famille (on suppose que c'en est une) se réunissent ou cherchent le calme de moments solitaires ; des associations d'images se produisent, laissant entrevoir des événements hors du film, antérieurs à ce qui est montré, ou permettant de saisir des fragments de chaque personnalité. Au croisement des images et des ambiances sonores, il se crée ainsi des « presque-histoires », autrement dit des saynètes sans réelle narration mais qui permettent à chacun de construire son propre récit. Bien sûr, cela aussi est un poncif de la création contemporaine, mais un poncif qu'Anonymes a su réactiver de façon pertinente par cet usage de l'interactivité extrêmement ténu - rapprocher des écrans entre eux - mais riche en effets. Ici dénuée de toute spectacularisation et de toute démonstration technologique superflue, L'interactivité permet au spectateur de prendre main sur les images, d'intégrer au flux visuel ses propres intuitions tout en entretenant avec lui une distance critique. Les séquences vidéo, que l'on peut laisser tourner en boucle ou interrompre afin de les faire interagir, ainsi que la particularité des compositions sonores qui peuvent à tout moment se soustraire ou s'additionner les unes aux autres, donnent à la temporalité du film une nature incertaine, flottante, mais sur laquelle Le spectateur a une réelle maîtrise. C'est en grande partie pour cela que l'on n'est pas au cinéma même s'il s'agit d'un film. Bien sûr, il y a d'abord Le support, Internet, qui n'est pas traditionnellement celui du cinéma. Mais cela commence à ne plus être vrai (Le partage de l'incertitude en est une preuve éloquente puisqu'il est produit par Arte et le CNC) et qui plus est, si la diffusion du film sur Internet est inhérente au projet, étant ellemême une forme de partage, on pourrait aussi lui imaginer d'autres supports, tel que le DVD-ROM. Ce qui rapproche Le partage de l'incertitude
du cmema, c'est son esthétique filmique classique, Le jeu des acteurs et La beauté de ses images naturalistes. En cela, cette nouvelle production d'Anonymes est moins surprenante sur Le plan visuel que Les précédentes, dont le mélange improbable de cinéma muet, de graphisme, de clip musical et de roman photo, a ici cédé la place à une esthétique plus convenue. Une imagerie trop expérimentale aurait sans doute été une charge baroque futile. Mais l'espace multiple dans lequel apparaît Le film, sa résistance à La tentation d'une diffusion séductrice en mode plein écran, l'absence de parole sans qu'il soit vraiment muet, son montage ouvert, ses modes d'écriture et de réception ; tout cela l'en éloigne du cinéma. En fait, Le partage de l'incertitude crée son propre espace. Un espace qui s'affirme dans un entre-deux, à La fois plasticien et cinématographique. Un espace où les images apparaissent et se diffusent, sans devenir pour autant un vaste flux visuel qui ne ferait qu'accroître la saturation déjà générée par les autres médias. Anonymes participe à L'exposition « Histoires de » jusqu'au 27 mars 2007 au bbb. Jérôme Dupeyrat ICI Anonymes [Sylvain Barra, Benoit Blein, Laurent Padiou), Le partage de l'incertitude, 2007, http://anonymes.arte.tv. Coproduction Arte France - Unités de Programmes Cinéma, arte.tv et le CNC, avec le soutien de la Mairie de Toulouse. Soutien artistique et administratif du bbb, centre régional d'initiatives pour L'art contemporain.



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