Multiprise n°2 jun/jui/aoû 2006
Multiprise n°2 jun/jui/aoû 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (173 x 246) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Les Siestes Électroniques 5e édition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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8 Delphine Gigoux Martin Château De Taurines Utilisant la représentation de l’animal pour affirmer une œuvre de plus en plus originale, Delphine Gigoux Martin, jeune artiste vivant à Clermont-Ferrand, est à nouveau invitée dans notre région. En Midi-Pyrénées, on a pu juger de son travail l’année dernière lors de l’exposition « + si affinité » à Fiac. Cet été nous la retrouvons du 8 juillet au 30 septembre au Château de Taurines en Aveyron où elle réalise une exposition personnelle. C’est à cette occasion que Multiprise a rencontré l’artiste. Audrey Arnaudeau : Dans votre exposition, la situation qui naît entre les projections murales de dessins d’animaux en mouvements et des animaux, bien réels dans ce cas mais naturalisés, semble évoquer par le biais d’une pensée magique la souvenance de l’animal mort, tel un totem, un trophée… Delphine Gigoux Martin : Le dessin animé projeté directement sur les murs devient un dessin rupestre rappelant l’art pariétal. Mais une inversion s’opère : ce qui est immobile représente la mort, c’est l’animal réel mais empaillé et ce qui est en vie, le mouvement, c’est le dessiné, une image mentale. A.A. : Le soir du vernissage votre intention de projeter des dessins de chevaux allant s’empaler visuellement vers une installation de pieux dressés, comme traqués et pris dans une embuscade participe également de ce retournement de sens… D.G.M. : Cette installation existait déjà, elle a été présentée à Vichy, ville de course, pleine d’histoires de batailles. A.A. : A l’instar d’artiste comme Beuys, Hirst, Friedmann, l’animal mort tient une place particulière dans votre travail. Son corollaire muséal, la taxidermie semble vous fasciner… D.G.M. : Pour moi l’animal est un véhicule et l’animalité n’est pas mon sujet. J’utilise la taxidermie avec des animaux dont je récupère les déchets, les animaux dont je ne peux pas récupérer la carcasse, la peau, je les dessine. C’est comme ça que je suis venue au dessin animé. Une fois j’ai voulu travailler avec des loups, mais c’était impossible, d’où le dessin. A.A. : Ces déchets, ces pourritures…Vous allez installer à l’étage des arbres suspendus, ne sont-ils pas là pour nous immerger dans ces strates superficielles du sol où cet écosystème de régénérescence de la mort est à l’œuvre ? D.G.M. : Ces arbres s’arrachent à leurs racines, à leur terre, à ce qui les a nourri…Ils s’en défont. Mais si on regarde le château en coupe, au rez-de-chaussée des oiseaux, au 1er étage des animaux empaillés, des arbres, au dernier étage les vautours. Tout cela fait un dessin. Le ciel, la terre et le sous bois, un seul et même dessin, en boucle puisqu’en haut, on retrouve des oiseaux dessinés. Taurines est une sorte d’installation écœurante. L’installation est d’abord une aventure sensorielle, qui permet ensuite à l’esprit de vagabonder sur d’autres questions, la mort, la cuisine, la chute… A.A. : Des chevaux tronqués dont il ne reste que les pattes, au cours d’une précédente exposition, à Taurines les sangliers coupés en deux … D.G.M. : Les espaces, je les vois comme des blocs, ils se limitent à mon regard, au-delà ils n’existent pas, donc le sanglier peut être coupé, avec une moitié dans une salle et l’autre moitié de l’autre côté ! Mais ces morceaux et fragments ne forment plus qu’un espace, un espace mental : Taurines est pour moi un seul et grand espace. La problématique sur les animaux est assez tabou. Le statut de l’animal dans la société est un peu étrange, c’est celui que lui donne l’attitude hypocrite d’une société qui génère de la violence comme dans la nature, et qui ne la veut pas, qui ne l’admet pas. Aujourd’hui, on mange du lapin, on les tue dans des abattoirs, mais on ne recycle pas les peaux, par contre des usines, qui
Delphine GUIGOUX MARTIN : Extraits du dessin-animé pour Taurines polluent, et font des déchets, fabriquent des fausses fourrures… la position écologique est une réflexion qui ne va jamais très loin. C’est ce qui me surprend ! A.A. : Le tabou également de la mort mis à l’écart ? D.G.M. : Les abattoirs sont mis en retrait des villes, repoussés comme s’ils n’appartenaient plus à notre monde or l’achat de viande reste important socialement. Mais mon travail n’est pas sur la consommation, sur le recyclage, je récupère simplement des déchets organiques que je mets dans une situation poétique de rêve, de monde inversé, je n’ai jamais l’impression d’être insultante et provocante, de dégrader l’animal, où de toucher à son intégrité. A.A. : D’où le choix de l’image du taureau dans une des projections ? D.G.M. : C’est un taureau de corrida qui vient de recevoir l’estocade : il tourne, il vacille et il meurt avec la poussière qui se soulève. Et c’est aussi Thésée et le Minotaure. A.A. : On est à nouveau dans la chute D.G.M. : Oui la chute lourde ! J’avais envie de dessiner des taureaux, le château de Taurines était le lieu idéal ! J’ai pu, en Andalousie, croquer et observer de près des toros de combat. A Taurines, installations et cuisine se mêlent. A.A. : Lors du vernissage vous prévoyez de travailler avec un cuisinier ? D.G.M. : Oui, il travaille comme à la cour du roi Louis XIV, après avoir cuisiné le gibier, il le reconstitue. A.A. : Cela peut paraître troublant de manger un plat préparé de la sorte ? D.G.M. : Lors d’une précédente installation avec des lapins naturalisés et les dessins animés de grues j’avais récupéré et cuisiné en terrine la viande des lapins que nous avons mangé le soir du vernissage. A Taurines, cette idée sera développée avec les sangliers et les oies. A.A. : Cette installation dans un milieu rural va induire une relation particulière avec le public, les habitants du village… D : Oui, et aussi par la convivialité de l’installation, de la cuisine. 9



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