Multiprise n°2 jun/jui/aoû 2006
Multiprise n°2 jun/jui/aoû 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de jun/jui/aoû 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association TA

  • Format : (173 x 246) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Les Siestes Électroniques 5e édition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Rémi Magnouat > par e-mail Agé de vingt-sept ans, après des études à l’École des Beaux-Arts de Toulouse, Rémi Magnouat anime des ateliers d’art plastique à l’École des Arts de Carcassonne. Il poursuit en parallèle un travail d’écriture à partir de notes journalières. Frédéric Sallaz : J’ai lu avec attention « Bribes » et je trouve ce recueil « intimement universel », pourtant je souhaiterais en savoir plus. Cette demande surenchérit du fait qu’il y a 21 carnets (de 0 à 20)… Ton travail semble tourner autour de l’intime et du quotidien sans pour autant mettre ta vie, ou celle des autres, à nu. Pourquoi cette discrétion ? Estce par pudeur, par souci de précision, ou encore de réécriture…peux-tu nous éclairer sur ce point ? Rémi Magnouat : Je me souviens avoir désiré supprimer toute expression de mon visage. Plus récemment j’ai découvert avec surprise dans mon reflet cette absence d’expression alors que je croyais porter un sourire rayonnant. Dans « bribes » je traite l’écrit comme mon visage et je guette le sourire au détour des mots et des phrases. Il s’agit d’une confrontation avec l’humanité et l’expression des émotions. Un jour on m’a dit : si tu te tais, les gens ils te rentrent dedans. Quelquefois j’ai envie de me taire et de laisser entrer les gens. Ça colle bien avec ton idée du recueil intimement universel. La raison pour laquelle j’ai commencé ce travail à partir de mes 21 premiers carnets est simple : c’est qu’ils contiennent déjà tout ce qui compose mon horizon de pensée actuel. Cependant, j’ai commencé à relever quelques bribes dans les carnets suivants. Je ne sais pas encore si cela donnera lieu à un nouveau recueil ou à une nouvelle version de celui-ci. F.S. : Les sentiments, les ressentis semblent tenir une place importante dans ton travail écrit. L’exercice littéraire te permet-il d’exprimer des pensées que tu ne pouvais mettre en forme dans ton travail plastique ? R.M. : Il s’est trouvé que ma difficulté à aller vers l’autre m’a poussé à me réfugier dans la prise de notes. À chaque fois que j’aurais souhaité exprimer quelque chose, je me tournais vers mes carnets. Écrire m’a permis de stocker des pensées que je ne pouvais pas mettre en forme dans ma vie de tous les jours ou dans un travail plastique. D’ailleurs pourquoi ne pas considérer cette activité de prise de notes comme un travail plastique ? Il s’agit aussi d’un espace de recherche. Avec ce recueil je franchis une nouvelle étape. Mes anciens carnets constituent une sorte de base de données de phrases que je manipule, à la recherche des émotions et des idées qui continuent à résonner en moi. J’ai l’illusion de croire qu’il m’est possible d’exprimer là, l’essence de ce que je n’ai pas dit. F.S. : C’est précisément l’approche plastique de ton travail d’écriture, qui me paraît restituer le plus ta façon d’exprimer l’essence de ce que tu ne dis pas. Les arts visuels et sonores (en général) ne connaissent pas les frontières de la langue. Considères-tu ton travail de recherche comme une sorte de nouvel Espéranto ? R.M. : Je me suis déjà intéressé à l’espéranto, j’ai même acheté une méthode d’apprentissage ! C’est une comparaison qui a du sens. Je pense à un idéal d’entente universelle, la création d’un rapport inédit à l’autre, sans histoire commune. Mais que reste-t-il à dire ? C’est un mystère que je me propose d’explorer. Je me suis souvent tu après m’être posé la question de l’utilité de l’information que j’avais à apporter. Je ne voyais pas que nous parlions aussi pour rester en relation. La question de ce qui est à dire peut être formulée de différentes manières. Dans ce recueil par exemple, je me demande « Que peut-on dire à quelqu’un d’autre à part qu’on l’aime ? ». Je suis d’accord pour comparer mon travail d’écriture à la construction d’une langue un peu particulière, qui ne se baserait pas nécessairement sur le besoin de communiquer une information précise mais sur une recherche de ce qui est à dire. Le lecteur possède certaines clés d’après le sens des mots que j’emploie mais ce n’est pas toujours ce sens qui importe. Les mots ont aussi une fonction de paravent. Ils cachent, brouillent les pistes même, tout en désignant quelque chose qui se trouverait derrière. Une idée à communiquer ou un moyen de rester en relation avec le lecteur ? 17



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