Multiprise n°2 jun/jui/aoû 2006
Multiprise n°2 jun/jui/aoû 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (173 x 246) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Les Siestes Électroniques 5e édition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 20 - 21  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
20 21
20 Jordi Colomer CINECITO Mettre en scène l’espace urbain et son quotidien Hôtel de Viviès, Castres, 17 | 06 | 06 > 29 | 10 | 06 Jordi Colomer est un artiste catalan dont le travail est régulièrement montré en France depuis plusieurs années 1. Bien qu’il se revendique sculpteur, il produit essentiellement des vidéos qu’il met en scène dans le cadre d’installations. Souvent, ces installations prennent la forme d’improbables salles de spectacle, aux murs rouges et aux chaises hétéroclites, dans lesquelles le visiteur/spectateur est invité à prendre une place singulière. Pour son exposition à Castres, Jordi Colomer présente notamment une nouvelle installation constituée de trois vidéos tournées à la Havane 2. L’artiste a pris pour décor un complexe, unique au monde, d’une vingtaine de cinémas. Il a donné à sa pièce le nom de l’un d’entre eux à savoir Cinecito qui signifie « petit cinéma ». Ce choix témoigne, comme dans la plupart de ses œuvres, de l’intérêt de l’artiste pour le monde du spectacle et pour le cinéma en particulier. Formellement, Cinecito renvoie en effet aux débuts de l’histoire du cinéma dans le sens Jordi COLOMER : Cinecito (La Habana), 2006 où la vidéo est constituée de la juxtaposition d’images fixes. Une des séquences montre les spectateurs en train de sortir du cinéma tels les ouvriers sortant de l’usine dans le premier film des frères Lumière. De même, la proximité du mot Cinecito avec celui de Cinecitta, la villecinéma, est évidente. Ici le cinéma a d’ailleurs lieu dans la ville, entre la caméra et les façades des cinémas. La fiction est déplacée dans l’espace de la rue et le spectateur potentiel – celui qui passe devant la salle de cinéma – devient protagoniste comme si Jordi Colomer avait pris le mot Cinecito à la lettre et décidé de faire du cinéma avec « presque rien ». Jean- Pierre Rhem a dit de Jordi Colomer qu’il était un glaneur. Le glaneur 3 est celui qui recueille des bribes dont il tire quelques avantages. Rien n’est plus vrai dans ce nouveau travail où l’artiste transforme de banales petites histoires du quotidien en l’objet même de ses vidéos. Ainsi les images nous donnent à voir, par exemple, le défilé de l’équipe cubaine de baseballalors championne du monde, l’attente de la foule et sa dispersion, le montage et démontage de l’annonce des films projetés, le passage du jour à la nuit, un animateur de radio opérant un tour de magie devant la caméra, un couple qui s’embrasse, le passage des nuages…
Comme dans la vidéo Les jumelles, datée de 2001, où la caméra va et vient entre la salle et la scène, montrant tour à tour des sièges vides recouverts de vêtements et des jumelles en train de les essayer, Cinecito évoque deux espaces-temps : celui du quotidien de la rue d’une part et celui du spectacle d’autre part. La façade des cinémas à l’architecture moderniste marque de façon très formelle la séparation entre ces deux mondes et renvoie à la question de la représentation. De même qu’on ne sait pas vraiment qui sont ces jumelles (comédiennes, ouvreuses, spectatrices ?), le rôle des passants de Cinecito ainsi que leur éventuelle complicité sont incertains et la frontière entre représentation et représenté, entre feint et éprouvé, de plus en plus ténue. Derrière la poésie et la désuétude de ces images, où l’espace urbain est ramené à une dimension humaine, se cache un propos plus critique. Dans la caméra de Jordi Colomer, ces cinémas en déshérence ne sont plus que le décor d’un spectacle sans artifices, loin de l’industrie cinématographique américaine qui, on l’aura deviné, fait défaut à la Havane. Lucile Rives Jordi COLOMER : Cinecito (La Habana), 2006 1 Depuis 2002, il a exposé notamment à la Villa Arson à Nice, au Grand-Café de Saint-Nazaire, à la Galerie de Noisy-le-Sec ou plus récemment en 2004 à l’IAC de Villeurbanne. Il inaugure le 1er juin 2006 une exposition au centre d’art le Spot au Havre. 2 Coproduite par le centre d’art Cimaise et Portique et par Maravills (Barcelone). 3 « Revers, mode d’emploi », in Jordi Colomer : Quelques stars, catalogue, 2003, p.20. 21



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :